TVA à 22%, fausse bonne idée? Entre 5000 et 6000 emplois menacés?

TVA à 22%, fausse bonne idée ?
TVA à 22%, fausse bonne idée ? - © JULIEN WARNAND

Augmenter la TVA de 21 à 22%, c'est une des pistes envisagées par le gouvernement Di Rupo pour boucler le budget 2013. Une mesure qui suscite déjà beaucoup de critiques. D’après Comeos, la fédération belge du commerce et des services, elle pourrait menacer 5400 emplois. On en a parlé dans notre chat de midi avec l'administrateur délégué de Comeos, Dominique Michel.

Pour Dominique Michel, c'est clair, "une hausse de la TVA est une vraie mauvaise idée, qui détruira massivement des emplois" car cette hausse ne pourra pas être intégralement répercutée dans le prix au consommateur. L’entreprise devra absorber une partie du coût et donc devra se réorganiser et licencier, 5400 emplois seraient du coup menacés.

A un internaute qui s'interrogeait sur ce chiffre rond, il répond : "Le chiffre n'est évidemment pas calculé à l'unité près. En tout cas, la perte d'emploi sera entre 5000 et 6000 jobs. Ce calcul a été fait par notre consultant AD Little en partant du postulat que si la TVA est augmentée d'1%, les commerçants ne voudront pas augmenter leurs prix à concurrence d'1% pour ne pas accentuer le différentiel de prix que nous avons déjà pour certains produits par rapport aux pays voisins. C'est pourquoi, nous estimons que le commerce assumera pour moitié la hausse de la TVA en devant évidemment la compenser sur d'autres postes de coûts. Or dans le commerce, qui travaille avec énormément de personnel, c'est malheureusement le personnel qui est la seule variable d'ajustement".

Et d'ajouter : "Il est évident que pour éviter des hausses de prix trop fortes, les commerçants vont assumer eux-mêmes une partie de la hausse de la TVA, ce qui va encore réduire leurs marges, qui sont déjà les plus faibles de la zone Euro (d'après une étude de la Banque Nationale de 2011). Par ailleurs, la hausse de la TVA enverra aussi un message négatif aux consommateurs. La conjonction de ces 2 éléments (augmentation des coûts et diminution du nombre de clients) entraînera certainement des difficultés pour bon nombre de commerçants".

Risque d'une hausse des achats transfrontaliers et sur internet

Outre ces pertes d'emploi, le "problème essentiel" pour l'administrateur délégué de Comeos est qu'"une hausse de la TVA c'est qu'elle handicape encore plus les commerçants belges par rapport aux concurrents situés à l'étranger, ce qui risque d'augmenter encore le nombre d'achats transfrontaliers, qui s'élèvent déjà aujourd'hui à plus de 2,5 milliards d'euros par an, ce qui coûte déjà aujourd'hui plus de 10 000 emplois à la Belgique".

Et la hausse des prix des produits pétroliers ne va pas ralentir ce phénomène, affirme-t-il : "La Belgique est le pays recordman en nombre de voitures de société, pour lesquelles le carburant est généralement payé par les entreprises. Ceci est dû au fait que les entreprises essayent de donner cet avantage-là à leurs collaborateurs car c'est un avantage moins taxé que de leur verser du salaire brut, qui coûte en moyenne 2,5 euros à l'employeur pour chaque euro perçu par le collaborateur. Par ailleurs, n'oubliez pas l'importance grandissante de l'e-commerce, qui fait que chaque Belge peut maintenant acheter à l'étranger sans quitter son fauteuil".

"Le taux de TVA actuel en France est de 19%, tout comme en Allemagne. En Belgique nous sommes actuellement à 21%. Il est clair qu'en passant à 22%, on augmente encore le différentiel par rapport à nos voisins", ajoute-t-il.

Enfin, "une augmentation de la TVA aura aussi un impact sur le niveau global des prix, qui va entraîner une hausse de l'indexation, qui aura elle-même pour conséquence une hausse des salaires, avec tous les effets que nous connaissons : perte de compétitivité par rapport aux pays étrangers, augmentation des dépenses de l’Etat via les salaires dans la fonction publique, etc.".

 

C. Biourge

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