Stéphane Hazée sur les mesures de gouvernance: "il faut pouvoir contenir la masse des rémunérations"

Stéphane Hazée.
Stéphane Hazée. - © BRUNO FAHY - BELGA

C’est la réponse de l’Élysette au scandale Publifin: une révolution éthique, une tornade de gouvernance. Le gouvernement wallon a décidé de sévir avec une batterie de mesures. Alors est-ce que ce sera suffisant? Sommes-nous au début d’une nouvelle ère de probité politique? Publifin était donc le scandale de trop?

Il faut surtout espérer que ce sera le dernier, on peut toujours rêver. En fait, il y a plusieurs aspects dans cette affaire. Il y a des problèmes de manque de contrôle sur une structure publique, des problèmes de rémunération dans certains cas très élevée, des problèmes de concentration de pouvoirs, d’opacité des décisions, et j’en passe. Et donc les mesures annoncées hier par le gouvernement wallon, pour certaines nouvelles, mais d’autres renforcées, sont censées y répondre pour Publifin, mais aussi pour l’ensemble des organismes publics wallons.

Parmi ces mesures, on retrouve des tours de vis un peu partout. Exemple: les élus ou ceux qui dirigent ou siègent dans des intercommunales devront être hyper transparents sur leur mandat, sur leur travail, sur ce qu’ils gagnent, avec des plafonds de rémunération. Et tout ça sera rendu public. Certains cumuls seront interdits également. Comme l’a dit le ministre président, Paul Magnette, dans la plupart des cas, tout ça coulait de source, mais il fallait visiblement le graver dans le marbre.

Le gouvernement wallon a-t-il fait ce qu’on attendait de lui? Il affiche en tout cas la volonté de remettre de l’ordre, mais on se dit surtout pourquoi avoir attendu une telle onde de choc pour aller si loin? La transparence sur les rémunérations, mandataire par mandataire, ça fait des années que le MR et/ou Écolo la réclament, sans beaucoup de succès. Et tout d’un coup, ça devient possible. Le cadastre précis des intercommunales, qui fait quoi? Ça fait des années que l’opposition le demande également. Ce n’est jamais venu et tout d’un coup il est annoncé dans les prochains jours. Et prenons encore le cas de Publifin et de sa filiale privée Nethys, dirigée par Stéphane Moreau, ça fait des années que certains déplorent une forme d’opacité, que le contrôle semble échapper aux actionnaires publics et à la Région, et tout d’un coup, on nous annonce que le salaire du boss, estimé à un million d’euros par an, va être raboté de 70 %. Soudain, la tutelle redevient possible et c’est ça qui pose question, c’est le timing de ces décisions du gouvernement régional. J’ai envie de dire qu’on est ici dans la réaction plutôt que dans l’action.

Depuis des années, l'opposition tape sur le clou de la bonne gouvernance et de la transparence. C’est le cas d'Écolo, et notamment du député wallon Écolo, Stéphane Hazée.

Stéphane Hazée, est-ce que ça va assez loin, est-ce que finalement ça correspond à ce que vous réclamez depuis longtemps?

"Le gouvernement avait lancé une série de mesures au mois de janvier et on a en fait ici une confirmation, une mise en œuvre de ces mesures. Nous avions dit à l’époque "c’est un premier train, c’est un premier train qui va, pour un grand nombre de mesures, dans la bonne direction". J’aurais certaines nuances à exprimer, mais nous sommes ici au début du chemin, vous l’avez dit vous-même dans votre introduction, et il restera évidemment encore d’autres séquences".

Donc ça veut dire qu’on n’y est pas encore, qu’il y aura encore des étapes?

"Attention, je veux quand même aussi pouvoir dire qu’il y a des éléments positifs, très clairement. Lorsque vous avez des décrets qui ont été adoptés parfois il y a trois ans et que le gouvernement, parce qu’il y a eu changement de coalition, a décidé de les mettre au frigo et les exécutent aujourd’hui, je m’en réjouis. Quand, à un moment donné, vous avez des revendications que vous formulez depuis longtemps et que le gouvernement leur donne enfin une suite, même si c’est des années plus tard, je dis "enfin!" et je veux saluer, notamment en matière de transparence, ce qui peut avancer. Par contre, en matière de limitation des rémunérations, là-dessus j’ai davantage de bémols à exprimer et il y a toute une série de chantiers qui reste pour plus tard".

On va y venir. Mais est-ce qu’avec cette batterie de mesures, on peut se dire aujourd’hui que c’est la fin des scandales, qu’on n’aura plus besoin d’une nouvelle tornade éthique dans dix ans?

