Tout comprendre à l'affaire Chovanec: le fil des événements, les dates et les personnages-clés

Au fil des jours, les zones d'ombre se lèvent sur l'affaire Chovanec, du nom de ce Slovaque de 38 ans, arrêté à l'aéroport de Charleroi le 23 février 2018, emmené en cellule, maitrisé par des policiers lors d'une intervention dont les images de vidéosurveillance soulèvent l'émoi. Réanimé et transféré à l'hôpital Marie Curie de Charleroi, Jozef Chovanec y décèdera quelques jours plus tard.

Deux ans et demi après les faits, bon nombre de questions se posent. Qui savait? Y a-t-il eu une défaillance dans la communication entre les services? Quelqu'un a-t-il cherché à étouffer l'affaire? La police a-t-elle agi correctement? Où en est l'enquête judiciaire? Y a-t-il une faute politique?

Ce mardi, l'ancien Ministre de l'Intérieur Jan Jambon (N-VA), aujourd'hui Ministre-président du gouvernement flamand, sera entendu en commission par les députés fédéraux. Après avoir déclaré n'avoir jamais entendu parler de ce dossier, Jan Jambon a dû admettre qu'il a rencontré l'ambassadeur slovaque au sujet de ce dossier, même si, ajoute-t-il, "je ne m'en souviens pas".   

Pour y voir plus clair dans ce dossier, retraçons le fil des événements, les dates et les personnages-clés, à travers cette ligne du temps interactive. 

23 février 2018  

Jozef Chovanec, un Slovaque de 38 ans, se trouve à l'aéroport de Charleroi. Il embarque dans un avion pour rentrer à Bratislava où l'attendent son épouse Henrieta et sa fille Lucia. Suite à un comportement jugé agressif envers une hôtesse de l'air, Jozef Chovanec est débarqué sur le tarmac de l'aéroport. La police fédérale aéroportuaire le maitrise et l'emmène en cellule.

24 février 2018 

A 4h20, sur base des images de vidéosurveillance, on aperçoit Jozef Chovanec frapper, violemment et à plusieurs reprises, sa tête contre le mur de sa cellule, pendant une dizaine de minutes, jusqu'à en saigner. 

Vers 4h31, six policiers entrent dans sa cellule pour le maitriser. Ses mains sont menottées et ses jambes attachées. Il est enroulé dans une couverture. Un policier appuie sur sa poitrine avec ses genoux pendant 16 minutes. Une policière fait un salut nazi. 

A 5h04, le SMUR arrive et un sédatif est administré à Jozef Chovanec. Les policiers se rendent compte que son cœur ne bat plus. Jozef Chovanec est réanimé et emmené à l'hôpital Marie Curie de Charleroi.

26 février 2018

L'ambassadeur slovaque à Bruxelles, Stanislav Vallo, adresse une lettre au SPF Affaires étrangères dans lequel il demande des explications.

Voici un extrait de cette lettre: "Après son arrestation musclée par vos services d'ordre, Monsieur Chovanec a été transféré, gravement blessé, à l'hôpital Marie Curie. La famille de Monsieur Chovanec a déjà introduit une plainte contre X. La République slovaque suit de très près l'évolution de ce regrettable incident. Nous serons également attentifs au développement de la procédure". 

27 février 2018

Jozef Chovanec décède à l'hôpital Marie Curie de Charleroi. 

28 février 2018

Un collaborateur du SPF Affaires étrangères envoie un e-mail au Comité P pour avoir des explications: "Notre ambassadeur à Vienne a été convoqué par le Ministre slovaque des Affaires étrangères à Bratislava", écrit-il. 

2 mars 2018

L'ambassadeur slovaque à Bruxelles, Stanislav Vallo, est reçu au cabinet du Ministre de l'Intérieur. Jan Jambon (N-VA) dit qu'il était à l'étranger à ce moment-là. L'ambassadeur est donc reçu par des collaborateurs du ministre. 

30 mai 2018

L'ambassadeur slovaque est à nouveau reçu au cabinet de l'Intérieur, en présence cette fois de Jan Jambon. La rencontre est brève. Le Ministre de l'Intérieur de l'époque dit ne pas s'en souvenir en raison des événements du jour. On était au lendemain de l'attentat de Liège. Après la rencontre avec l'ambassadeur, Jan Jambon a assisté à une cérémonie en l'honneur des victimes de l'attentat. 

2 juillet 2018

L'ambassadeur slovaque à Bruxelles est reçu par un directeur du SPF Affaires étrangères. Il lui déclare avoir déjà eu un contact avec le Ministre de l'Intérieur Jan Jambon. Un rapport est dressé et transmis, le 4 juillet, à Joy Donné, le chef de cabinet de Jan Jambon.

Mars 2019

La veuve de Jozef Chovanec apprend via l'ambassadeur slovaque que le juge d'instruction envisage de clôturer l'enquête. Selon son avocate, elle est "abasourdie" car des éléments importants n'ont pas été exploités.  

