Tests antigéniques rapides contre le Coronavirus : les pharmaciens se disent prêts... mais attendent la décision du fédéral

Se faire tester à la pharmacie près de chez soi sera peut-être bientôt possible. En tout cas, les pharmaciens se disent prêts à réaliser dans leur officine des tests antigéniques. Il s’agit de tests qui donnent un résultat rapide, en moins d’une demi-heure.

Nicolas Yin est médecin microbiologiste et il fait partie d’une équipe de médecins généralistes qui testent cette méthode depuis plusieurs semaines. "L’écouvillon qu’on utilise pour faire le prélèvement dans le nez du patient, on le met dans un petit liquide, on met quelques gouttes de ce liquide sur le puits de dépôt du test. On attend un peu. Et après, il y a soit deux barres qui apparaissent, c’est un test positif, soit une barre pour un test négatif", explique-t-il.


►►► À lire aussi : Les tests antigéniques comme solution pour détecter les personnes contagieuses ?


Avantage de cette proposition : tester les asymptomatiques qui ne peuvent plus l’être puisque les centres de testing sont débordés et donc réservés prioritairement aux personnes qui développent des symptômes.

Alain Chaspierre, porte-parole de l’Association Pharmaceutique Belge, défend cette proposition. "On cible des patients peu ou pas symptomatiques. Or on sait que ces personnes représentent une bonne partie des gens qui sont infectés. Ils ne le savent pas mais ils contaminent les autres. Donc ça pourrait être intéressant de pouvoir leur permettre d’avoir une meilleure accessibilité et d’avoir un test beaucoup plus rapide. Pour cela, la Commission européenne et l’Académie Royale de Médecine belge viennent de recommander l’utilisation de tests antigéniques rapides. C’est ce qu’on pourrait utiliser en pharmacie. Ces tests sont beaucoup moins chers, ils sont un peu moins fiables. Mais l’intérêt, c’est de pouvoir tester beaucoup plus de monde."

Définir un cadre légal

La proposition est accueillie favorablement chez une pharmacienne comme Valérie Lacour. Celle-ci y voit un message de solidarité. Mais elle insiste sur deux points. Il faut un cadre légal et une formation : "Nous ne sommes pas encore autorisés à faire du dépistage. Et il nous faut un soutien formatif, même si on a les compétences pour ça."

Effectivement, le cadre légal n’existe pas encore. L’Association Pharmaceutique Belge, l’APB, rappelle que ces tests doivent être réalisés par un professionnel de la santé habilité. Or ce n’est pas le cas des pharmaciens. Il faudrait donc qu’ils bénéficient d’une dérogation temporaire. Il faut aussi définir un public cible. En France, depuis quelques jours, les pharmaciens peuvent réaliser ces tests qui s’adressent aux personnes de moins de 65 ans présentant des symptômes depuis moins de 4 jours.

L’APB et l’OPHACO, l’office des pharmacies coopératives de Belgique, demandent aussi que soit défini un protocole de qualité : il faut que la pharmacie ait un espace dédié pour la réalisation des tests, qu’elle assure la protection des personnes, aussi bien de la personne à tester que celle qui teste. Il faut aussi pouvoir interpréter les résultats et les encoder pour assurer le suivi.

Valérie Lacour le rappelle : "Il nous faut un local, on ne va pas faire les tests au beau milieu de la pharmacie. Il nous faut aussi du personnel."

Mais certains émettent des réserves. C'est le cas de Frédéric Cotton. Il est chef du service de chimie médicale du labo LHUB de l'ULB. Et il se demande s'il ne s'agit pas là d'une fausse bonne idée. Il estime que les tests antigéniques sont nécessaires mais que les pharmacies sont une option et que ce n'est pas l'option prioritaire : " Les centres de tests sont déjà formés pour le prélèvement naso-pharyngés qui n'est pas compliqué mais qui n'est pas anodin non plus. Il nécessite une formation, un encadrement. Et puis, il y a la récupération des résultats. Il ne s'agit pas seulement de faire le test et de le donner au patient. Il faut aussi le récupérer à des fins épidémiologiques pour Sciensano. Cela nécessite la mise en place d'un système informatique qui permet de récupérer le résultat et de le transmettre. " 

Selon lui, avant de faire appel aux pharmaciens, il faut se tourner vers les centres de tri et ensuite vers les médecins généralistes pour effectuer ce genre de tests.

Qu'en disent les autorités ?

Mais du côté des autorités, on ne compte pas se précipiter. Le cabinet du ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke, rappelle qu’il existe une "taskforce testing" dirigée par le professeur Herman Gossens de l’Université d’Anvers qui "planche actuellement sur une stratégie de tests uniforme pour tout le pays. Cette stratégie est importante pour que le testing se fasse de façon coordonnée et cohérente. Des accords clairs vont être établis sur l’utilisation des différentes sortes de tests (PCR, antigéniques, salivaires) afin que leur utilisation soit la plus efficace et efficiente possible. Etablir cette stratégie prend toutefois du temps parce que la taskforce doit tenir compte de nombreux éléments, dont la validité des tests, la nécessité ou non d’une analyse de labo, l’enregistrement des résultats de chaque type de test, etc."

Pas la peine donc de se précipiter chez son pharmacien. Le gouvernement fédéral semble préférer une stratégie globale.

Tests antigéniques: JT du 22/10/2020

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK