Traçage, tracing : "Il faut changer ce nom, c'est absurde"

Les rassemblements de centaines de fêtards ce week-end à Bruxelles font craindre une recrudescence de l’épidémie. En l’absence de vaccin, la stratégie de "tracing" reste au coeur de la lutte contre le coronavirus… Quelles sont les implications du récent accord de coopération sur cet enjeu ? Quand une application numérique de tracing verra-t-elle le jour ? Alain Maron, le ministre bruxellois de la Santé, répondait à nos questions ce lundi sur le plateau de CQFD.

"Un message plus compliqué à faire entendre"

Le ministre bruxellois rappelle le scénario du pire : "c’est d’avoir une personne contaminée dans un rassemblement comme ceux de ce week-end, et qui en contamine 10, 20 ou 30, parce qu’elle partage son verre par exemple et parce qu’aucune mesure de protection n’est plus respectée. Alors oui, ça fait peur. Mais même si ces images interrogent, pour l’essentiel les mesures sont respectées : dans l’horeca, les contacts quotidiens, le fait que beaucoup de personnes soient encore en télétravail, etc."

Alain Maron explique les débordements de ce week-end par "un message plus compliqué à faire entendre": "D’une part, la circulation du virus est très faible, avec quelques dizaines de nouveaux cas par semaine à Bruxelles, mais c’est faible grâce aux mesures. Si on baisse les bras et qu’on autorise des rassemblements de masse, on pourrait à nouveau perdre du terrain face au virus, comme en Allemagne. A la fois la situation va mieux, mais on ne peut pas baisser complètement la garde, sinon le risque devient trop important de se retrouver tous confinés", expose le ministre.

Accord de coopération, non démocratique ?

La semaine dernière, les autorités fédérale et fédérées ont passé un "accord de coopération", pour fixer le cadre légal manquant à une application numérique de tracing [les Régions sont compétentes mais le cadre juridique revient au fédéral, Ndlr]. Or, "un accord de coopération est discuté à huis clos, entre cabinets ministériels", regrette la Ligue des droits humains et d’autres signataires dans une lettre ouverte réclamant un contrôle démocratique plus large du parlement sur cet enjeu.

"Les Régions auraient préféré que le texte légal reste au fédéral et que le fédéral passe une loi complète sur le suivi de contacts, lequel aurait ensuite été mis en œuvre en partie par les régions", explique Alain Maron qui y voit une "dilution de responsabilité" de la part du fédéral.

L’idée n’est pas de tracer la population mais de la protéger

Cabinet d’avocats indépendants

Le ministre bruxellois de la Santé précise en outre que "dans le cadre des discussions sur cet accord de coopération, un cabinet d’avocats indépendants a été engagé par le fédéral et avec l’accord des entités fédérées. Et ce cabinet a pour mission de répondre à tous les avis formulés par l’Autorité de Protection des Données et la Ligue des Droits Humains".

Dans ce débat, certains réclament l’anonymisation des données, pour éviter leur utilisation ultérieure à d’autres fins. Pourquoi ne pas privilégier un numéro aléatoire, comme dans d’autres pays, en place du numéro national ?

Forcément et intrinsèquement, il y a atteinte à la vie privée

Pour Alain Maron, "utiliser le numéro national n’est pas problématique pour autant que les autres balises soient respectées : dans la loi, on écrira que les données collectées dans le cadre du suivi de contacts peuvent être utilisées uniquement dans la lutte contre le covid, avec une durée d’effacement des données et l’obligation, dans certains cas, d’anonymiser les données, par exemple si on veut les utiliser dans des bases scientifiques pour voir l’évolution de la maladie", assure le ministre.

"A partir du moment où on crée une base de données avec suivi de contacts, forcément et intrinsèquement, il y a atteinte à la vie privée", reconnaît Alain Maron. "Ce que nous devons faire pour que ce soit efficace et que ça protège la vie privée, c’est mettre des balises et c’est ce qu’on a essayé de faire, au maximum", promet le ministre qui reconnaît "un manque de transparence et un certain flou". C’est, ajoute-t-il, lié au bouclage en quinze jours d’un projet qui aurait en temps normal demandé six mois à un an pour être ficelé.

CQFD, Ce Qui Fait Débat, chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h45 sur La Trois. L’entièreté de l’émission ci-dessous :

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