19 août 2020

Les images de vidéosurveillance de ce qui s'est passé dans la cellule à l'aéroport de Charleroi la nuit du 24 au 25 février 2018, sont diffusées dans la presse. Elles soulèvent l'émoi. 

20 août 2020

André Desenfants, le numéro 2 de la police fédérale, se retire. Il se dit "profondément choqué par les images" et précise "je ne peux pas l'admettre ni le tolérer".

Il affirme n'avoir jamais été au courant des images. "Dès que j'en ai pris connaissance, j'ai immédiatement pris mes responsabilités et j'ai demandé au service de contrôle interne de diligenter plusieurs enquêtes. Une enquête vis-à-vis de l'auteur du salut nazi, une enquête qui devra se dérouler sur tous les faits qui se sont déroulés et pour laquelle j'ai demandé un accès urgent au dossier toujours à l'instruction"

26 août 2020 

Les Ministres de l'Intérieur Pieter De Crem (CD&V) et de la Justice Koen Geens (CD&V) sont entendus en commission par les députés fédéraux qui réclament toute la lumière sur cette affaire. Les deux ministres livrent, chacun à leur tour, les éléments en leur possession. 

Pieter De Crem annonce que "la police fédérale était au courant de l’incident mais pas des images" et que "le cabinet de Jan Jambon a rencontré l’ambassadeur slovaque".

Les députés réclament l'audition de Jan Jambon.

Dans un communiqué, envoyé aux médias, le Ministre-président flamand répète qu'il n'a jamais entendu parler de ce dossier. Il explique "ne pas se souvenir du drame dont les images ont été rapportées la semaine dernière". Il ajoute qu'"un rapport de police a été demandé par le cabinet, où les faits étaient relatés de façon neutre, sans les détails horribles qu'on a pu voir sur les images. En se fondant sur le rapport, on ne pouvait d'aucune façon déduire une action problématique de la police". Jan Jambon ajoute qu'aucune faute n'a été commise, dans son chef ou celui de ses anciens membres de son cabinet.   

29 août 2020

Face à la pression médiatique, et à quelques jours de son audition par les députés en commission, Jan Jambon convie la presse dans son fief de Brasschaat, pour livrer sa version des faits

Jan Jambon affirme n’avoir commis aucune faute en tant que ministre de l’Intérieur. Selon lui, son cabinet a fonctionné correctement. Tout au plus admet-il une "faute de communication" ces derniers jours.

Concernant la rencontre avec l'ambassadeur slovaque le 30 mai 2018, Jan Jambon déclare: "Je ne me souviens pas de cette réunion". Jusqu'à présent, l'entourage du Ministre-président flamand avait toujours déclaré qu'il n'avait jamais rencontré personnellement l'ambassadeur. Ce jour-là, "mon attention s’est entièrement portée sur les attaques à Liège, ce qui explique, en partie, pourquoi je ne me rappelle pas cette courte conversation" ajoute Jan Jambon.

1er septembre 2020

A la demande des députés des Commissions de l'Intérieur et de la Justice de la Chambre, l'ancien Ministre de l'Intérieur Jan Jambon, le commissaire-général de la Police fédérale Marc De Mesmaeker, et sa prédécesseure Catherine De Bolle, devenue présidente d'Europol en 2018, ont été auditionnés.

"Nous n'étions pas au courant". Voilà grosso modo ce qu'il faut retenir de cette journée d'audition

Interrogé en premier, Jan Jambon a insisté sur le fait que ni lui ni son cabinet n'avaient vu les images: "Notre connaissance du dossier était totalement différente des images qu’on a pu découvrir dans la presse. Je défendrai toujours l’action de la police, je l’ai fait en tant que ministre. Mais ce que j’ai pu voir sur les images est inacceptable. Il n’y a pas de mot pour justifier ça". Jan Jambon explique n’avoir disposé que d’un rapport de police "sommaire" et "neutre": "Je n'avais aucune indication pour dire que le rapport de police était lacunaire. Nous n'avions pas les images".  

Le commissaire-général de la Police fédérale Marc De Mesmaeker explique lui aussi ne pas avoir eu connaissance des images avant leur diffusion dans les médias il y a quelques semaines: "Je lis partout que ce n'était pas possible que Marc De Mesmaeker n'était pas au courant. Si, c'est possible, car c'est le cas".

Après avoir rappelé qu'elle a quitté la Police fédérale belge le 1er mai 2018 pour devenir présidente d'Europol, Catherine De Bolle déclare: "Je n'ai pas été informée des faits. Ils auraient dû être portés à ma connaissance. Si cela avait été le cas, j'aurais pris des mesures".    

Face à ces explications, les députés restent sur leur faim car ils s'attendaient à d'autres réponses. Pour eux, des signaux ont été émis à l'époque et ils ont tout simplement été ignorés.

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