Taxer les riches, l'idée fait son chemin en Belgique aussi

Etienne Davignon favorable à l'idée d'une nouvelle taxe
Etienne Davignon favorable à l'idée d'une nouvelle taxe - © Belga

Comme en France, un impôt exceptionnel sur les grands patrimoines est envisagé chez nous. Avec un taux de 0,5% sur les fortunes dépassant 1,25 millions d’euros, cette idée fait débat parmi les personnes concernées.

Réduire son déficit pour rester crédible auprès des marchés, la France a compris qu’elle n’y coupera pas. Et pas question d’y aller avec le dos de la cuillère. Les mesures d’austérité exposées hier par le Premier ministre français François Fillon, peuvent se résumer comme suit : mobilisation générale. Augmentation de la TVA sur certains produits, imposition partielle des heures supplémentaires, hausse des prélèvements sociaux sur les revenus du capital, personne ne semble être épargné. Personne, pas même les riches.

Pour la première fois l’élection de Nicolas Sarkozy en 2002, les grosses fortunes pourtant parées de leurs boucliers fiscaux devront participer à l’effort collectif. Pour un moment du moins. Car il ne s’agit que d’un impôt exceptionnel de crise. Ainsi, 200 millions devrait être levés par cette nouvelle mesure. Un chiffre qui peut paraître dérisoire face aux 12 milliards d’économie prévus par la France d’ici 2012. 

Le projet existe en Belgique

Mais quid de la Belgique ? Avec un déficit qui vient de dépasser les 100% du PIB au premier trimestre, on envisage donc des mesures du même type.  Jusqu'à présent, et depuis le début de la crise de 2008, aucun projet de loi visant à instaurer un impôt supplémentaire aux grandes fortunes, n’a été déposé au parlement.

Ca pourrait changer. Dans sa note rendue en juillet, Elio Di Rupo envisage de mettre en place une « cotisation temporaire de crise sur le grand patrimoine, c’est-à-dire les patrimoines dépassant 1,25 million d’euros ». La maison d’habitation et le patrimoine affecté à l’activité professionnelle ne seront cependant pas pris en compte dans le calcul de ce nouvel impôt.

Les opposants

Mais qu’en disent les principaux intéressés ? Toutes les grosses fortunes ne sont évidemment pas prêtes à se voir taxer d’avantage sans réagir. Dans une interview du Soir, Roland Duchâtelet, le nouveau patron du Standard dont la fortune est estimée à plus de 500 millions d’euros, s’était déjà opposé à une telle mesure : "En Belgique, on paie déjà trop de taxes et, en plus, ce sont de mauvaises taxes. […]Le problème essentiel en Belgique, c’est que, de ce qu’on crée comme bien-être, la moitié part dans les caisses de l’Etat. C’est beaucoup trop. La raison essentielle à cela, c’est qu’il y a trop de personnes qui travaillent pour l’Etat : le double de celles qui travaillent dans l’industrie. Il y a cinquante ans, c’était le contraire. Donc, l’Etat dépense de plus en plus, accumule ses dettes et les transmet aux générations suivantes".

Même son de cloche du côté des associations patronales. Pierre Alain De Smedt, le patron de la FEB,  s’exprimait sur la Première ce matin, contre cet impôt supplémentaire : "Nous avons examiné la note de d’Elio Di Rupo et nous trouvons qu’elle contient trop d’augmentation d’impôt et pas assez de réduction des dépenses". De son côté Paul Soete, administrateur délégué d’Agoria ne s’y est pas opposé ouvertement, mais à cependant indiqué qu’ "une telle mesure ne représentera pas de rentrées importantes, il s’agira plus d’une mesure symbolique".

Des avis favorables

A côté de cela, il y a des opinions favorables au projet. Etienne Davignon, célèbre capitaine d’industrie et ancien commissaire européen s’exprimait sur le sujet ce matin. Il s’est dit favorable à une taxe exceptionnelle sur le patrimoine : "J’ai de la sympathie pour ça et je pourrais m’inscrire dans ce contexte". Pour lui c’est une mesure qui devrait même être imposée par le gouvernement et non pas décidée sur base du volontariat durant les négociations sectorielles.

Bénéfique pour la société

Cette idée est d'ailleurs de plus en plus plébiscitée, y compris par certains milliardaires, américains et français. Dans une interview du Soir, Armant Zacharie, Secrétaire général du Centre National de coopération au développement explique en quoi cette cotisation serait une bonne idée : "En Europe et aux Etats-Unis […]c’est maintenant l’austérité généralisée. Or, on a appris dans les années 30 et plus récemment dans le cadre de la dette du tiers-monde et des programmes d’ajustements structurels du Fonds monétaire international, que le fait de seulement couper dans les dépenses et donc d’opter pour l’austérité généralisée entraîne le chômage, la récession et donc finalement la diminution des recettes fiscales et l’augmentation du déficit public. Le contraire de l’objectif poursuivi. Le discours qui a permis la diminution de ce type de fiscalité, depuis une trentaine d’années, c’est : il ne faut pas taxer les revenus du capital. Pourquoi ? Pour promouvoir l’investissement productif. Or on constate que les profits n’ont pas été majoritairement investis dans la production mais dans la spéculation. Ce qui a créé un problème de surliquidités, qui a provoqué les bulles spéculatives, une crise financière et finalement un problème de sous-liquidités aujourd’hui. Pour les investissements productifs et les PME prêtes à créer de l’emploi. Je pense donc que si les milliardaires demandent eux-mêmes d’êtres davantage taxés, c’est que ça ne va pas leur poser problème et qu’en plus ce sera bénéfique pour la société en général".

Stanley Destrée

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