Prisons: "Il faut pouvoir libérer toutes les personnes qui peuvent l'être", demande la LDH

Le gouvernement Wilmès a obtenu les pouvoirs spéciaux afin de gérer plus efficacement la crise du coronavirus. "On met clairement nos libertés entre parenthèses", déclare Olivia Venet, présidente de la Ligue des Droits humains (LDH) interrogée par la RTBF : "Vu la situation de crise sanitaire, il est nécessaire de prendre des mesures. Mais ces mesures doivent être proportionnées aux objectifs poursuivis, qui sont de lutter contre cette maladie, et elles doivent être temporaires, bien entendu".

Contrôle parlementaire

"Le danger existe toujours" que certains utilisent cette crise à des fins politiques. "C'est pour cela qu'on est vigilant et attentif à cela. Ces dernières années on a déjà constaté qu'il y a un pouvoir exécutif qui prend de plus en plus de pouvoir par rapport aux pouvoirs législatif et judiciaire. Aujourd'hui, dans cette situation de pouvoirs spéciaux cela se marque encore plus. Donc on doit pouvoir, dans cette crise, garder un fonctionnement aussi normal que possible de nos institutions. On comprend que, dans des circonstances exceptionnelles, des décisions doivent pouvoir être prises très rapidement. Mais tout ce qui est possible d'organiser dans le cadre d'un contrôle parlementaire normal doit pouvoir être fait. On doit garder l'Etat de droit et notre démocratie dans un fonctionnement aussi normal que possible, vu la situation", poursuit-elle.


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La LDH émet des inquiétudes à propos de certains projets en discussions: "En matière civile on veut allonger tous les délais et suspendre tous les délais, alors que la justice pourrait continuer à fonctionner. Les citoyens doivent pouvoir avoir recours à un juge. En ce qui concerne les violences conjugales, vous imaginez bien que la justice ne peut pas s'arrêter pour les gens qui sont dans cette situation".

Situation dans les prisons

La tension est extrême dans les prisons. "Je pense qu'il faut prendre cette situation au sérieux. Il faut pouvoir libérer toutes les personnes qui peuvent l'être afin de limiter la surpopulation carcérale. Lorsque trois personnes vivent dans 9 mètres carrés, comment respecter les mesures de distanciations sociales? Il faut aussi prendre des mesures de gestion de cette crise sanitaire avec le matériel suffisant", selon Olivia Venet.

Elle "regrette qu'on doive arriver à des sanctions à l'égard des citoyens qui ne respecteraient pas les mesures" de confinement exigées par le gouvernement. "Je trouve qu'il ne devrait pas y avoir de répression parce que les citoyens responsables que nous sommes respecteraient les mesures de confinement. Je pense que cela doit d'abord passer par un dialogue et par une sensibilisation. D'ailleurs on voit que 80% des Belges respectent ces mesures de confinement et restent chez eux".

Respect de la vie privée

L'utilisation de drones et la collecte de données téléphoniques pour gérer la mobilité inquiètent Olivia Venet: "Souvent des mesures qu'on prend en situation d'urgence vont devenir des précédents. C'est inquiétant en termes de respect de la vie privée parce que l'on sait que, même si ces données restent anonymes, elles permettent d'identifier des personnes. De plus, l'Autorité de protection des données, qui est supposée surveiller les conditions dans lesquelles notre vie privée est protégée, ne doit plus donner ses avis sur les législations qui sont adoptées maintenant".

Violences conjugales : appel gratuit et anonyme 24h/24, 7 jours/7 au numéro 0800/30 0 30

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