TVA, chômage, index: le budget se noie dans les tabous

TVA, Chômage, index: le budget se noie dans les tabous
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TVA, Chômage, index: le budget se noie dans les tabous - © Tous droits réservés

Depuis une semaine, le gouvernement a relancé la chasse aux milliards pour boucler le budget 2013. Pas question, cette fois, de racler les fonds de tiroir... ils sont vides. Toutes les pistes sont maintenant sur la table, depuis la hausse de la TVA jusqu’au saut d'index en passant par l’impôt sur la fortune. Et le temps presse, sous peine de ne pas disposer d’un budget voté au Parlement avant 2013.

La dégressivité des allocations de chômage, Thierry Muller l’a déjà calculée. Alors qu’il touche une allocation de 1150 à 1200 euros par mois comme chef de ménage, il verra ce montant fondre de 100 euros dès le 1er mars. Il a fait son calcul : "Après avoir payé mon logement, le chauffage et les autres coûts fixes, il ne me restera plus que 10 euros par jour pour vivre".

Une bombe atomique sociale

L’occasion, pour Thierry Bodson (secrétaire général de la FGTB wallonne) de présenter la dégressivité des allocations comme une "bombe atomique sociale" qui concernera 130 000 personnes. "Principalement les chefs de ménages. Croire que cela va les pousser à trouver du travail est une injure : il n’y a 8000 offres d’emploi insatisfaites, généralement pour des raisons de spécialisation."

Les chiffres du syndicaliste sont immédiatement mis en doute par le député wallon Jean-Luc Crucke (MR) : " Ce n’est pas 8000, mais 50 000 offres d’emploi qui sont en attente, et parfois pour des métiers basiques qui pourraient être satisfaits après une formation".

Mais le député MR suscitera la polémique en évoquant certains chômeurs qui n’auraient jamais travaillé de leur vie et considèrent le chômage comme un "plan de carrière". "Celui qui prend le risque de travailler gagne parfois moins qu’un chômeur, surtout si l’on compte tous les coûts."

Pour le ministre wallon de l'Economie, Jean-Claude Marcourt (PS), la dégressivité introduite est née des nécessaires compromis intervenus lors de la création d’un gouvernement après plus d’un an de crise : "Les partis de droite voulaient supprimer l’allocation après deux ans. C’est contre cela que nous nous sommes battus. Nous avons obtenu une meilleure indemnisation durant les trois premiers mois."

Bientôt 350 000 emplois vacants en Flandre

Représentant le cdH, Benoît Cerexhe (ministre bruxellois de l'Economie et de l'Emploi) assume l’idée d’un système d’allocations à durée indéterminée : "C’est une bonne chose. L’objectif de la réforme est que plus tôt on encadre le chômeur, plus vite il pourra se réinsérer". Pourfendant l’idée du chômage comme "plan de carrière", Benoît Cerexhe avance ses propres chiffres pour Bruxelles : "Par mois, 10 000 personnes sortent du chômage et l’on a créé 60 000 nouveaux emplois nets en 6 ans. En Flandre, le vieillissement de la population va libérer 350 000 emplois. Il faut s’y préparer par des formations".

Critique à l’égard du gouvernement fédéral, Georges Gilkinet (député fédéral Ecolo) reproche au gouvernement de "mettre en œuvre le programme de la N-VA sans la N-VA".

Thierry Bodson discerne, derrière  la dégressivité des allocations de chômage, une stratégie politique cachée : "C’est la première étape de la déréglementation du chômage. La deuxième étape est la limitation de la période de chômage à 3 mois maximum. Cela aussi, les libéraux l’ont obtenu. Et enfin l’on s’inscrit dans un mécanisme européen qui a pris pour cible les allocations de chômage".

Pour équilibrer le débat, Etienne de Callataÿ (chef économiste à la banque Degroof) se base sur l’expérience des autres pays pour constater que "réduire le montant des indemnités de chômage a un effet positif sur le retour à l’emploi. A l’étranger, comme aux Pays-Bas et dans les pays scandinaves qui ont adopté la dégressivité, ce n’est pas l’enfer social, mais pour ceux qui ne trouvent pas de travail dans les délais, la situation devient encore plus difficile ".

Un million de chômeurs

Et les chiffres du chômage cachent une réalité plus noire encore, avertit Thierry Muller. "Si l’on additionne les chômeurs indemnisés, les 136 000 chômeurs temporaires, les 110 000 prépensionnés, les 32 000 chômeurs en formation ou encore les personnes librement inscrites, nous atteignons le million de chômeurs au total". Avec le risque, selon lui, de devoir se mettre en concurrence avec les employés et les ouvriers et proposer aux employeurs de les engager à moindre salaire : "On va faire crouler la sécurité sociale".

