Tenir ses promesses ou savoir s'en détacher, où est le vrai courage politique?

Qu'est-ce que le courage en politique? Est-ce pouvoir tenir ses promesses ou pouvoir savoir s'en détacher pour nouer des compromis? Le dilemme est au cœur de la crise que traverse notre pays, sans gouvernement fédéral plus de 8 mois après les élections. Pour en parler sur le plateau de CQFD, deux invités: Caroline Sägesser, chercheuse au CRISP (Centre de recherche et d'information socio-politiques) et Bertrand Henne, éditorialiste à la RTBF.

La formation d'un gouvernement fédéral s'est compliquée

Pour Caroline Sägesser, la crise actuelle est liée aux profondes faiblesses de notre système belge: "des faiblesses qui n'étaient pas aussi apparentes autrefois", explique la chercheuse, "on prend du temps pour former un gouvernement depuis longtemps, toutes ces fonctions de chargés de mission du palais en attestent. Elles existent parce que la formation d'un gouvernement fédéral s'est compliquée, et elle s'est compliquée en raison de l'éclatement des voix [...] entre Francophones et Flamands". Les résultats du 26 mai et l'impossibilité de majorité au sein des familles politiques traditionnelles font aussi partie de l'explication, selon Caroline Sägesser.

Bertrand Henne fait remarquer que pourtant, "la Belgique est une des démocraties au monde où l'on est le plus habitués au compromis, et quand on regarde l'histoire politique du pays, depuis longtemps, on est habitués aux trahisons électorales: en 1987-1988, le PS et la question des Fourons, en 1893, le PS et les grandes guerres pour le suffrage universel, etc. Dans son histoire, le PS et d'autres partis ont historiquement fait des trahisons à leur programme".

Notre pays est habitué aux trahisons électorales

Alors pourquoi le PS se montre-t-il si intransigeant aujourd'hui vis-à-vis de la N-VA? "Parce qu'il est historiquement faible et historiquement obligé de se replier sur son ADN et ses convictions", pour l'éditorialiste à la RTBF, "le PS est concurrencé sur sa gauche par le PTB, sur son centre par Ecolo, et il se dit que sa meilleure façon de s'en sortir, c'est la conviction, le CD&V et la N-VA font pareil. Et on se retrouve avec cette multiplication de partis en difficulté qui se disent tous qu'ils doivent rester fermes sur leurs convictions, au risque de disparaître".

Caroline Sägesser nuance: "je ne suis pas convaincue qu'on assiste à un retour aux valeurs et que toutes les formations politiques s'attachent à leur "core business", dans l'espoir de se refaire quelques plumes au prochain scrutin. Il y a des situations très différentes. Le PS est effectivement obligé de rester fidèles à certains fondamentaux de la gauche, vu son concurrent redoutable sur la gauche qu'est le PTB. A l'inverse, le MR est dans une position plus confortable, car il n'a pas de réel concurrent à sa droite". Cela dit, ajoute la chercheuse au CRISP, "malgré son score historiquement faible, le PS reste dans une position de force au cœur de la négociation fédérale. Personne, même en Flandre, n'évoque la possibilité de faire un gouvernement sans le PS qui sait qu'il est nécessaire mais ne veut pas y aller à n'importe quel prix".

Sans la pression de la population

Pour Caroline Sägesser, le vrai problème vient du fait que "les partis ne voient pas de gain possible à la formation d'un gouvernement, juste pour pouvoir dire qu'on a formé un gouvernement, car ils ne perçoivent pas - encore - de pression de l'opinion public, de l'Europe, ou d'ailleurs, et qui leur ferait entendre "mieux vaudrait faire un mauvais gouvernement que pas de gouvernement du tout"".

Il est vrai que, si l'on compare à la mobilisation citoyenne qui avait suivi les crises fédérales précédentes, en 2007 et en 2010 (avec les fameux "541 jours sans gouvernement"), la crise actuelle ne semble pas inquiéter les Belges outre mesure.

Pour Bertrand Henne, la pression budgétaire va augmenter... Et avec elle, celle des autorités européennes, "qui pourraient imposer la formation d'un gouvernement d'urgence, de technocrates ou autres [...] Ces politiques qui semblent s'imposer sans légitimité populaire, sans que le peuple se sente souverain. C'est l'origine du populisme, nos démocraties qui ne fonctionnent plus parce que nous, citoyens, avons l'impression de ne plus peser sur le cours des choses".

CQFD, Ce Qui Fait Débat, un face à face sur une question d'actualité chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h35 sur La Trois. L'entièreté du débat ci-dessous

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