Stéphane Gillon, assistant principal au service du compte rendu intégral

Il était professeur de langues, il travaille aujourd’hui au cœur des débats politiques de la Chambre des Représentants. Cette trajectoire hors du commun, Stéphane Gillon ne la regrette pas. À présent, il est en charge de la rédaction du compte rendu intégral des débats parlementaires.

Nous sommes jeudi, à quelques heures du début d'une nouvelle séance plénière. La trentaine de rédacteurs de la Chambre s’active frénétiquement, entre de hautes étagères immaculées de dossiers minutieusement classés.

"Par opposition au compte rendu analytique, le compte rendu intégral est la retranscription des débats théoriquement mot pour mot", définit Stéphane Gillon. Ces comptes rendus sont publiés au quotidien sur le site internet de la Chambre en à peine quelques heures. "Tout cela est préparé à l’avance. Il faut généralement compter deux heures après la fin de la séance pour la publication." Rapide, n'est-ce pas ?

Revers de la médaille, cette course contre la montre impose souvent aux rédacteurs des horaires encore plus tardifs que ceux des parlementaires. "Comme nous devons toujours publier le plus tôt possible après la fin des travaux, il faut encore travailler une heure ou deux, même lorsque cela se termine très tard la nuit ou très tôt le matin."

Parfois, ces horaires exceptionnels donnent lieu à des scènes assez cocasses. "Il m’est déjà arrivé de retourner très tôt le matin, à l’heure où mes collègues arrivaient. On s’est croisé à la gare, c’était assez particulier, s’amuse Stéphane Gillon. On s’y fait. Mais l’âge avançant, ça devient de plus en plus dur !", plaisante-t-il.

Entre prise de recul et expertise

Avant, Stéphane était professeur de langues. Cette vie antérieure lui est toujours bien utile au quotidien : "Oui, le bilinguisme est important. Si quelqu’un est intéressé par le travail à la Chambre, il faut d’abord bien apprendre son néerlandais à l’école !", ironise-t-il. Naturellement, il convient aussi de pouvoir rester neutre en toutes circonstances… et de ne pas avoir peur des horaires.

Il arrive de temps à autre que le travail parlementaire nécessite aux rédacteurs d’effectuer quelques recherches. "Je me souviendrai toujours de la commission Buizingen, se remémore Stéphane. Quand nous avons commencé à parler de systèmes de freinage dans des termes très techniques, cela a nécessité un certain travail de recherche pour trouver les bons termes."

Comme d’autres de ses collègues, les rédacteurs des comptes rendus sont parfois aux premières loges d’événements historiques. "La commission d’enquête des attentats était un moment parfois assez pénible, notamment lors de la partie concernant les victimes", se souvient-il encore.

Dis Siri, rédige-moi un compte rendu

Dans un monde d’intelligence artificielle, où les assistants vocaux tels qu’Alexa, Cortana, Siri ou Google Assistant, prennent toujours plus de place et offrent des retranscriptions de nos paroles toujours plus fiables, il n’est pas déraisonnable de penser que le métier de rédacteur pourrait un jour se voir remplacé par une machine.

Pour Stéphane Gillon, cela relève de l’utopie pure et simple, expérience à l’appui : "On a déjà testé ce que l’on appelle le Speech-to-Text. Mais le problème de ces programmes est qu’ils ne conviennent généralement que pour un nombre limité d’orateurs", explique-t-il.

Pour que chaque orateur soit fidèlement retranscrit malgré les différents timbres de voix et intonations qui font la complexité du langage humain, la lecture d’un texte au préalable serait nécessaire. "Je nous vois mal demander au Secrétaire général de l’OTAN de lire un petit texte pour qu’une machine puisse le reconnaître", plaisante à nouveau Stéphane.

Avec 150 députés et une multitude de ministres et d’experts, ce ne sont pas moins de 200 à 300 voix différentes qui retentissent entre les murs du Parlement fédéral sous chaque législature. Adapter un programme informatique à tout le monde semble bel et bien impossible.

"Il faut aussi bien comprendre ce que nous faisons, ajoute Stéphane. Nous retranscrivons le texte mot à mot, en théorie. Or, si vous retranscrivez ad verbatim, c’est illisible. La langue parlée est illisible si vous la retranscrivez directement. Certaines personnes ne terminent par exemple pas leurs phrases. Mes collègues font donc en sorte de rendre cela lisible, ce qui explique qu’une intervention humaine reste indispensable."

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