"Non, le gouvernement répond à certains enjeux, notamment en matière de transparence des rémunérations. Là-dessus, il va loin, il va assez loin, sous réserve de textes parce qu’on est parfois habitué à certaines ruses de sa part, et donc là-dessus il y a des choses qui avancent. Il reste toute une série de questions qui sont en discussion au sein de la Commission d’enquête, par rapport notamment à cette confiscation du pouvoir, à la dénaturation de l’intérêt communal et au scandale finalement de ce groupe Publifin. Ça reste un travail pour la Commission d’enquête. Le gouvernement lui-même reste avec certains enjeux, sur lesquels il faudra agir ultérieurement. Je pense notamment à l’enjeu de la dépolitisation de la direction de ces intercommunales. Le scandale Publifin, c’est aussi l’histoire d’un management qui a été là complètement placé par sa proximité avec les forces politiques dominantes et, bien évidemment, ça l’a largement conduit à ce que les organes de gestion n’aient pas l’information, à ce que les organes de gestion ne puissent pas jouer leur rôle puisque, finalement, ils étaient dans une certaine mesure manipulés".

Vous parlez de la commission Publifin, dans laquelle vous siégez d’ailleurs, le rapport n’est pas encore sorti. Est-ce que le gouvernement vous a, en quelque sorte, coupé l’herbe sous le pied?

"On voit bien que le gouvernement voulait absolument faire cocorico avant le 1er mai et, en même temps, moi je ne vais pas contester le fait que le gouvernement avance. Ça fait des années qu’on dit il n’avance pas, donc je ne vais pas faire une polémique aujourd’hui pour dire "ah il fait ceci avant ou non la Commission". Je pense que le chantier est immense de toute façon, et donc, au bout du compte, ce qui compte, c’est le contenu".

Dans le rapport de la Commission, vous irez plus loin que ce que le gouvernement a annoncé hier?

"Mais ce n’est pas la course à l’échalote. Il y a toute une série de points sur lesquels le gouvernement ne s’exprime pas. Publifin, que fait-on avec notamment l’enjeu du renouvellement des organes de Nethys? On a encore aujourd’hui toute une série de personnes qui sont à l’origine du scandale et qui sont encore à l’endroit où les décisions se prennent vraiment, dans le Conseil d’administration et au Comité de direction de Nethys. Là, il y a manifestement une recommandation à prendre pour la Commission d’enquête. Et je dirais même qu’il faut aussi que les organes de Publifin, le nouveau Conseil d’administration qui été renouvelé il y a quelques semaines, puisse dès que possible, et j’espère très rapidement, et les uns et les autres seront mis devant leurs responsabilités, reprendre le contrôle sur ces organes. S’il y a une volonté politique au sein de ce Conseil administration, ils peuvent le faire. Et donc il faudra voir maintenant ce que PS, ce que MR, ce que CDH, les partis qui sont finalement dans le poids de départ de ces comités de secteurs qui ont fait problème, s’ils sont prêts alors maintenant à reprendre la main et à renouveler ce Conseil d’administration et cette direction de Nethys. On parle beaucoup "Monsieur Moreau va-t-il garder son salaire? Va-t-il diminuer son salaire?", mais la question c’est, et j’ai entendu plusieurs d’autres groupes politiques aussi le dire, a-t-il encore la crédibilité pour pouvoir finalement tenir le gouvernail?"

C’est vrai que c’est une des questions que tout le monde se pose aujourd’hui. Est-ce que finalement le gouvernement wallon s’est donné les moyens de faire respecter ces règles? Et alors, évidemment, on pense au salaire de Stéphane Moreau, qui va devoir le raboter d’environ 70 %, vous y croyez?

"Je dis la question pour Monsieur Moreau, ce n’est pas celle-là. Et donc on attire l’attention là-dessus, mais la question c’est d’abord, à un moment donné, qui tient la direction de cette intercommunale? Concernant les plafonds, je veux rappeler quand même que le plafond c’était 245 000 euros pour les intercommunales et pour les fonctions de direction dans une circulaire. Et ici, on augmente pour un certain nombre de cas de 50 000 euros. Je ne veux pas laisser passer ça sous silence parce que c’est, à un moment donné, une somme très importante. Énormément de gens ne gagnent pas ça et ici on laisse passer comme un détail le fait que finalement on relève de 50 000 euros le plafond. On passe de 245 000 euros à 300 000 euros. Là, je me dis que lorsqu’on est dans cette gamme-là, il y a manifestement des signaux qui n’ont pas encore été compris. Pour les rémunérations politiques, on maintient ce plafond de 150% de l’indemnisé parlementaire. Là aussi, un signal plus clair eût été "on abaisse le plafond à 100%". Un parlementaire peut travailler à 100% sur son défi, il a largement de quoi faire et c’est pareil pour toute une série de responsabilités de haut vol. À un moment donné, il faut pouvoir contenir finalement la masse des rémunérations".

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