Theo Francken: "Il ne faut pas me donner de leçon humanitaire"

Theo Francken: "La Cour européenne confirme que le visa humanitaire est une chose qui ne peut être exigée, mais qui est offerte".
Theo Francken: "La Cour européenne confirme que le visa humanitaire est une chose qui ne peut être exigée, mais qui est offerte". - © DIRK WAEM - BELGA

Ce jeudi matin, le centre fédéral pour la Migration (Myria) présente son rapport annuel. Un rapport critique vis-à-vis du secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration accusé de tirer au bazooka pour tuer une mouche.

Mais, sur la Prem1ère, Theo Francken (N-VA) récuse toutes les accusations: il accorde 5 fois plus de visas humanitaires que ne le faisait le gouvernement Di Rupo, considère qu’autoriser le mariage de Belkacem était une grosse erreur, et assure qu’il n’a jamais voulu réduire la dotation du centre fédéral pour la Migration.

Le visa humanitaire: le fait du prince

Il faut dire que le secrétaire d’Etat joue sur du velours. Les tribunaux lui ont donné raison dans l’affaire des visas humanitaires refusés à une famille d’Alep. Le secrétaire d’Etat s'étonne de l'image que l'on donne de lui alors qu’il accorde "de 4 à 5 fois plus de visas humanitaires que du temps de Di Rupo. Je le fais car ce sont des voies sécurisées pour les immigrés."

Au reproche selon lequel ces visas relèvent du 'fait du prince' - il est le seul a décider qui y a droit - il reconnaît un pouvoir discrétionnaire: "C’est vrai, mais cela a toujours été comme ça. Et la Cour européenne confirme que le visa humanitaire est une chose qui ne peut être exigée, mais qui est offerte".

Ce qui soulève une autre question: le ministre ne vient-il en aide qu’aux seuls immigrés chrétiens? Une nouvelle fois, Theo Francken s'en défend: "Pour la plupart, ce sont des Syriens. Des musulmans, des chrétiens et des minorités religieuses. Si je favorise les opérations portant sur les chrétiens, c’est parce que la Chambre a voté de manière unanime pour qu’il en soit fait davantage pour les minorités religieuses au Moyen-Orient. La France fait de même".

Pour autant, le secrétaire d’Etat à la Migration dit ne pas rejeter toutes les conclusions du centre fédéral pour la Migration Myria: "J’ai lu le rapport de Myria et je suis en faveur de certaines de ses recommandations".

Un tweet qui n'a été mal compris que par les francophones 

Adepte des réseaux sociaux, Theo Francken a aussi jeté le trouble en publiant un tweet proposant un sondage sur le profil des personnes auxquelles il faudrait accorder un visa. Une critique qu’il dit ne pas comprendre. "J’assume ce message. Dans la population flamande et dans la presse flamande, cela n’a suscité aucune remarque. C’est un débat à 100% francophone. Cela relève d’une mécompréhension. Dans ce tweet, je demande quelles opérations humanitaires supplémentaires il faudrait privilégier. Donc en plus de tous les visas humanitaires qui sont déjà accordés. Il ne faut pas me donner de leçon humanitaire."

Même dénégation lorsque Myria prétend que le secrétaire d’Etat a réduit sa dotation fédérale : "Ce n’est pas correct. On parle de quelques milliers d’euros et les dirigeants de Myria le savent, j’ai demandé que le montant de la dotation soit supérieur, mais le ministre du Budget n’a pas suivi."

Le mariage qui aurait dû être interdit

Le secrétaire d’Etat ne cache en revanche pas sa colère à propos de l’autorisation du mariage de Fouad Belkacem, leader de Sharia4belgium condamné à 12 ans de prison pour avoir dirigé un groupe islamiste radical. Selon lui, il s’est clairement marié pour échapper à la procédure de déchéance de nationalité qui était en cours. 

"C’est incroyable. La cour d’Anvers est en train de retirer la nationalité belge qui permettrait son expulsion vers le Maroc. En Flandre cet homme a une très mauvaise réputation. Mon administration a écrit une lettre au parquet de Hasselt pour l’informer d’une procédure en retrait de nationalité et qu’il faudrait éviter d’autoriser son mariage, mais un échevin l’a marié malgré tout."

Il dément que sa colère soit dirigée vers un socialiste flamand: "S’il avait été N-VA j’aurais été encore plus en colère".

Abus de procédure des avocats: une simplification administrative

Sur le dernier sujet qui fâche, le secrétaire d’Etat ne se laissera pas non plus démonter. Son projet sur les abus de procédure pratiqués par les avocats afin de gagner du temps dans les procès portant sur le droit des étrangers ne serait q’une adaptation administrative d’une situation existante.

La sanction des abus n’a, selon lui, rien de neuf. "En 2011 Melchior Whatelet (alors ministre) avait introduit une loi sur les procédures abusives. Mais elle était peu efficace. Il y a eu à peine 20 sanctions en 6 ans à cause d’une procédure en deux temps, avec obligation d’une seconde cession. Aujourd’hui, nous avons un arriéré de 20 000 dossiers. Cette procédure est trop complexe. On doit la simplifier, et on va le faire."

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