Cette crainte d’une concurrence salariale est démentie par Vincent Reuter, administrateur délégué de l'Union wallonne des Entreprises : "Il est faux de dire que les salaires baissent, les entreprises belges n’ont pas le choix". Et de mettre en avant le rôle social des entreprises dans un pays : "Si elles ne sont pas compétitives, elles ne peuvent pas tenir le coup. L’entreprise, c’est une base taxable sous forme de cotisation sociale, de TVA, etc. Et cela devrait  être préservé".

Faut-il toucher à l’index ?

Si tout le monde veut réduire le coût du travail, il apparaît clairement que chacun reste attaché à ses tabous. Pas question de prononcer des phrases qui pourraient déforcer les partis durant les négociations du Lambermont

Premier à évoquer la question, Jean-Luc Crucke (MR) met l’accent sur l’urgence de créer des emplois : "Pour cela il faut jouer sur les cotisations sociales. Le salaire poche n’est pas en jeu, il faut diminuer les dépenses publiques pour protéger le salaire des travailleurs. Pour le MR, le saut d’index de 2% diminuerait le coût de l’emploi."

Jean-Claude Marcourt veut pour sa part "revoir la trajectoire européennes" sous peine d’assécher les finances publiques. "Regardez le Portugal qui a viré les socialistes. La récession n’y a jamais été aussi importante. Il nous faut de la croissance. On peut travailler sur le coût du travail, mais pas sur le revenu net. Et l’index protège les salaires. Il faut améliorer la consommation ".

Au cdH, Benoît Cerexhe préférerait réduire les coûts sans passer par le saut d’index et surtout sans toucher au principe structurel de l’indexation des salaires présenté comme "un vecteur de paix sociale". Le parti humaniste plaide pour "un rééquilibrage entre l’impôt sur le travail et sur le revenu du capital, mais sans toucher à l’impôt des sociétés".

Représentant les entreprises, Vincent Reuter est largement favorable au saut d’index : "Oui à un saut d’index, à défaut de mieux pour regonfler l’économie". Pour lui, c’est toutefois l’automaticité de l’index qui doit être revue pour éviter de mettre en péril les sociétés déjà en difficultés".

Etienne de Callataÿ, veut pour sa part resituer l’index dans un cadre structurel, sans se limiter à l’idée d’un saut d’index. Il  pose la question à laquelle personne ne répondra : "Peut-on garder l’indexation  automatique si nous sommes les seuls à la pratiquer ?" Et l’économiste de proposer une mesure concrète sous forme d’indexation forfaitisée : "Tout le monde bénéficierait de l’index calculé sur un montant maximum, par exemple de 1500 euro". Petits et gros revenus toucheraient alors le même montant en cas de saut d’index.

Mais Thierry Bodson (FGTB) prévient : "L’indexation provoquera une réaction syndicale très vive".  A partir d’une étude réalisée en interne, le syndicaliste a calculé qu’il suffirait de taxer les autres revenus (mobiliers, immobiliers) au même taux que l’impôt sur le travail pour assurer une rentrée fiscale de 8 milliards d’euros. Et cela ne toucherait  que les personnes dont le revenus est supérieur à 6500 euros bruts par mois. Jean-Claude Marcourt renchérit en remarquant que la Belgique est la seule à ne pas taxer les plus-values. Benoît Cerexhe se dit en revanche peu favorables à la taxation des loyers réellement perçus : "Ce n’est pas une bonne solution si l’on veut continuer à entretenir les bien immobiliers".

Et si on augmentait la TVA ?

… Ce serait une terrible erreur pour Jean-Luc Crucke qui met en garde contre les déplacements des consommateurs vers les magasins frontaliers. "Augmenter la TVA, c’est toucher à la consommation et aux entreprises". Du côté des patrons, Vincent Reuter demande pourquoi l’on ne parle que des hauts taux de 21% et pas des taux bas ?

En fin d’émission, c’est le ministre de l’économie Jean-Claude Marcourt qui ramène la discussion aux fondamentaux : "Quoi que l’on fasse, c’est la croissance économique qui ramène le plus d’argent dans les caisses de l’état ". Le mot de conclusion va à l’économiste Etienne de Callataÿ qui, constatant que chacun reste ancré à ses tabous, rappelle que les autres pays ont augmenté leurs taux de TVA "car c’est la moins mauvaise des mesures à prendre".

Jean-Claude Verset

 

Les invités d’Olivier Maroy étaient :

Jean-Claude Marcourt, PS, ministre wallon de l'Economie

Benoît Cerexhe, cdH, ministre bruxellois de l'Economie et de l'Emploi

Jean-Luc Crucke, député wallon MR

Georges Gilkinet, député fédéral Ecolo

Thierry Bodson, secrétaire général de la FGTB wallonne

Vincent Reuter, administrateur délégué Union wallonne des Entreprises

Etienne de Callataÿ, chef économiste à la banque Degroof

Thierry Muller, chômeur de longue durée

 

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