Theo Francken interrogé par le Parlement sur l'affaire de visas humanitaires: bientôt ?

Theo Francken bientôt interrogé devant le Parlement
Theo Francken bientôt interrogé devant le Parlement - © THIERRY ROGE - BELGA

Theo Francken n'a rien à cacher et est prêt à s'expliquer à la Chambre. C'est le ton de la contre-attaque hier soir sur les médias télés flamands (VTM et VRT) de l'ex-secrétaire d'Etat à l'Asile et la Migration, dont l'administration est mise en cause dans une affaire de visas humanitaires monnayés auprès de la communauté chrétienne de Syrie.  

Selon l'Office des étrangers, 600 personnes sont arrivées en Belgique par ce biais, 200 par l'intermédiaire de Melikan Kucam, un conseiller communal N-VA de Malines arrêté cette semaine dans le cadre d'une enquête judiciaire pour trafic d'êtres humains.

"Via via"

Theo Francken se défend avec force. En résumé il dit n'avoir entendu que des rumeurs "via, via", en octobre puis en décembre. Avoir conseillé à deux personnes de porter plainte, ce qui a été fait finalement en décembre. Il affirme que lui-même n'a jamais eu en main "la moindre preuve" qui lui aurait permis à lui de déposer plainte directement. Et qu'il n'a plus alors voulu interférer dans l'enquête en cours, la plainte étant déposée.

Pour le reste, il s'expliquera devant qui le sollicite. Face à la presse il le fait déjà, répondant à toutes les demandes d'nterviews "en toute transparence" dit-il.  Mais reste ses pairs, les députés, le Parlement. Plusieurs députés - majorité comme opposition - ont en effet demandé son audition. Reste à voir où et comment? Pour Theo Francken, là il faut voir : "En ce qui concerne la Chambre, on doit voir : dans notre démocratie ce n'est pas l'habitude que des députés interrogent des députés, ce n'est pas comme cela que cela marche; il y a une enquête judiciaire en cours, mais je n'ai aucune objection de principe d'être transparent aussi devant la Chambre, je n'ai rien à cacher". 

Première étape : la commission de l'Intérieur

En effectuant ce matin un petit tour des chefs de groupes, majorité comme opposition disent vouloir effectivement l'entendre. Ce qui pourrait se faire - dans un premier temps - en ("simple" ou "classique") Commission de l'Intérieur. La prochaine est prévue mercredi : on devrait y ajouter un point "ordre du jour" et donc y débattre fortement de cette audition très attendue.

Jusqu'à présent, le président N-va de la commission Brecht Vermeulen a juste concédé les auditions du Centre fédéral migration Myria et de l'Office des étrangers, fixées d'ores et déjà au 29 janvier, un peu tard pour certains qui voudraient donc hâter les choses. Plusieurs partis annoncent vouloir ainsi dès ce week-end envoyer un courrier officiel avec leurs demandes au président de la commission. Pour rappeler notamment qu'il n'y a aucune objection - quoi qu'évoque Théo Francken - un député interroge un autre député... ou au minimum veiller à la vérifier soit dans la Constitution soit dans le règlement de la Chambre. D'aucuns de préciser que la situation aurait été plus "claire" ou plus "facile" si Théo Francken était toujours secrétaire d'Etat : le Parlement est là pour contrôler le gouvernement en exercice, pas un député en exercice. Il faut donc d'abord vérifier ce qui peut être fait concrètement avant d'oser aller plus loin... C'est notamment la position du MR.

Côté opposition, on demande à entendre et Théo Francken et Maggie De Block, qui l'a remplacé à l'Asile et la Migration et qui a enclenché une enquête interne sur le sujet des visas humanitaires. Ce ne serait pas pour le 29 janvier, mais pour une autre date à convenir. Plus tôt, plus tard ? A voir. Mais il y a quelques obstacles. Sachant d'abord que si un député peut être convoqué, il n'a aucune obligation de venir répondre à l'invitation. Ensuite, s'il exprime, il le fera sans prêter un quelconque serment de dire toute la vérité. Deux éléments - répondre à une invitation et prêter serment - qui ne peuvent venir qu'avec une commission d'enquête parlementaire.

Une commission d'enquête parlementaire ?

Soyons clair pour l'heure -même si dans le dernier débat sur l'affaire des visas, jeudi, dans le cadre des questions d'actualité au gouvernement, Open Vld, MR et Cd&V n'ont pas non plus retenu leurs "coups" et critiques pour égratigner la N-Va et Theo Francken - seuls les partis d'opposition (Ecolo, PS, Cdh, Défi, Sp.a) agitent cette "menace ultime" de la commission d'enquête parlementaire... si l'ex-secrétaire d'Etat ne répondait pas à toutes leurs questions. Questions réitérées sur : pourquoi n'a-t-il pas déposé plainte ? surtout s'il avait bien connaissance de faits délictueux ? Qui savait quoi dans son cabinet, dans son administration ?

Ou encore: pourquoi a-t-il continué à s'afficher en campagne lors des dernières communales avec le dénommé Melikan Kucam s'il avait été informé de doutes sur sa probité dès octobre ? Autant de questions qui pourraient être éclairées par une audition parlementaire plus poussée, voire des confrontations. Avec d'autres complexités supplémentaires, malgré tout, à la clé : d'abord, un témoin auditionné ne peut venir "s'incriminer" par son témoignage, en clair il pourrait de toutes façons être amené à ne pas tout dire... Et ensuite, le risque est ici, une fois de plus, avec une commission d'enquête parlementaire, de voir des députés jouer les "juges" et risquer de de marcher sur les plates-bandes d'une enquête judiciaire toujours en cours... Ce qui par le passé a toujours au final largement pénalisé, freiné, aseptisé les travaux parlementaires. 

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