Trois cantons suisses (Genève, le Valais et le Vaud) placés en zone rouge par la Belgique : une décision aberrante ?

Trois cantons suisses (Genève, le Valais et le Vaud) placés en zone rouge par la Belgique : une décision aberrante ?
Trois cantons suisses (Genève, le Valais et le Vaud) placés en zone rouge par la Belgique : une décision aberrante ? - © Tous droits réservés

Désormais, les avis de voyage seront mis à jour deux fois par semaine, à la suite des réunions du Celeval (cellule d’évaluation composée de scientifiques, d'universités, d'hôpitaux, du SPF Santé et de Sciensano), qui sont prévues tous les mardi et vendredi. Ce samedi 1er août, le classement couleur des pays européens du SPF Affaires Étrangères a donc été mis à jour, avec plusieurs nouvelles zones rouges (voyages non-essentiels interdits) : des régions d'Espagne (dont Barcelone), le département de la Mayenne en France, la région de Severoiztochen en Bulgarie, ainsi que trois cantons suisses, frontaliers à la France et au lac Léman : Genève, le Vaud et le Valais.

Une décision qui tombe la veille d'un week-end, celui du 1er août qui plus est : certains touristes ont ainsi du faire demi-tour sur la route, en apprenant ce samedi après-midi que les voyages non-essentiels étaient désormais interdits dans ces régions. "On a appelé la hotline de l'Ambassade belge à Berne, qui nous a confirmé que si on n'était pas encore arrivé dans la zone rouge, on avait intérêt à faire demi-tour, sans quoi, nous allions être mis en quarantaine obligatoire avec dépistage." nous confie Olivia Snyers, alors sur la route vers le Valais avec sa famille ce samedi, et qui a fait demi-tour aux alentours de Bâle.

"Lorsque l'on regarde les rapports de la semaine 30 (du 20 au 26 juillet) pour ce canton, on voit que le taux de reproduction (ndlr: le nombre moyen de personnes qu'un patient contamine) est de 1, donc je ne comprends vraiment pas pourquoi le Valais a été placé en zone rouge." ajoute-t-elle.

Du côté suisse, on a en tout cas du mal à comprendre cette décision, jugée comme "incompréhensible et choquante", par le conseiller d’État valaisan en charge de l’économie Christophe Darbellay sur les ondes de la RTS. "Le canton du Valais maîtrise bien le Covid-19. La situation à Genève est beaucoup plus alarmante". M. Darbellay a précisé être intervenu samedi soir déjà auprès de l'OFSP. "J’ai bon espoir que cette situation soit réglée rapidement", a-t-il ajouté.

Peu de nouveaux cas ?

D'un point de vue national, la Suisse vit une légère résurgence du virus depuis début juillet, avec une moyenne de 200 nouveaux cas par jour, alors qu'elle avait réussi à descendre aux alentours d'une vingtaine de cas en mai et juin.

Concernant Genève et le Vaud, qui ont été les cantons les plus touchés par le coronavirus lors de la première vague, on constate en effet une augmentation inquiétante des cas journaliers (plus pour Genève que pour le Vaud). Ces deux cantons représentent entre un tiers et la moitié des nouveaux cas quotidiens nationaux de ces derniers jours, comme le montrent ces données de l'Office fadéral de la Santé Publique (OFSP). 

Côté suisse, on souligne cependant que sur les 14 derniers jours, le taux de nouvelles infections a atteint 23 cas pour 100.000 habitants dans le canton de Vaud, et de 10 dans le Valais, alors qu'il est de 44 en Belgique. "Vaud est pratiquement à la moitié du taux d'infection belge", fait remarquer Philippe Leuba, le ministre vaudois de l'économie. "On ne sait pas sur quels critères la Belgique se base", a reconnu de son côté sa collègue en charge de la santé, Rebecca Ruiz.

Selon un membre du Celeval, que la RTBF a pu contacter, un critère important est un taux d'incidence qui dépasse 20 cas pour 100.000 habitants mais sur une période d'une semaine. C'est le cas de Genève (225 cas, soit un taux d'incidence de plus de 40 sur 7 jours), mais pas du tout du canton de Vaud, qui affiche un taux en dessous de 10 contaminations par 100.000 habitants sur la dernière semaine!

Pour le Valais, par contre, son passage en zone rouge est plus étonnant. Si, en première vague d'épidémie, ce canton était parmi les plus touchés, ce n'est plus du tout le cas. Avant le 27 juillet, très peu de nouveaux cas sont reportés (moins de cinq par jour), et le 28 et 29 juillet, ce chiffre est "monté" à 7 et 9 cas. Avec 25 cas signalés sur une semaine, on atteint ainsi une incidence de moins de 7 cas pour 100.000 habitants sur les sept derniers jours. Soit 4 fois moins que le taux belge (28 cas par 100.000 habitants la semaine dernière). A titre de comparaison, le taux d'incidence d'Anvers avoisine les 200...

 

L'effet foyer

L'épidémiologiste Yves  Coppieters éclaire cette situation : "Ces codes couleur, s'ils ont un réel intérêt en termes d'information et de communication, ne sont pas le reflet de la circulation du virus sur l'ensemble de ces régions. C'est-à-dire que dans ces régions, il y a peu de cas, mais il y a des clusters, des foyers de contamination, et la Suisse l'analyse bien dans ces données, dans des boîtes de nuit, dans des bars, etc. Et ces cas, relativement peu élevés à l'échelle du canton, font basculer toute la région vers une couleur."

Ce sont quelques foyers, en train d'être circonscrits, qui font basculer la zone en rouge

"Donc on ne parle pas de circulation générale du virus dans toute cette région, mais quelques foyers qui sont en train d'être circonscrits et qui font malheureusement basculer la zone en rouge. Ces quelques chiffres absolus, qui ne représentent pas grand chose à l'échelle du canton, sont simplement le reflet d'une transmission qui reprend auprès des jeunes, qui prennent plus de risque, et qui incombe malheureusement à toute une population."

En effet, la Suisse a des capacités d'analyse très fines de la propagation du virus sur son territoire, elle a pu ainsi déterminer que les principaux lieux d'infection au coronavirus de ces dernières semaines sont principalement les clubs, discothèques, bars, restaurants, et rencontres familiales.

Du côté de la Belgique, cette discrimination géographique et situationnelle devrait donc idéalement être plus développée. "Soit on arrive à être plus spécifique par rapport à ces zones, on demande aux gens s'ils ont pris des situations à risque, avez-vous bien appliqué les gestes barrière, avez-vous été dans les boîtes de nuit. Et là ça a un sens d'être beaucoup plus spécifique dans le suivi des retours. Mais par rapport au reste de la population qui n'a pas pris de risque, ces zones oranges n'ont pas beaucoup de sens"

Si on pose plus de questions sur le comportement des gens dans ces zones à risque, "alors on peut être plus discriminant dans le conseil et le suivi des retours."

Dans le cas de la Suisse, ce ne sont donc pas des chiffres globaux à l'échelle du canton qui permettent d'estimer si une région est à risque ou non, mais l'analyse plus spécifique des foyers de contamination, qui restent localisés en certains lieux, certains groupes de personnes. Une analyse réalisée par le Celeval, mais malheureusement, une discrimination géographique plus fine n'est actuellement pas appliquée pour les avis de voyage belges envers les cantons de Genève, du Vaud et du Valais, imposant à certains voyageurs d'annuler leur voyage, même si la zone géographique de leurs vacances ne comporte pas de foyers.

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