Steven Vanackere à la rencontre de nouveaux acteurs de la Tunisie

Steven Vanackere discutant avec la ministre tunisien des Affaires étrangères, Mouldi Kefi
Steven Vanackere discutant avec la ministre tunisien des Affaires étrangères, Mouldi Kefi - © EPA

Le ministre belge des Affaires étrangères Steven Vanackere a rencontré lundi à Tunis une série de représentants du monde politique, des syndicats et de la société civile tunisiens, tous conscients des nouvelles possibilités offertes à leur pays par la révolution, mais aussi des difficultés économiques considérables à surmonter.

Les investisseurs belges ou belgo-tunisiens présents sur place voient certes des opportunités dans cette "nouvelle Tunisie", notamment du fait de la perte de l'emprise économique des Trabelsi (la belle-famille de l'ex-président Ben Ali) sur le pays.

Mais ils se retrouvent aussi confrontés à un contexte socio-économique difficile, dans un pays recensant 700 000 chômeurs, et où les infrastructures économiques et touristiques ont souffert de la révolution. En outre, le dialogue avec le syndicat ultra-majoritaire UGTT (Union générale des travailleurs tunisiens, dont le positionnement à l'égard du régime Ben Ali est longtemps resté ambigü) ne parvient pas à s'installer en l'absence d'un cadre de concertation.

L'un des projets portés par les Affaires étrangères belges consiste dès lors à organiser à l'été un séminaire à Tunis sur le pluralisme syndical et le modèle de la concertation sociale.

Habib Guiza, fondateur de la CGTT (Confédération générale tunisienne du travail, le second syndicat tunisien né il y a deux mois à peine), voit dans ce modèle belge une "source d'inspiration" pour un pays où le pluralisme syndical n'a vécu qu'une courte période (1924-1956), avant les régimes Bourguiba et Ben Ali.

Mais l'UGTT se montre moins enthousiaste. "La pluralité se retrouve déjà au sein de notre syndicat", affirme Mohamed S'Himi (UGTT).

La société civile tunisienne, qui dispose désormais d'une liberté de parole inédite, réclame surtout à des pays comme la Belgique d'être à son écoute plutôt qu'à celle de l'Etat.

"Aidez la Tunisie à assurer sa stabilité économique en incitant les entreprises belges et européennes à rester chez nous", a plaidé Mustapha Ben Jafaar (Forum démocratique pour le travail et les libertés, FDTL) auprès du ministre belge.

Plusieurs jeunes altermondialistes réunis au sein de l'Organisation tunisienne pour la citoyenneté, née au lendemain du départ de l'ex-président Ben Ali, partagent cette demande de prise en compte de la société civile.

Fiers de leur révolution, de la souveraineté tunisienne et de l'exemple qu'elle impose au monde arabe, ils plaident plutôt pour un système de participation citoyenne et restent méfiants à l'égard des relations étatiques, dont le régime Ben Ali, disent-ils, a trop longtemps profité.

Dès lors, que peut apporter la Belgique à la Tunisie, en plus des aides ponctuelles (un million d'euros et une participation au pont aérien) en faveur du rapatriement des réfugiés provenant de Libye? "Nous venons avant tout témoigner notre respect pour cette révolution, dont les Tunisiens ne veulent pas être dépossédés par des pays qui viendraient en donneurs de leçons", répond Steven Vanackere.

En tant que partenaire "modeste", la Belgique peut offrir un partage de compétences, comme c'est le cas sur le projet de séminaire syndical, de rencontres patronales, voire d'un projet avec l'Unesco d'analyse du paysage médiatique. La Belgique peut aussi soutenir la Tunisie dans les relations multilatérales d'une diplomatie qui "doit se réinventer", indique encore Steven Vanackere.

Ce dernier a rencontré en fin de journée son homologue tunisien Mouldi Kefi et le premier ministre Béji Caïd Essebsi, deux hommes qui, comme ils s'y sont engagés en acceptant leur poste dans le gouvernement transitoire, ne se porteront pas candidats au scrutin de juillet.


Belga
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