Suppression de la prime encourageant les détenus aux études supérieures

Suppression de la prime encourageant les détenus aux étudiants universitaires
Suppression de la prime encourageant les détenus aux étudiants universitaires - © ERIC VIDAL - BELGA

L'administration pénitentiaire a communiqué aux directions des prisons du royaume la fin des subventions aux détenus suivant certaines études dans le supérieur, universitaires ou non. Sept détenus de la prison de Louvain ont décidé d'assigner l'Etat belge en justice pour dénoncer arrêt de ces incitants utiles à la réinsertion.

Selon l'agence Belga, ces détenus avaient appris la fin des primes aux études universitaires fixés à 96,72 euros mensuels. Ce montant n'est pas confirmé au ministère de la Justice, mais le porte-parole de l'administration pénitentiaire Laurent Sempot explique que par mesure d'économie, le budget des incitants aux formations (hors formations professionnelles) en milieu carcéral passe de 171 000 euros l'an dernier à 141 000 en 2015.

Il a fallu faire des choix, qui privilégient donc les formations générales, les cours de langues ou d'alphabétisation.

Le ministre de la Justice, Koen Geens (CD&V) le confirmait d'ailleurs en commission parlementaire le 11 mars dernier : "Pour 2015, le choix a été fait de ne pas prévoir de prime d'encouragement pour certaines formations, notamment les formations en environnement, sciences naturelles, management, psychologie, droit, philosophie, marketing, physique, commerce et relations publiques. C'est un choix qui doit être fait. Mais comme je l'ai déjà dit, il ne concerne qu'un faible nombre de formations. Il n'a notamment aucun impact sur les formations professionnelles fournies par les Communautés et les Régions au sein des prisons".

Le nombre de détenus suivant des formations supérieures est effectivement limité, une quinzaine à Leuven, 4 ou 5 maximum à Nivelles, sans doute une bonne vingtaine au total, sans que l'administration puisse confirmer ces chiffres. Et pourtant les formations en prison, universitaires ou pas, constituent un outil précieux en vue de la réinsertion. Pour ceux qui décident d'étudier, un coup de pouce financier est le bienvenu.

Pour s'assurer quelque revenu en vue de financer la "cantine" (location d'un frigo, d'une télé, d'un ordinateur, fournitures de bureau ou extras comme cigarettes ou denrées alimentaires), les détenus qui ne peuvent compter sur un appui financier extérieur peuvent travailler. Les possibilités de travail en prison sont limitées : il n'y en a pas pour tout le monde. Les rémunérations sont faibles et il est parfois ardu de combiner une journée de travail et une d'étude, surtout derrière les barreaux.

L'incitant aux études supérieures était donc utile, mais voilà, il passe donc à la trappe dans de nombreux cas.

La fin de la prime fédérale ne signifie cependant peut-être pas le coup d'arrêt de l'aide financière aux détenus qui étudient, car il existe encore la possibilité pour les directions des prisons de puiser dans une caisse d'entraide des détenus pour les financer, une caisse alimentée par les bénéfices générés par les ventes de la cantine, mais qui est aussi de plus en plus souvent sollicitée vu les nombreuses coupes budgétaires.

Projet pilote à Nivelles

Avec ou sans prime, le choix des formations supérieures en prison est de toute façon limité. Sont par exemple exclues celles qui nécessitent des stages ou des travaux de laboratoire, explique Yahya Samii, directeur du service d'aide aux justiciables du Brabant wallon "La Touline".

Pour ce qui est des études supérieures, rien n'est vraiment structuré et les détenus doivent s'organiser pour suivre des cours par correspondance, obtenir des syllabi, passer les examens, etc.

Un projet monté par "La Touline" en collaboration avec l'ULB et la prison de Nivelles vise à encadrer ces détenus désireux de suivre des formations supérieures. Cela peut prendre la forme de syllabi, mais aussi de soutien d'experts universitaires bénévoles.

@jfherbecq avec Barbara Schaal et S. F.

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