Tihange 2 et Doel 3: pas de fermeture immédiate malgré le demi-million de signatures

La remise des pétitions à l'AFCN
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La remise des pétitions à l'AFCN - © RTBF

Les opposants au nucléaire ont remis ce vendredi une pétition au directeur général de l'Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire (AFCN). Cette pétition a recueilli 506.003 signatures. Beaucoup de Belges, mais aussi des Néerlandais ou des Allemands. 
Léo Tubbax, porte-parole des activistes antinucléaire, explique : "Un mandat nous est remis par des gens d'Ecolo, du PTB, des activistes sans parti. Ils nous envoient chez le nouveau patron de l'AFCN, monsieur Hardeman, avec le demi-million de signatures (dont une centaine de mille dans la province de Liège) que nous avons récoltées. Cette pétition réclame la fermeture immédiate de Doel 3 et de Tihange 2 jusqu'à ce que l'exploitant Engie Electrabel puisse démontrer sans faute que les réacteurs sont aussi sûrs qu'un réacteur qui répond aux normes européennes et mondiales. Actuellement on essaie de nous traiter avec mépris, et de faire semblant que nous ne sommes pas là. Mais nous sommes là et nous devenons de plus en plus forts. Nous pensons que les gens deviennent de plus en plus inquiets et de plus en plus conscients du programme".

Le nouveau directeur général de l'AFCN, Frank Hardeman, est entré en fonctions au mois de mai. C'est un expert en sûreté nucléaire et un ancien directeur adjoint du Centre d'étude nucléaire de Mol. Après la remise de la pétition, les activistes ont rencontré Frank Hardeman. Mais ils n'ont rien obtenu au terme de cette réunion. Ils promettent toutefois de continuer le combat: "Je suis militante depuis les années 70 parce qu'on installait Tihange quand j'étudiais à l'université de Liège et on était très préoccupés. Dans les années 70, quand on disait qu'il y avait des risques d'accident, on nous disait que ce n'était pas vrai. Et puis il y a eu des accidents. On nous disait aussi qu'on allait trouver des solutions pour les déchets. On n'a pas trouvé de solution. On nous disait aussi que les centrales n'étaient construites que pour 20 ans. On voit qu'en prolongeant le nucléaire, on bloque aussi le développement des énergies douces, renouvelables parce qu'on ne met pas l'argent et les forces suffisantes pour les développer. La solution, ce sont les énergies renouvelables et il faudra fermer les centrales pour qu'on puisse enfin donner un développement réel au renouvelable. Et peut-être aussi diminuer notre consommation" explique Marie-France Deprez, militante antinucléaire de longue date.

Si les responsables de l'AFCN ont accepté de rencontrer les activistes, c'est "dans un souci de transparence", mais les conclusions de l'agence restent inchangées. Pour elle, la sécurité est garantie.

"On connaît la chanson"

Quant à la ministre fédérale de l'Energie, Marie-Christine Marghem (MR), elle réagit en disant : "On connaît la chanson. C'est une pétition qui est lancée depuis longtemps". Pour elle cela ne change rien : "Je connais vraiment le dossier, comme Jan Jambon (le ministre de l'Intérieur, N-VA, ndlr), et nous savons que toutes les études ont été menées. Nous avons toujours dit et nous répétons, parce que le gouvernement prend la sûreté nucléaire très au sérieux, que si l'AFCN nous dit demain qu'il faut fermer ces centrales nous les fermerons. Mais ce n'est pas ce qu'elle dit puisqu'elle a procédé pendant deux ans, avec des experts internationaux, en revérifiant toutes les analyses faites, à des examens très approfondis, et qu'elle a considéré que ces centrales pouvaient continuer à tourner".

"C'est irresponsable"

La décision, jeudi, par le gendarme nucléaire de redémarrer à une date encore non précisée le réacteur Doel 3, à l'arrêt depuis le 22 septembre 2017, ne présage toutefois rien de bon. "C'est irresponsable", a commenté Léo Tubbax. Outre la remise des 506.003 signatures, qui confèrent un certain poids aux militants, "nous invitons M. Hardeman à s'asseoir autour d'une table avec des experts du Groupe international d'évaluation des risques nucléaires (INRAG)", a-t-il ajouté.

Les associations citoyennes à l'origine de la pétition estiment que les réacteurs fissurés Tihange 2 et Doel 3, âgés de plus de 30 ans, doivent être fermés immédiatement et non au plus tard en 2023 comme cela est prévu.

Les fissures qui strient leurs parois ont été mises au jour en 2012 et ont conduit à la fermeture temporaire des réacteurs. Mais après enquête, l'AFCN a estimé qu'ils pouvaient continuer à produire de l'électricité.

Pour les groupes d'actions anti-nucléaires, il n'existe "aucune preuve que les réacteurs fissurés aient le même niveau de sûreté que les autres". D'après eux, un accident nucléaire à Doel ou Tihange mettrait la vie de milliers de personnes en péril, y compris dans les régions frontalières aux Pays-Bas et en Allemagne, où la mobilisation contre l'atome est plus ancienne et fédère un front important.

Porosité

Les militants s'inquiètent également de la structure des réacteurs, dont la porosité pourrait être plus importante que prévu. "Cette structure est le dernier rempart entre la radioactivité et la population. Elle doit être absolument robuste. Nous demandons des preuves formelles", a encore dit Léo Tubbax.

Parmi les signataires de la pétition, les Allemands de Rhénanie sont les plus nombreux, suivis par les Néerlandais du Limbourg méridional. "Les Belges sont minoritaires, mais nous avons constaté un regain d'intérêt sous l'influence, entre autres, de la chaîne humaine de 50.000 personnes organisée en juin 2017 entre Tihange, en province de Liège, et la ville allemande d'Aix-la-Chapelle", selon Léo Tubbax.

Les interpellations citoyennes dans les conseils communaux et la distribution des pilules d'iode ont également favorisé la prise de conscience, estime-t-il.

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