"Paralysie politique" au gouvernement wallon: "il est temps pour le cdH d'aller au confessionnal"

Accusations de mensonges, blocages de leurs dossiers respectifs: l'ambiance est devenue électrique entre PS et cdH, aussi bien au gouvernement wallon qu'au parlement.

Une réunion du gouvernement qui tourne court

Le gouvernement wallon s'est réuni ce jeudi avec, au menu notamment, la suppression de la TV redevance. Et la réunion a tourné court: après une demi-heure, les partenaires n'ont pu que constater l'impasse.

Le cdH a refusé près d'un tiers des points de l'ordre du jour, dont la suppression de la redevance télévision qui y avait été inscrite par le PS. La réunion hebdomadaire du gouvernement consacre, selon le ministre-président Paul Magnette (PS), "une paralysie politique potentiellement grave pour la situation socio-économique de la Wallonie."

Ce jeudi, le cdH a aussi retiré de l'agenda certains projets avancés par ses ministres, comme le passeport-eau ou le Code wallon du bien-être animal.

"Le cdH a même bloqué certains subsides à des entreprises ou des asbl", a dénoncé Paul Magnette (PS). A ses yeux, "cette crise politique crée une paralysie dont les conséquences socio-économiques sont potentiellement graves pour la Wallonie".

Maxime Prévot veut une période d'"affaires prudentes"

Le vice-président Maxime Prévot, quant à lui, a répété que son parti le cdH n'acceptait pas que le PS tente de "profiter du climat actuel pour faire passer des points vite fait bien fait".

Concernant les refus de débloquer des subsides à certaines entreprises mais pas à d'autres, une source cdH faisait valoir la nécessité d'une analyse plus approfondie pour éviter de tomber dans les "soutiens aux petits amis". Mais les humanistes ont accepté d'autres subsides. "Il suffit d'aller voir qui sont les administrateurs, ou les bourgmestres, pour comprendre pourquoi", glissait un socialiste.

Les deux partis disent toutefois vouloir continuer à tenir la barre du gouvernement.

Le PS, a assuré Paul Magnette, continuera à inscrire des points à l'ordre du jour. Maxime Prévot, lui, souligne la nécessité d'une période d'"affaires prudentes" et confirme que son parti bloquera toute politique nouvelle ou ayant un lourd impact budgétaire.

Le PS veut faire supprimer la redevance TV par un décret au parlement wallon

Puisque le blocage est constaté au niveau du gouvernement wallon, le groupe PS du parlement wallon veut modifier le décret sur la redevance TV, et supprimer cette dernière à partir de la période imposable 2019.

Où prendre les 120 millions de la taxe supprimée?

La suppression de la TV redevance, était une volonté politique largement partagée. Les partis sont par contre divisés sur les recettes à aller chercher ailleurs -mais où- pour compenser le manque à gagner dans le budget régional. C'est-à-dire une perte de près de 120 millions d’euros. Selon le PS, une solution avait été trouvée avec le cdH, mais celui-ci dément. 

Un démenti qui a fait bondir le ministre Lacroix, au coeur de ce projet de refonte fiscale liée à la suppression de la télé-redevance: "le cdH ferait bien de retourner au confessionnal alors, parce que ça commence à bien à faire, leurs mensonges", a-t-il déclaré.

On est là au cœur des rancœurs entre futurs ex-partenaires, le PS accusant le cdH de faire la danse du ventre en vue de constituer une nouvelle majorité. Une seule certitude à la lumière de ces tensions: la Wallonie politique, comme les autres entités fédérées francophones, est bien bloquée, dans la recherche d'une solution à l’inédite crise actuelle.

Une situation qui inquiète

Une situation qui inquiète, notamment dans le secteur non-marchand: les syndicats de ce secteur sont sortis inquiets jeudi d'une rencontre matinale avec l'exécutif régional. Un accord de l'actuelle majorité prévoyait une manne supplémentaire de 10 millions d'euros dès 2018 pour le secteur, de 20 millions en plus en 2019 et 30 millions en 2020, mais sa mise en œuvre devait encore être arrêtée. Patricia Piette, secrétaire nationale non-marchand à la CNE (CSC, syndicat chrétien), s'inquiète d'une remise en question de la traditionnelle concertation tripartite (patrons-syndicats-gouvernement), dès lors que "le MR a déjà dit qu'il voulait inscrire sa marque dans la continuité de celle du gouvernement fédéral".