Bruxelles: la majorité confirme un accord de gouvernement ambitieux

La majorité bruxelloise a présenté son accord de gouvernement ce lundi.
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La majorité bruxelloise a présenté son accord de gouvernement ce lundi. - © Tous droits réservés

La majorité bruxelloise a bouclé son accord de gouvernement : PS, cdH, FDF, Open VLD, CD&V et SP.A sont prêts à gouverner ensemble. La formatrice Laurette Onkelinx (PS) et Guy Vanhengel (Open VLD) l'ont confirmé en conférence de presse ce lundi, avant d'évoquer une kyrielle de mesures et d'engagements que contiennent cet accord annoncé comme "ambitieux, audacieux et innovant".

"Nous sommes évidemment très heureux de confirmer l’accord entre les six formations politiques pour former le gouvernement bruxellois", a déclaré Laurette Onkelinx en ouverture de la conférence de presse de ce lundi.

Un accord qualifié d’"ambitieux, audacieux et innovant" par la formatrice bruxelloise. Bouclé en six semaines, il répond selon elle "aux défis immédiats de Bruxelles, tout en dessinant le Bruxelles de l’avenir".

Avec le refinancement de Bruxelles et les nouvelles compétences octroyées à la région par la sixième réforme de l’État, la majorité pose comme objectif de profiter de ce moment particulier pour "développer un projet socio-économique et un cadre budgétaire sérieux".

Une réforme fiscale "sans précipitation"

Une réflexion sera tout d'abord menée pour une réforme fiscale qui devrait entrer en application le 1er janvier 2017. "Nous n'allons pas travailler dans la précipitation, prévient Guy Vanhengel. Nous nous sommes donnés un an pour réfléchir, étudier et préparer le terrain avec les plus éminents spécialistes du pays." L'objectif annoncé est "l'équilibre structurel" et les discussions seront menées en coopération avec les communes.

La réforme reposera sur un "switch" entre, d'une part, la taxe régionale autonome de quelque 90 euros que les ménages paient chaque année et un additionnel d'1 % à l'IPP historiquement destiné à l'agglomération bruxelloise qui seront supprimés, et d'autre part, une légère adaptation à la hausse du précompte immobilier.

Le précompte touchant aussi les propriétaires qui ne sont pas domiciliés dans la capitale, l'assiette fiscale sera plus large et la hausse du précompte sera plus faible que la somme des des deux prélèvements supprimés par les Bruxellois, a souligné l'ex-(et futur ?) ministre du Budget et des Finances, Guy Vanhengel.

Le procédé n'est pas sans rappeler celui auquel la gouvernement régional avait recouru en 2002 lors de la suppression de la télé-redevance dont le taux de perception était alors très faible. En la supprimant, la Région avait adapté à la hausse le montant de la taxe régionale autonome pour l'ensemble des ménages, mais à un niveau avantageux pour ceux qui payaient jusqu'alors et la taxe régionale et la la télé-redevance.

Un emploi "dans les 18 mois après la sortie d’école"

Outre cette réforme fiscale à venir, l’accord du nouveau gouvernement bruxellois tient en quatre chapitres : emploi, aménagement du territoire, qualité de vie et gouvernance.

Le premier est sans aucun doute le plus important et prévoit notamment une mesure d’importance pour faire face au taux de chômage important chez les jeunes. Il s’agira d’un contrat d'insertion socio-professionnelle qui garantira à tous les jeunes une activité – qu’il s’agisse d’un emploi, d’un stage ou d’une formation – "dans les 18 mois qui suivent la sortie de l’école".

"Si malgré tout cela des jeunes de trouvent pas d’emploi, il s’agira d’offrir un véritable contrat de travail d’un an, soit au niveau du secteur public, soit dans le secteur privé en soutenant le privé pour s’engager dans cette lutte contre le chômage des jeunes", commente Laurette Onkelinx. Des "pôles territoriaux" de compétitivité seront également mis en place pour "permettre l’accès aux formations dont les jeunes ont besoin".

La formatrice a ensuite évoqué la volonté de faire de Bruxelles "la capitale du numérique", avant de brièvement abordé le tourisme qui connaitra lui aussi des développements en termes d’infrastructures et des métiers du secteur notamment.

