Stéphane Hazée (Ecolo) sur l’affaire Nethys: "On est dans un mensonge absolu"

Annonce choc du gouvernement wallon dimanche : le ministre wallon des Pouvoirs locaux, Pierre-Yves Dermagne (PS) a annoncé qu’il cassait les décisions prises le 22 mai dernier par le conseil d’administration de Nethys de vendre Elicio (énergie), Win (informatique) et Voo (télécom).

Ces ventes avaient fait les gros titres pour leur caractère supposé opaque et douteux. Des éléments du dossier ont même été transmis au parquet fédéral.

Dans la foulée, les membres du conseil d’administration de Nethys ont annoncé leur démission.

Il y a eu un double jeu au sein de la fédération liégeoise, PS CDH et MR

Stéphane Hazée, chef de groupe Ecolo au Parlement wallon, était l’invité de La Première lundi matin. Il suit cette saga de près depuis longtemps. Avec cette annonce, le nouveau gouvernement a mis un gros coup d’accélérateur dans le dossier Nethys.

"Le gouvernement est au rendez-vous. On a un scandale en Wallonie depuis plus de deux ans qui a écœuré la population. C’est une histoire d’enrichissement personnel, d’une opacité organisée, d’une confiscation du pouvoir, d’une ingénieure à toujours tirer les ficelles pour contourner les règles. Il y a eu un rapport d’une commission d’enquête qui a été pris à l’unanimité. Un certain nombre des recommandations qui étaient adressées à ce groupe n’a pas été mis en œuvre. Mais le gouvernement a été mis sur pied. Il a pris des engagements extrêmement clairs quant à la mise en œuvre de ces recommandations et quant à la volonté d’utiliser tous les leviers dont il dispose."

Cette recommandation du Parlement date pourtant de juillet 2017, ce qui voudrait dire que certains ont laissé faire auparavant. "L’ensemble des trois partenaires de ce nouveau gouvernement ont pris un engagement commun, de mettre en œuvre ces recommandations et de dire ça suffit. Il y a eu un double jeu au sein de la fédération liégeoise, PS CDH et MR. Je me réjouis que l’on puisse avancer par rapport à une volonté claire en la matière."

Et ce message est essentiel pour la Wallonie, selon lui. "Il s’agit, à la fois, de la confiance de la population dans les institutions. Mais c’est aussi important par rapport au redéploiement socio-économique en Wallonie. Quand on a tout cette opacité organisée et cette manière de gérer le bien public, que doivent se dire tous les Wallons qui se lèvent le matin ? C’est aussi ce message-là qui est au cœur de cette décision aujourd’hui."

"Un mensonge absolu"

Une détermination qu’il salue, particulièrement de la part du ministre des pouvoirs locaux, Pierre-Yves Dermagne, "qui en moins de trois semaines a pris le dossier à bras-le-corps et a pris des décisions. Il a travaillé avec un soin juridique tout à fait particulier. Il a annulé des décisions qui étaient contre l’intérêt général et qui étaient illégale".

Il ajoute : "Il y a un imbroglio juridique qu’il va falloir clarifier, démêler. D’abord de la part des structures publiques, qui vont devoir faire respecter leurs intérêts et la nécessité aussi de mettre à l’écart ceux qui nous ont conduit à cette situation. Tout s’est fait en cachette."

Le conseil d’administration de Nethys est également accusé d’avoir "outrepassé le mandat de négociation confié par Enodia". Le gouvernement wallon lui reproche de ne pas avoir mis les actifs en concurrence pour en tirer le meilleur prix.

"Les deals ne pouvaient avoir lieu qu’à condition que le CA soit averti préalablement", insiste-t-il. "Rien n’a été fait. On apprend même encore hier, de la bouche du ministre que des décisions ont été prises au mois de septembre. On est dans un mensonge absolu."

Dans une grande interview donnée ce week-end au journal Le Soir, les dirigeants expliquent les objets des différents deals commerciaux. On y apprend qu’ils ont demandé l’avis du CA de l’intercommunale, alors que tout avait déjà été scellé. "Ils disent qu’ils n’ont trouvé qu’un acheteur pour Elicio, évidemment, ils n’en ont contacté qu’un seul. Il n’y a eu aucune procédure de transparence par rapport à cet enjeu."

Et la suite ?

Mais finalement, que va-t-on faire de cette structure ? "Les instances doivent reprendre la main, désigner un conseil d’administration au sein de Nethys et pouvoir avoir une équipe de management."

Pas de commissaire spécial du gouvernement pour l’instant. "Ça, c’est l’arme atomique dont dispose le ministre si les choses ne vont pas dans la bonne direction. C’est une arme à un seul coup. Il s’agit de la jouer au bon moment. Le ministre a déjà agi avec des décisions fortes qui conviennent à la situation."

Les administrateurs MR d’Enodia (ex-Publifin) de leur côté ont réclamé la tenue d’un conseil d’administration de cette intercommunale dès ce lundi.

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