Trop facile le CEB? Il faut éviter le "massacre" dans le secondaire, estime Françoise Bertieaux

Après les fuites de questions, dévoilées et rapidement partagées sur les réseaux sociaux, l'épreuve d'histoire du CESS (Certificat de l’enseignement secondaire supérieur) a été annulée pour les quelque 23 500 élèves concernés en sixième secondaire. De l'avis de Françoise Bertieaux, cheffe de groupe de l'opposition MR au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, c'était la seule solution : "Tout ministre de l'éducation doit prendre cette décision-là."

Ecolo demande une réunion d'urgence de la Commission de l'Éducation au sein du parlement francophone. Car, avec cette annulation, qu'en sera-t-il des cotes, et des élèves qui comptaient sur cet examen pour réussir leur année ?

Il faut avant tout "faire la clarté dans le système éducatif", estime Françoise Bertieaux. "La ministre et son administration doivent en urgence voir comment on va continuer la session (d'examens), parce qu'on est le 16 juin, et le 30 juin l'année est finie." Il s'agira aussi de déterminer comment les élèves pourront avoir un "accès égal aux résultats et à la réussite".

Terminer leur année "le plus sereinement possible"

Car il faut notamment permettre aux professeurs de savoir comment délibérer : quelle partie de l'épreuve pourra être validée ? Quelle partie sera certificative ? "Le diplôme de fin d'humanités de milliers de jeunes est en cause. Pour le moment, ce n'est donc pas le politique qui doit délibérer sur ce qu'il faudra faire l'année prochaine. Ça, on le fera, on verra quelles mesures il faudra prendre pour que cela n'arrive plus."

La priorité, dit-elle, c'est de permettre aujourd'hui à tous les jeunes concernés de terminer leur année "le plus sereinement possible", car "il ne faut pas oublier qu'ils ont encore d'autres examens à passer", après cette certification.

Bref, une fois qu'un système aura été mis en place, la Commission de l'Éducation pourra se réunir afin de "faire le point" et, "s'il y a lieu, évaluer politiquement ce qu'il faut faire", estime la cheffe de groupe MR.

Justement, que faire à l'avenir pour prévenir les fuites ? Une enquête a été demandée par la ministre de l'Éducation, Joëlle Milquet, mais, à l'heure des réseaux sociaux, ces fuites sembleraient presqu'inévitables, comme on le voit presque chaque année en France avec l'épreuve du bac.

"Ne pas s'incliner devant une fatalité"

Il est hors de question de "s'incliner devant une fatalité", juge Françoise Bertieaux. "Il y a quelqu'un – je ne sais pas à quel niveau de la chaîne, je ne sais pas pourquoi – qui a délibérément entrepris cette fuite. Par rapport au secret professionnel, c'est quelque chose de grave. C'est quelqu'un qui a délibérément décidé de faire foirer (sic) l'épreuve; je pense donc qu'il y a une certaine malveillance."

Ce "quelqu'un" est forcément une personne qui y avait accès : un fonctionnaire, un professeur, un directeur d'école… ? Mais difficile à l'heure actuelle de connaître ses motivations : dénoncer une épreuve trop facile, nuire à sa direction ou "embêter le monde pour embêter le monde" ?

Quoi qu'il en soit, "le résultat est là : on compromet la validité de la réussite d'un grand nombre de jeunes". Et compromet-on aussi par-là l'idée même d'une épreuve certificative ? Une nouvelle fois, l'acte malveillant ne doit pas tout remettre en cause : "Je pense que l'épreuve externe, certificative, est quelque chose que nous avons tous voulu. C'est une manière d'harmoniser les résultats scolaires et le système scolaire, pour autant qu'elle soit bien faite."

Les questionnaires sous scellés étaient disponibles depuis le 5 juin dans les écoles. Après avoir été envoyés par les fonctionnaires de l'administration. À l'avenir, il faudra donc que la mise en place de cette épreuve soit "mieux sécurisée, mieux organisée", mais il ne faut en rien la remettre en cause uniquement "parce que quelqu'un a fauté".

Trop facile le CEB ?

Parmi les autres épreuves certificatives, le CEB (Certificat d'études de base) pour les élèves de 6ème primaire s'est lui bien déroulé. Mais il est – et ce n'est pas la première fois – jugé trop facile. En témoignent ces exemples de questions posées en mathématique : "Ceci est-il un quadrilatère ?" ou "Dessinez un triangle".

"Cela fait plusieurs années que j'entends des enseignants du primaire dénoncer une épreuve trop facile et (…) nous dénonçons aussi le fait que l'on puisse réussir à 50%, parce qu'un enfant qui a, avec une épreuve facile, juste 50% a les mêmes chances d'accès au secondaire qu'un enfant qui a eu 85 ou 90%."

Faudrait-il donc une forme d'élitisme et repousser le seuil de réussite à 60 ou 70% ? "Non, ce n'est pas une question d'élitisme, répond la cheffe de groupe MR au parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. C'est une question de vérifier, de s'assurer qu'un enfant qui passe son CEB et le réussit a véritablement le niveau de prérequis pour accéder à l'enseignement secondaire."

Éviter le "massacre" dans le secondaire

Car, estime-t-elle, réussir avec 50%, cela signifie que l'élève n'a acquis que la moitié des compétences et/ou des savoirs nécessaires pour accéder au secondaire. "Quand on voit le massacre chez nos jeunes dans le premier degré du secondaire, je pense que l'honnêteté est de se dire 'Ne devrait-on pas, à la fin du primaire, pouvoir évaluer véritablement si nos enfants ont les prérequis et le niveau pour accéder au secondaire' ?"

Sans pour autant reporter ce "massacre" dans le primaire, assure Françoise Bertieaux : "On ne prône pas le redoublement, nous prônons, depuis le début de la première primaire, la consolidation les savoirs de base, notamment par la remédiation immédiate quand une difficulté apparaît. Il ne faut pas attendre qu'un gosse soit en échec en troisième primaire pour faire quelque chose."

Des projets de remédiation immédiate, poussés par la ministre Milquet, sont en cours, mais, pour la députée libérale, la manière de mettre en place le système et d'en chercher les moyens "en puisant notamment dans les financements du différencié, donc des écoles les plus défavorisées".

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