 

Dix nouveaux quartiers "spécialisés"

Côté aménagement du territoire, la majorité bruxelloise mise sur le renouveau de Bruxelles et de ses quartiers. "Dix nouveaux quartiers spécialisés seront créés, indique Laurette Onkelinx. Par exemple, le quartier "Reyers" pour les métiers de communications et de l’audiovisuel. Mais aussi le Heysel, Bruxelles Formation, Delta, la cité étudiante…" Le tout avec une volonté d’implanter à chaque fois "entreprises, crèches, écoles, logements…"

En matière de logement justement, les problèmes sont nombreux et les mesures promises dans cet accord de gouvernement aussi. "Il y a 39.000 personnes en attente pour un logement social et les loyers ont augmenté de 44% en dix ans", selon la formatrice bruxelloise.

La réaction du gouvernement sera multiple avec tout d’abord une réforme des permis d’urbanisme et de la fiscalité à l’investissement privé dans le logement. Un système d’allocation de loyers est aussi prévu, tout comme 6500 nouveaux logements publics et sociaux et une agence immobilière étudiante.

Diversification de l’offre de la STIB

La qualité de vie a aussi droit à son chapitre avec des mesures variées en termes de propreté, d’environnement et d’emploi. Laurette Onkelinx cite l’exemple du "soutien fiscal des foyers qui se lancent dans des économies d’énergie".

Le gros morceau est bien entendu la mobilité. Le gouvernement bruxellois misera sur "un investissement massif dans le transport public" dont résultera une "diversification de l’offre de la STIB". Parmi les plans : un nouveau métro vers Schaerbeek-Evere, un autre vers Forest-Uccle, mais aussi entre la Gare du Nord et le Heysel en passant par Tour & Taxis. Bref, "ce sera le secteur où il y aura le plus d’investissements dans les années à venir."

Outre les transports en commun, de nouveaux piétonniers sont inscrits parmi les objectifs, ainsi qu’un "réseau régional 100 % cyclables" avec des "pistes sécurisées et séparées".

Rationalisation des institutions

En matière de gouvernance, l’accord vise notamment à "plus de transparence quant aux rémunérations" ou encore à une "augmentation des règles pour limiter les conflits d’intérêt". Mais l’efficience des politiques est l’objectif premier de ce quatrième chapitre.

"Il y a trop d’institutions dispersées, qui ne regardent que dans leur pré carré, juge Laurette Onkelinx. Nous allons donc passer de 40 institutions à 4. Le but poursuivi est la rationalisation et la cohérence des outils."

Quant aux allocations familiales, nouvelle compétence de la région, c’est la Commission communautaire commune de Bruxelles-Capitale (Cocom) qui les prendra en charge. "Elles continueront à être payées en temps et en heure, précise la formatrice. Aucune économie ne sera faite dans ce secteur. Seule une réflexion sera menée pour une réforme visant à plus d’égalité entre les enfants en fonction des rangs."

"Rien de nouveau sous le soleil" ?

Du côté de l'opposition, cet accord n'a pas l'ambition annoncée. Pour Zoé Genot (Ecolo), "il n'y a rien de nouveau sous le soleil", notamment en ce qui concerne l'alliance emploi-formation. "On recycle tout une série d'outils déjà présents. Il n'y a pas de nouvelles ambitions."

La cheffe de file des verts a déploré qu'il se dégageait de cet accord l'impression d'une vision technocratique et utilitariste de la ville, dans le chefs des partenaires du futur gouvernement bruxellois qui usurpent quelque peu le terme de l'ambition affichée lors de la présentation de leur projet.

"On avait entendu parler d'une révolution de la gouvernance, mais, là, quand on gratte, on s'aperçoit que c'est la fusion de quelques organismes en matière d'aménagement du territoire et du tourisme. Cela avait déjà été lancé sous l'ancienne législature... Par contre, en matière de décumul et de lutte contre les conflits d'intérêt, il n'y a rien au programme."

En matière de logement, Zoé Genot estime que les mesures proposées risquent d'entraîner des augmentations de prix de l'immobilier et des effets d'aubaine.

En outre, la compensation de l'additionnel à l'IPP et de la taxe régionale par l'augmentation du précompte immobilier pourrait bien pénaliser davantage les ménages les plus précarisés, qui ne paient pas d'impôt sur le revenu mais verraient leur loyer augmenter.

Autre critique de la députée écologiste: une capitulation apparente des nouveaux coalisés dans le dossier de l'élargissement du Ring. Zoé Genot s'est par contre réjouie de la récupération par la nouvelle majorité du concept écologiste d'un Réseau Express Bruxellois pour faire circuler davantage de trains en heures de pointe.

 

RTBF avec Belga

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