Tension au Parlement flamand : l'opposition boycotte le débat faute d'avoir les chiffres du budget Jambon 1er

La menace était dans l’air, ils l’ont fait ! Alors qu’à partir de 10 heures, le Parlement flamand devait entamer son débat sur la Déclaration de politique du tout nouveau ministre-président Jan Jambon, lequel a prêté serment mercredi devant le Roi avant de se présenter devant les députés, l’opposition (Groen, sp.a, PVDA, Vlaams Belang) a choisi de quitter avec fracas l’hémicycle, laissant les partis de la majorité N-va, Cd & V et Open Vld entre eux.

En cause : l’absence totale de chiffres autour des grandes orientations voulues par la nouvelle équipe dirigeante, des chiffres réclamés à cor et à cri par l’opposition qui aurait voulu obtenir un report du débat. Björn Rzoska, chef de groupe Groen, avait donc bien précisé dès jeudi : "Si nous n’obtenons pas les chiffres, je vais proposer que mon groupe quitte l’hémicycle".

"Les chiffres se trouvent sur mon bureau"

Surtout que le tout nouveau ministre de l’enseignement Ben Weyts (N-VA) avait déjà entre-temps re-confirmé qu’il n’y aurait pas de chiffres budgétaires sur la table pour le moment. Et jeudi soir, lors d’un dîner organisé par le site d’opinions Doorbraak.be, Jan Jambon, ne s’était pas montré plus ouvert. Bien au contraire. "Nous avons les tableaux budgétaires. Ils se trouvent dans un dossier sur mon bureau. Mais si l’opposition les demande, j’ai tendance à ne pas les donner. La séance de ce vendredi au parlement, ne doit porter que sur le contenu de l’accord". Des propos qui auraient dû rester relativement secrets sauf qu’un journaliste était dans la salle et a fait état de la déclaration sur Twitter. De quoi renforcer encore la colère de Groen, du sp.a et du PVDA. Lors de la séance de mercredi, déjà très tendue, Jan Jambon avait fait savoir qu’il transmettrait "les chiffres nécessaires" au Parlement au plus tard pour lundi après-midi, afin qu’un débat sur le sujet puisse avoir lieu mardi en commission. Liesbeth Homans (N-VA), présidente du parlement, a aussi indiqué que les tableaux budgétaires ne pouvaient pas être exigés de la sorte avant le débat de vendredi en plénière qui devrait porter sur "les contours du budget". La déclaration de jeudi soir de M. Jambon a courroucé davantage les partis d’opposition qui ont vivement réagi. "Cela est indigne d’un ministre-président. Indigne de la Flandre", a commenté en retour sur Twitter la présidente de Groen, Meryem Almaci.

Le président du parti PVDA, Jos D’Haese, a aussi déploré le "mépris" du nationaliste. "Pas de budget demain ? Pas de débat. Jan Jambon fait un doigt d’honneur à l’ensemble du parlement et de la société. Ce n’est pas digne d’un état constitutionnel démocratique ", a-t-il décrié.

Pour le sp.a, Conner Rousseau, chef de groupe, est sur le même ton : "Si Liesbeth Homans, présidente du Parlement, prend ce Parlement au sérieux, elle doit ou exiger elle-même les chiffres ou reporter le débat. Sinon la Flandre serait devenue officiellement une dictature. C’est dégoûtant. C’est le Parlement qui doit contrôler le ministre-président, pas le contraire".

De son côté, le Vlaams Belang se tâte encore pour savoir s’il va suivre ou non le mouvement des autres partis de l’opposition. Même si le député Filip Brusselmans a déjà confirmé qu’il voyait "peu de raisons de rester assis" si aucun chiffre n’était disponible.

"Nous voulons les chiffres maintenant, Monsieur le ministre-président !"

