Trucs et astuces: le trou budgétaire 2015 est "bouché", mission accomplie

Tout ce week-end, on aura surtout parlé de l'accord atteint par le gouvernement fédéral sur le fameux "tax-shift", le virage fiscal. Mais on aura un peu oublié que, parallèlement, le gouvernement Michel devait aussi remettre son budget 2015 sur les rails, avant de rendre sa copie à l'Europe. On évoquait à l'aube du week-end un trou de quasi 1 milliard d'euros. Un trou qui aurait été "bouché", avec, comme de coutume, quelques solides "trucs et astuces".

C'est peu dire que le "tax shift" a bien servi d'écran de fumée, histoire que l'on parle d'autre chose que le "trou" dans le budget. Le temps d'habiller un peu la manière dont quelques "magiciens" ont agi en coulisses. Ainsi officiellement vendredi on cherchait quasi 1 milliard d'euros - 113 millions de dérapage déjà actés en septembre, plus 882 millions nouveaux de dérapages des rentrées fiscales, TVA et baisse des versements anticipés.

Puis finalement on a cherché moins, beaucoup moins. C'est ce qu'expliquait ce lundi matin le ministre N-VA des Finances Johan Van Overtveldt, invité de La Première : "Un milliard d'euros, c'était la situation la semaine dernière. Mais entre-temps le SPF Finances a continué à faire ses calculs, a repris les dernières estimations sans cesse actualisées. Et là, on a pris les éléments les plus récents jour après jour et finalement on trouvé, dans la TVA, les taxes directes, des éléments qui nous ont amenés à un trou seulement de 400 millions d'euros, ce qui est bien loin d'un milliard!".

Accélération de mesures prévues en 2016 et 2017

Résultat des délibérations du gouvernement Michel, parallèlement donc à ses délibérations "tax shift" : mission accomplie. Comment ? Les explications restent parfois bien lacunaires. Mais en "gros" : prenez d'abord 30 millions de "corrections techniques". Et ajoutez à cela beaucoup, beaucoup d'efforts pour anticiper des rentrées prévues normalement plus tard.

Ainsi le gouvernement table sur un montant de 37,5 millions d'euros qui viendrait d'une anticipation par les consommateurs de la hausse annoncée pour 2016 des accises sur l'alcool...

Selon le même mécanisme, 25 millions d'anticipation de la hausse des accises sur le diesel.

Autre exemple : 60 millions d'anticipation de la hausse à venir sur le précompte mobilier.

Autre ligne dans ce correctif budgétaire : 130 millions de "taxe bancaire".

Le gouvernement se serrera à nouveau la ceinture: nouveau train d'économies et "prudence budgétaire" pour un montant de 164 millions d'euros.

Autre tour de passe-passe: 184 millions escomptés côté fisc de régularisation de capitaux dès 2015 avant que ne se clarifient les conditions de la nouvelle DLU (Déclaration libératoire - de moins en moins - unique) annoncée pour 2016.

Sans oublier aussi que le gouvernement espère pouvoir sortir de son déficit les 134 millions d'euros déjà alloués à l'accueil des réfugiés, avec l'aval de l'Europe. Et le compte y est presque.

Reste un obscur poste "correction TVA" censé rapporter 249 millions d'euros, et le tour est joué. Le plus étrange étant que, additionnant toutes ces mesures, elles se montent à plus de 400 millions... mais à moins d'un milliard. Difficile donc de savoir ce que le gouvernement cherchait vraiment. En attendant, le déficit belge 2015 est censé ainsi se situer sous les 3% du PIB. De quoi échapper à une sanction européenne. 

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