Terrorisme: "Les returnees de Verviers sont des bombes à retardement"

Murielle Targnion: "Le travail de manipulation débute très tôt. La théorie du complot développée par certains est la base du développement d’un état radical chez les jeunes. "
Murielle Targnion: "Le travail de manipulation débute très tôt. La théorie du complot développée par certains est la base du développement d’un état radical chez les jeunes. " - © SOPHIE KIP - BELGA

Bourgmestre de Verviers, Muriel Targnion (PS) dirige une commune dont le nom semble indissociablement lié au radicalisme. Depuis le démantèlement – en 2015 – de la cellule de Verviers, la commune ne cesse d’être évoquée dans la rubrique terrorisme. Mais pour la municipaliste, c’est le pouvoir fédéral qui dispose des outils nécessaire pour éradiquer le mouvement. Pas les communes.

Mercredi, Muriel Targnion recevait une lettre anonyme contenant de la poudre blanche (finalement inoffensive), mais surtout des menaces explicites pour la bourgmestre. "Au vu de l’écriture régulière et sans faute, il semble s’agir d’une personne plus âgée et à connotation d’extrême droite. On me reproche tous les événements djihadistes de Verviers alors que je suis bourgmestre depuis 10 mois et on me reproche d’avoir un échevin de confession musulmane, alors qu’il a fait le plein carton des voix (lors des dernières élections, ndlr)."  Et la lettre conclut par une menace de mort.

Une tension dans la commune

Muriel Targnion reconnaît cependant la tension qui existe dans sa ville "entre des personnes qui sont dans la peur et une poignée de djihadistes qui font parler d’eux. Cela crée une très mauvaise image pour notre ville".

C’est dans ce contexte délétère qu’intervient l’attentat kamikaze réalisé contre l’armée irakienne et dont l’un des auteurs serait originaire de Verviers. Si c’est bien lui (ce qui est jugé plausible par les services belges), Lotfi Aoumeur (26 ans) est bien connu de la bourgmestre : "C’est un personnage que l’on voit souvent dans des vidéos, un Verviétois clairement radicalisé et sa famille l’est également. Depuis hier (mercredi), nous avons eu cette confirmations qu’il serait l’auteur de l’attentat en Irak. Mais ce peut aussi être une façon de faire croire à sa mort pour pouvoir mieux agir en Europe".

Ces individus continuent à radicaliser d’autres jeunes et on ne fait rien

Actuellement, 266 Belges combattent dans les rangs terroristes en Irak et en Syrie. Cent sont décédés sur place, mais il faut aussi comptabiliser plus de 120 "returnees", ces jeunes radicalisés revenus au pays. Selon Muriel Targnion, sa commune en compte six : "Le gouvernement fédéral assurait que ces personnes seraient arrêtées. Mais à Verviers, on sait qu’elles sont là. Ces individus continuent à radicaliser d’autres jeunes et on ne fait rien. Ce sont des bombes à retardement. Ils peuvent se promener dans nos rues".

La bourgmestre socialiste s’en prend clairement à l’État fédéral en insistant sur la compétence "clairement fédérale" de la lutte contre le terrorisme : "C’est eux qui doivent décider si on les arrête ou pas".

La proposition du ministre fédéral de l’Intérieur Jan Jambon (N-VA) d’étendre les pouvoirs de police des bourgmestres pour leur permettre de fermer des lieux suspects et de procéder à des arrestations préventives rencontre un avis mitigé de Muriel Targnion. "Ce sont des outils utiles contre le radicalisme, mais pour les communes ou pour le fédéral ?", demande-t-elle.

Car fermer des lieux radicalisés peut créer des tensions au sein de la commune : "Chez nous, ce sont deux mosquées qui posent problèmes. Nous sommes en contact avec toutes les mosquées pour leur faire prendre conscience. Dans certains cas, il faudrait pouvoir les fermer. Mais cela peut aussi créer un tollé dans la ville. Les décisions devraient pouvoir être prises par le pouvoir fédéral qui ne doit pas reporter toutes les responsabilités sur les bourgmestres".

Une cellule contre le radicalisme

La commune a pourtant réagi à la dérive de certains groupements radicaux. Principalement par la création d’une cellule au sein de la commune, chargée d’entrer en contact avec les lieux problématiques : "Nous avons engagé une criminologue et une politologue et nous allons lancer une étude sur le radicalisme à Verviers. Nous allons cerner la problématique dans les écoles, dans les entreprises et dans l’administration".

"Cette cellule entre aussi en contact avec l’ensemble des mosquées pour réaliser un travail constructif. Les mosquées modérées subissent l’image néfaste des mosquées posant problème. Il faut éviter que certains assimilent tous les musulmans à ceux qui sont radicalisés."

La théorie du complot 

Alors qu’en France se développe un débat sur la façon de détecter le radicalisme à l’école, Verviers a décidé de donner des formations dans des écoles, dès la rentrée. Et ce dès l’école primaire : "Car le travail de manipulation débute très tôt. La théorie du complot développée par certains est la base du développement d’un état radical chez les jeunes".

La récente vidéo montrant un adolescent de Dison (proche de Verviers), incitant les musulmans à tuer les chrétiens, n’est pas pour apaiser les sentiments. D'autant que le jeune en question est le fils d’un imam radical.

"Cet imam est vraiment un problème. À Verviers, il a été interdit de prêche, mais il continue à recevoir des croyants chez lui. On savait que son fils était radicalisé. Theo Francken avait déclaré que ce jeune fréquentait une école coranique, mais c’est faux. J’ai reçu le témoignage d’un enseignant du primaire qui dit avoir remarqué la radicalisation du jeune. Le problème est que son père, est en recours d’une décision d’expulsion. Comme il est Hollandais, son expulsion est plus difficile que pour un non-européen. Nous attendons de façon impatiente que cet avis d’expulsion soit exécuté."

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