Après quelques prestations de serment de nouveaux députés, la séance a effectivement démarré dans une atmosphère tendue peu après 10 heures, avec une opposition remontée à bloc. Avec une image plus amusante au regard de la disposition du Parlement flamand où les chefs de groupe de l’opposition ont leur pupitre pratiquement sous le nez de Jan Jambon et des bancs du gouvernement… Au premier rang, côté à côte Jos D’Haese PVDA, Björn Rzoska Groen et Conner Rousseau sp.a... Les premiers à attaquer ce vendredi. Björn Rzoska est ainsi revenu immédiatement avec son mantra des derniers jours "Nous voulons les chiffres maintenant, Monsieur le Ministre-président !". Pour Conner Rousseau : "Comment osez-vous demander la confiance de ce Parlement, alors que vous ne faites pas confiance à ce même Parlement auquel vous cachez les chiffres ?". "Où sont les chiffres ? Show us the money", a martelé de son côté Chris Janssens, chef de groupe du Vlaams Belang qui a dénoncé le mépris affiché par Jan Jambon lors d’un dîner privé, "mépris pour ce Parlement, mépris pour les députés, mépris pour 6 millions de Flamands".

Côté N-VA, et volant ainsi au secours de la majorité, le député Philip Muyters, ex-ministre du Budget, a bien tenté de convaincre que l’habitude de certains gouvernements passés était de reporter à beaucoup plus tard l’examen des chiffres et du budget, qu’ici c’était une question de deux-trois jours", il n’a pas convaincu. Jan Jambon, le ministre-président, a alors pris lui-même la parole, pour déclarer que "naturellement", il avait des chiffres, des tableaux avec entrées et dépenses, qu’il les tenait "à la disposition du Parlement, mais pour un débat en commission, et en plénière, aussi longtemps que les députés le jugeraient bon, mais à partir de mardi. Pour un premier débat sur les grandes orientations. Et même qu’un vrai débat sur le budget 2020 aurait lieu à la fin du mois". Jan Jambon qui a jugé "énorme que l’on joue ainsi avec la démocratie", avec des menaces de report du débat parlementaire… Pas de quoi apaiser l’opposition unie qui a demandé et obtenu une suspension de séance, le temps d’organiser en coulisses une réunion des chefs de groupe Majorité et opposition. Suspension donc vers 10h30, pour une durée indéterminée…

L’opposition claque la porte

La séance a repris après quelque 25 minutes de suspension. Sans que visiblement les discussions aient permis d’avancer. Conséquence : l’opposition restait sur sa ligne et réclamait un changement d’agenda avec un report du débat à minimum lundi, moment où les premiers chiffres seraient finalement distribués. La proposition en ce sens était formulée par Groen, avec le soutien du sp.a, du PVDA et… du Belang. Proposition soumise au vote, par assis et levés. Un vote alors sans surprise majorité contre opposition.

La présidente du Parlement Liesbeth Homans lançait alors le débat sur la déclaration Jambon. Ce qui provoquait aussi le départ des partis d’opposition, raillé par la majorité aux cris de "bon week-end", "bon appétit". Il était alors 11h20. La parole revenait au premier orateur, Wilfried Vandaele pour la N-VA. Lequel ne pouvait s’empêcher de se moquer aussi du départ de l’opposition, en réclamant des présents (la majorité donc !) de "ne pas être interrompu"… Chaque parti avait 25 minutes pour s’exprimer, précision qui faisait sourire côté majorité. Liesbeth Homans demandant même s’il fallait vraiment tenir ce débat et si on ne devait pas passer directement au vote de confiance…

Débat bouclé en deux heures et vote de confiance

Après trois chefs de groupe de la majorité seule en scène, Jan Jambon a repris brièvement la parole : "J'ai entendu peu de critiques et je voudrais en remercier les parlementaires, j'ai rarement vu un débat aussi unanime"... Plus sérieusement, le nouveau ministre-président a défendu et son accord de gouvernement et le budget à venir : "Les comptes tombent juste !". Et de réitérer son plus grand respect pour le Parlement. 

Les 64 membres présents de la majorité ont alors voté, sans surprise, la confiance. Aucune abstention. Et forcément aucun vote contre. Tout était plié au final en deux heures. Le seul vrai prochain "match" entre le gouvernement et le parlement, avec l'opposition cette fois, ce sera pour la semaine prochaine, mardi, en commission Budget. Sans sièges vides et avec des chiffres. 

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