Thomas Dermine à Jeudi en Prime : A propos du Plan de relance, "l’enjeu est de sortir vite de la crise du coronavirus"

Thomas Dermine (PS), secrétaire d’Etat pour la Relance et les Investissements stratégiques, chargé de la Politique scientifique était l’invité de Jeudi en Prime, ce jeudi, sur la Une, après le Journal Télévisé.

"Dans des secteurs où on a remonté des dividendes, ça me semble choquant qu’on n’augmente pas les salaires"

Thomas Dermine est revenu sur les négociations entre les partenaires sociaux pour la conclusion d’un accord interprofessionnel. Ces négociations sont dans l’impasse. Patrons et Syndicats ont, selon le calendrier fixé par le gouvernement, jusqu’au 1er mai pour trouver un accord. Jusqu’à présent, la discussion cale sur les augmentations de salaires. La marge disponible, 0,4% est jugée insuffisante par les syndicats qui voudraient pouvoir négocier plus dans les secteurs qui ont bien traversé la crise du coronavirus. Ce jeudi, le Premier ministre et le ministre de l’Emploi ont insisté pour que Patrons et syndicats se donnent encore une chance d’aboutir dans les prochains jours. "Il faut laisser jusqu’au dernier moment la chance aux partenaires sociaux d’arriver à un compromis, même si on doit réenclencher la machine de la concertation sociale", estime Thomas Dermine.


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Ce dossier de l’accord interprofessionnel a donné lieu à quelques déclarations tranchées entre socialistes et libéraux depuis mercredi. Du côté socialiste, on a brandi l’article de la loi de 1996 sur la compétitivité qui permettrait d’intervenir sur les versements de dividende s’il n’y avait pas d’augmentations de salaires possibles dans les secteurs qui se portent bien. Du côté libéral, on n’est pas du tout de cet avis, le Président de l’Open VLD a plutôt appelé les syndicats à venir avec "des attentes réalistes""C’est normal au sein d’un gouvernement de ne pas être d’accord sur tout", estime le secrétaire d’Etat Thomas Dermine.

Sur la possibilité qu’offrirait la loi de 1996 sur la compétitivité de freiner les versements de dividende, "Il y a un article dans la loi qui est prévu pour le faire. Est-ce qu’on va en arriver là ? Il faut tout faire pour l’éviter et donner toutes ses chances à la concertation sociale dans les prochaines heures et dans les prochains jours", ajoute Thomas DermineMais, estime-t-il, "Dans des secteurs où on a remonté des dividendes, ça me semble choquant qu’on n’augmente pas les salaires". Le secrétaire d’Etat a aussi plaidé pour une révision de la loi de 1996, une loi "mal pensée".

Le Plan de relance, "la nécessité d’investir dans l’avenir"

Ce vendredi, la Belgique remettra à la Commission européenne son dossier pour le plan de relance. L’Europe injectera 750 milliards d’euros pour sortir l’économie européenne de la crise du Covid. L’enjeu pour la Belgique et ses entités fédérées est de se partager 6 milliards d’euros de cette manne européenne.

La Belgique a tardé à préparer ses projets pour le plan de relance. Après trois mois de retard, il a fallu appuyer sur l’accélérateur pour être dans les délais. "L’enjeu de reconstruire la Belgique de l’après Coronavirus vaut la peine. On peut être assez fiers que la Belgique remette son plan de relance demain. Elle sera parmi les premiers pays européens à le faire", explique Thomas Dermine.

L’Etat fédéral et les trois régions ont planché pour élaborer une liste de projets en essayant de trouver ceux qui auront le plus d’impact pour l’avenir du pays. Le point de départ de la réflexion c’était de se demander "Quels sont les enjeux pour notre pays, en matière d’inclusion, en matière de digital et les enjeux énormes en matière de transition environnementale ?", explique Thomas Dermine.

Pour lui, la crise du Coronavirus restera dans les livres d’histoire, mais "l’espoir qu’on peut avoir, c’est qu’elle sera aussi retenue comme un moment où on s’est rendu compte de la nécessité d’investir dans l’avenir", souligne Thomas Dermine. "On a une opportunité d’investir massivement à un moment où l’économie est déprimée, mais aussi pour répondre à des défis structurels. Dans notre pays, le premier défi est comment on assure une transition juste et solidaire, comment réduire les émissions de Co2 tout en gardant une inclusion sociale importante", résume Thomas Dermine.

Dans les projets présentés par la Belgique pour le Plan de relance, il y a des projets qui étaient déjà dans les cartons et qui pourront être "déployés rapidement". Mais on peut aussi "rêver de l’avenir, on va construire une île énergétique en Mer du Nord pour rester les champions du monde de l’éolien en mer, on va construire un centre sur l’intelligence artificielle à Bruxelles, des écoles de biotechnologie en Wallonie", cite Thomas Dermine. "Des projets qui vont dessiner le visage de notre pays dans le futur", selon le secrétaire d’Etat pour la Relance et les Investissements stratégiques.

En pleine révolution technologique, "on doit investir dans l’infrastructure de demain", estime Thomas Dermine, comme renforcer le réseau ferroviaire, construire des réseaux d’hydrogènes, de capture du Co2, par exemple. Même investir dans des logements sociaux ou rénover les bâtiments scolaires sont, selon Thomas Dermine, "d’excellents investissements". "Non seulement, on augmente le confort des utilisateurs, mais on réduit l’empreinte C02 et on a un impact sur la relance à court terme, vu qu’on remet des travailleurs à l’emploi dans le secteur de la construction qui jouera un rôle essentiel dans ce plan de relance", ajoute le secrétaire d’Etat. Celui-ci voit une opportunité pour développer la filière du bâtiment en Belgique et, par ce biais, réinsérer des jeunes chômeurs dans ce secteur. "Pour reconstruire la Belgique de demain, on aura besoin de cerveaux, mais aussi de bras, c’est un message à faire passer", ajoute Thomas Dermine.

Selon lui, la Belgique, petite économie qui occupe une position centrale en Europe, devrait aussi bénéficier des effets des plans de relance de ses voisins français, allemands et néerlandais.

Investir pour sortir vite de la crise

Cependant, si l’Europe alloue 6 milliards d’euros à la Belgique pour se relancer économiquement, la Belgique devra aussi mettre la main au portefeuille. Elle aussi va devoir investir. L’Etat fédéral devra trouver un milliard d’euros. "La question qu’il faut se poser, ce n’est pas combien ça va coûter. C’est combien ça coûterait si on ne le faisait pas", argumente Thomas Dermine.

Pour lui, si l’on n’investit pas aujourd’hui, on le paiera pendant de nombreuses années. Investir aujourd’hui, dans la transition énergétique ou le social, c’est se garantir des rentrées fiscales plus tard et "créer les conditions de la prospérité".

Pour Thomas Dermine, il ne faut pas reproduire les erreurs commises en Europe après la crise financière de 2008. Après cette crise, en Europe, "on s’est serré la ceinture. Résultat, on est restés quatre ans dans la crise. Aux Etats-Unis, Obama a réinvesti massivement après 2008. Résultat, ils sont sortis beaucoup plus vite de la crise. C’est l’enjeu aujourd’hui, sortir vite de la crise du Coronavirus", plaide Thomas Dermine.

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