Steven Vanackere: "Nos garanties sur Dexia ont baissé de 11 milliards"

Steven Vanackere: "Nos garanties sur Dexia ont baissé de 11 milliards"
Steven Vanackere: "Nos garanties sur Dexia ont baissé de 11 milliards" - © RTBF

Un accord entre la France et la Belgique est donc intervenu cette nuit concernant la recapitalisation de Dexia. La Belgique va devoir injecter (à nouveau) 2,9 milliards dans le Holding. Mais le ministre des Finances Steven Vanackere préfère, lui, souligner la baisse de 11 milliards obtenue par le fédéral concernant les fameuses garanties sur les dettes du groupe. Enfin, il balaye d'un revers de la main les critiques émises à son égard concernant la lenteur des négociations budgétaires.

La Belgique va injecter 2,9 milliard dans Dexia soit 53% du nouvel effort à consentir en vue de recapitaliser le groupe. Un effort partagé par la France et la Belgique et dont les précédents s'étaient pourtant effectués selon une clef de répartition 50-50 entre les deux pays.

Alors, la Belgique a-t-elle cette fois plié face à la France? "Il est clair que nous allons verser 165 millions de plus que si l’on avait suivi les anciennes clefs de répartition qui prévoyaient un fifty-fifty, donc ça il faut le reconnaître", admet Steven Vanackere au micro de Matin Première. "Mais d’un autre côté, il faut aussi reconnaître que par rapport à ces fameuses garanties qui pèsent sur la confiance, sur notre économie, la Belgique va porter 11 milliards de moins". "La Belgique était engagée jusqu’à 54,8 milliards, presque 55 milliards", rappelle le ministre et "aujourd’hui le plafond se situe à 43,7 milliards".

L'accord peut donc être interprété comme suit : la Belgique met plus d’argent sur la table dans cette recapitalisation et obtient en contrepartie d’être moins exposée en termes de garanties.

Le vice-Premier pointe également le fait que ces négociations ont permis d’obtenir de la France qu’elle mette à exécution une vieille promesse : celle de s’occuper elle-même des localités françaises. L’opération dite DMA (pour Dexia Municipal Agency, qui regroupe les financements des collectivités locales françaises) devrait donc (enfin) être mise en place, ce qui est une bonne nouvelle pour la Belgique.

"150 millions de plus que ce qui était prévu par le monitoring"

De son côté, Dexia s’est réjoui publiquement de devoir désormais payer moins pour pouvoir bénéficier des garanties. La rémunération à la baisse de ces garanties ne représentera-t-elle pas un manque à gagner pour les finances belges?

"Tout à fait", reconnaît Steven Vanackere, mais c’était "prévu car inscrit dans les astres". "La Commission européenne n’aurait jamais accepté" qu’en situation de run off, les rémunérations des garanties restent à leur niveau actuel. La rémunération provisoire des garanties était basée sur une situation elle-même provisoire. Une fois cette situation temporaire devenue structurelle, les règles changent forcément.

Cependant, "au niveau des recettes pour 2013, l’accord qui intervient rapporte près de 150 millions de plus que ce qui était prévu par le monitoring", tient à souligner le ministre CD&V. Autrement dit si les garanties rapporteront moins, la baisse de rémunération reste moindre que prévu.

Au vu de la situation du groupe, cette nouvelle recapitalisation n’est-elle pas de l’argent injecter à fonds perdus ?

"L’objectif quand on recapitalise est bien sûr de ne pas perdre cet argent. L’avenir le dira", est contraint de préciser l’ancien ministre des Affaires étrangères. Ce dernier souligne que le facteur clef sera "la confiance" des marchés. "Si la confiance est là, nous ne perdrons pas cet argent", mais quoi qu’il en soit, cette recapitalisation était indispensable pour éviter la faillite du groupe. Faillite qui aurait signifié l’obligation pour l’Etat belge d’activer ses garanties, autrement dit une catastrophe à près de 55 milliards (lire ci-dessus). "Il n’y avait donc pas vraiment d’alternatives", reconnaît notre invité. La discussion essentielle ne portait dès lors pas sur ce qu'il fallait faire mais sur "comment" le faire. Or sur ce point, le ministre se dit satisfait.

Est-ce dès lors la dernière fois que la Belgique doit mettre la main à la poche pour Dexia? "C’est en tout cas ce que nous souhaitons", déclare-t-il sans surprise mais sans pouvoir garantir que cela ne sera pas le cas.

Pourquoi le budget 2013 traîne-t-il?

"J’insiste toujours sur la qualité de la démarche plutôt que sur le timing dans lequel c’est fait", explique le responsable des Finances fédérales lorsqu'on évoque les reproches de certains de ses collègues, irrités par la lenteur des discussions budgétaires. Cette tendance à privilégier la qualité sur le timing accrédite l’idée que le ministre ne semble pas forcément pressé de conclure les travaux. De quoi appuyer lesdits reproches de ses collègues qui pointent le ministre CD&V comme un des principaux coupables de la lenteur des discussions budgétaires.

Il lui a également été reproché de ne pas  pèse pas assez sur son parti, en laissant par exemple trop de latitude à Kris Peeters, le ministre-président flamand (CD&V), pour critiquer le fédéral. Ou encore de ne pas avoir réussi à faire entendre raison à Pieter De Crem, ministre CD&V de la Défense, lorsque ce dernier a refusé que l’on touche au budget de la grande muette.

"Quand on vous critique en politique, c’est souvent parce que vous gênez", réplique Steven Vanackere. "Je ne traîne pas" et "si c’est pour éviter des mauvaises décisions, alors j’assume".

"Je vois tout simplement qu’au niveau de la relation entre gouvernement flamand et fédéral, sur plusieurs dossiers industriels, on a été capable de travailler ensemble et de s’entraider", fait remarquer l’invité d’Arnaud Ruyssen. "Au niveau des relations internes de mon parti, je laisse les autres juger de cela, ce seront les résultats qui comptent", se contente-t-il de répondre.

Concernant les critiques de Kris Peeters adressées au fédéral, ce dernier "fait ce que tout leader de gouvernement fait : montrer qu’il fait des efforts en soulignant qu’il met en place un budget en équilibre", estime Steven Vanackere. "Il ne faut pas le prendre comme une critique, c’est simplement exprimer la satisfaction par rapport à ce qu’ l’on a accompli soi-même".

Julien Vlassenbroek

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK