Trop peu de médecins spécialistes chez nous

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Les hôpitaux craignent d'être de plus en plus dans le rouge. En cause : les rémunérations de médecins, et notamment des spécialistes, qui montent en flèche. Cette situation serait un des effets pervers du numerus clausus qui limite le nombre de médecins dans notre pays.

Les ophtalmologues sont un exemple parmi tant d'autres de spécialistes que les hôpitaux peinent aujourd'hui à recruter. Pour pouvoir continuer à servir les patients, de plus en plus d'hôpitaux font alors appel à des sociétés de recrutement. Dans ce contexte, il faut parfois monter les enchères  pour débaucher gériatres, radiologues ou autres pédiatres. "Ils ont tendance", précise un spécialiste du recrutement, Michel Lebrun, "à négocier effectivement leur rémunération plus que par le passé où il y avait des normes.  Aujourd'hui, ils sont prêts à exiger beaucoup pour compenser parfois la pénibilité de leur fonction". A l'hôpital Edith Cavell par exemple, il a fallu adapter les rémunérations pour assurer les gardes.  Et son directeur médical Jacques De Toeuf d'ajouter :  "si on ne les rémunère pas correctement, on ne trouve personne. Cette situation touche également des généralistes dans ou hors de l'hôpital".

Un numérus clausus inadapté ?

Ces augmentations salariales inquiètent certains gestionnaires hospitaliers, car la part des honoraires qui revient à l'hôpital est de plus en plus réduite.  Le directeur général de Santhéa, le réseau d'hôpitaux publics et privés laïcs, Yves Smeets, confirme : "il est difficile de recruter ces spécialistes mais nous sommes malgré tout contraints à des permanences et un service à la population.  Les revenus qui leurs sont attribués par les hôpitaux sont en croissance naturelle ; nous plaidons donc pour que l'on revoit ces règles du numérus clausus qui sont tout à fait inadaptées".

Main d'oeuvre étrangère bon marché

Certains ont résolu la question en recourant à de la main d'uvre étrangère importée notamment de Roumanie. A l'hôpital Edit Cavell, Jacques De Toeuf estime lui qu'il faudrait d'abord revoir tout le fonctionnement de l'hôpital en général : "Si vous demandez à un médecin de faire beaucoup de boulot administratif, de paperasse, de dossiers ou de courrier, il ne pratique pas sa médecine.  Pour changer cela, il faut que l'hôpital réfléchisse à ses métiers. Mais il est bien plus facile de faire l'économie de la réflexion et de se dire qu'on va engager des médecins mal payés grâce à une main d'uvre bon marché".

Faut-il dès lors assouplir le numérus clausus pour éviter de s'arracher les spécialistes médicaux à prix d'or ? La question est posée à condition de prendre aussi des mesures pour attirer de jeunes candidats vers les spécialités les plus pénibles.

I.L. avec Nathalie Guilmin

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