Tests salivaires : "En période de crise, il faudrait passer au-dessus des marchés publics", estime Fabrice Bureau de l’ULiège

Il est celui qui a mis en place la nouvelle plateforme fédérale du testing, qui sera opérationnelle dans moins d’un mois. Cette plateforme est une association entre les universités et les grands laboratoires de biologie clinique en Belgique. L’objectif : contrôler l’ensemble de la filière, avec des outils publics, pour ne plus dépendre de produits en pénurie.

Pour en parler ce matin au micro de Thomas Gadisseux sur La Première, Fabrice Bureau, vice-recteur à la recherche de l’Université de Liège.

C’était la priorité pour affronter la deuxième vague, le dépistage massif. Pourtant, partout en Wallonie et à Bruxelles, les centres organisés par les hôpitaux ou les Régions sont littéralement envahis.

Le dispositif est-il en train de saturer, et pourquoi ?

"Cela dépend du nombre de personnes que l’on envoie vers les centres hospitaliers et qui ne sont pas positives. 10% des personnes que l’on envoie avec les prescriptions sont positives, ce qui signifie que 90% des personnes allant vers les centres hospitaliers sont négatives. Avec l’auto-prélèvement salivaire, qui ne nécessite pas l’intervention du personnel médical, permettrait de faire un pré-tri. Les personnes positives à ce test seraient envoyées dans les centres hospitaliers. Et donc que l’on enverrait 100% de positifs vers ces centres", explique Fabrice Bureau.

Il aurait fallu aller un peu plus vite

Pour monter en puissance vers un dépistage massif, les autorités vont devoir encore lever certains verrous. est-on prêt ?

"Nous serons bientôt prêts, la plateforme nationale bis sera prête le 1er novembre. Logiquement, il aurait fallu un peu plus vite… Mais on n’aura pas le choix. La plateforme bis a nécessité l’achat de machines qui n’arrivent que maintenant"

En quoi la plateforme est "bis" donc différente de celle mise en place lors de la première vague : "Cette plateforme est basée sur réplication de ce que l’on a fait à l’ULiège : le laboratoire qui a fait le plus de tests en Belgique. Nous arrivons à faire des dépistages massifs car nous sommes parvenus à nous affranchir de réactifs commerciaux à acheter. Nous produisons nos propres réactifs", poursuit le créateur de la nouvelle plateforme de testing.

Une coordination entre les laboratoires universitaires et les cliniques

"Ce qui va se passer, c’est que nous allons répliquer ce procéder dans sept ou huit universités. Elles vont s’occuper de l’analyse, et ce qui est 'relation avec le patient' sera pour les laboratoires universitaires avec les cliniques.

L’ensemble de la chaîne va être contrôlé par le public, on ne sera plus dépendant de grandes sociétés étrangères qui sont en rupture de stock. On utilisera des produits belges, donc on sera autonome", défend Fabrice Bureau.


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Concernant les obstacles et blocages actuels, alors même que le Premier ministre annonce vouloir réaliser davantage de tests par jour, le vice-recteur n'y va pas par quatre chemins. Pour lui la question des marchés publics pose question. 

"L’idée de cette plateforme bis a émergé au mois de juin, mais le problème le plus important dont on ne parle jamais ce sont les marchés publics, etc. Je pense qu’en période de crise il faudrait passer au-dessus de ceux-ci pour accélérer les processus".

Les centres de dépistages saturent. Fabrice Bureau, au sein de l’Université de Liège, a anticipé depuis plusieurs mois cette situation. Ses équipes ont mis en place d’autres filières de fabrication, avec d’autres réactifs. Ce qui permet d’éviter les pénuries actuelles. Mais il a fallu être patient…

On atteindra 50.000 tests par jour, et même monter jusqu’à 100.000

Depuis deux semaines, l’Université de Liège teste de manière gratuite et anonyme ses 30.000 étudiants et membres du personnel avec des prélèvements salivaires. L’objectif est surtout de créer une plateforme qui va résister à l'avenir : "C’est un outil qui permettra de faire au moins 50.000 tests par jour, si en plus on fait du pulling et des tests salivaires : on peut atteindre les 100.000 tests par jour. A l’avenir, c’est une plateforme que l’on pourra garder face à toutes les potentielles futures épidémies", estime le vice-recteur à la recherche de l’ULiège.

Pour terminer, quel sont selon vous les difficultés que rencontre l’action politique dans cette crise du coronavirus ?

"Le problème du pouvoir politique c’est qu’ils entendent des sons discordants de toutes sortes d’experts qui viennent prédire des choses avec leur boule de cristal. Même si les politiques sont de bonne volonté, c’est difficile pour eux de savoir quoi faire précisément"

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Fabrice Bureau, vice-récteur à la recherche pour l’ULiège, était l’invité de Thomas Gadisseux dans Matin Première © RTBF
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