Traite des êtres humains: un rapport sur l'état des lieux en Belgique

La traite des êtres humains concerne aussi le personnel des autoroutes, sous-traité à des entreprises extérieures.
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La traite des êtres humains concerne aussi le personnel des autoroutes, sous-traité à des entreprises extérieures. - © NICOLAS LAMBERT - BELGA

La traite des êtres humains, cet esclavagisme moderne, reste une réalité en Belgique. Le pays s’est d’ailleurs doté d’un nouveau service pour étudier et lutter contre le phénomène : le centre fédéral migration. Il fait partie du centre pour l'égalité des chances et il vient de publier son premier rapport sur la question.

Quand on parle de traite des êtres humains on pense à la prostitution, à la mendicité forcée ou encore au trafic d’organes. L’exploitation par le travail est moins connue. Pourtant, la pratique est courante. "Certains car-cash sont concernés, le secteur de l’HORECA ou de la construction sont aussi touchés", détaille Patrick Charlier, le directeur adjoint du centre fédéral Migration. On peut aussi croiser ces victimes de la traite des êtres humains sur les aires d’autoroute. "Il existait tout un réseau qui exploitait des ‘Madames pipi’. Elles étaient logées dans des endroits indignes, elles ne gagnaient rien. Tout l’argent qu’elles récoltaient allait aux exploiteurs", explique Patrick Charlier.

Des victimes difficiles à repérer

Aujourd’hui, la principale difficulté pour lutter contre ces pratiques, c’est d’identifier les victimes.

En Belgique il n’existe que trois centres d’accueil pour ces personnes : un à Bruxelles, un en Wallonie et un en Flandre. La police, les services sociaux ou encore les magistrats doivent orienter les victimes vers ces structures. Un dispositif pas toujours fonctionnel pour Sarah de Hovre, la directrice du centre d’accueil bruxellois PAG-ASA. "Certains services ne sont pas assez sensibilisés à la problématique. Ils ne connaissent pas les signaux d’alerte qui permettent détecter ces victimes. Ils pensent simplement que ce sont des migrants sans permis de séjour et ils les dirigent vers d’autres structures."

Des menaces de morts, pour ceux qui dénoncent la pratique

Autre difficulté : la réticence des victimes à porter plainte. "Celles qui veulent dénoncer la pratique font l’objet de menaces. Les intérêts financiers en jeu sont vraiment très importants. Il y a des menaces psychologiques, des coups, la menace de s’en prendre à la famille dans le pays d’origine et parfois même des menaces de mort", précise Patrick Charlier.

S’ajoutent à cela les difficultés financières, pour les victimes qui n’ont pas droit à un avocat pro deo.

Enfin, pour démanteler les réseaux d’exploiteurs et protéger les victimes, une bonne coopération des services de police et de justice européens est nécessaire. "Il y a quelques exemples de collaboration européennes qui ont bien fonctionné mais ce sont des exceptions", admet Patrick Charlier.

Barbara Schaal et C. Biourge

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