Sophie Wilmès sur la formation fédérale: "C'est loin d'avancer suffisamment, il manque un sentiment d'urgence"

La ministre du Budget, Sophie Wilmès (MR) a été nommée Première ministre par le Roi ce dimanche, en remplacement de Charles Michel, qui deviendra en décembre président du Conseil européen.

C’est la première femme à accéder à cette fonction dans l’histoire de la Belgique. "Ça crée un précédent et si ça crée un précédent positif pour les femmes et jeunes filles de notre Royaume, voir plus, tant mieux", confie-t-elle sur La Première lundi matin.


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Mais elle hérite aussi de la patate chaude, un gouvernement fédéral minoritaire et en affaires courantes. Un cadre très particulier, selon elle, qu’il est important de respecter. "Nous n’avons que 38 sièges sur 150. Les affaires courantes, c’est à la fois de la continuité de l’Etat et être en capacité de gérer les affaires urgentes, le cas échéant."

Une fonction à durée déterminée

Sur papier, c’est une fonction a durée déterminée. Ce qu’elle souhaite, bien que cela paraisse paradoxal. "J’envisage les responsabilités qui m’incombent dès à présent, mais je dis aussi ce que j’ai toujours dit. C’est une situation qui ne doit pas durer. L’intérêt de la Belgique, c’est que l’on ai rapidement un gouvernement plein et entier qui soit en capacité de prendre les mesures nécessaires."

Charles Michel s’en va donc à l’Europe à un moment pourtant délicat pour la Belgique. "Nous venons de passer par la case élection le 26 mai. Ça fait assez bien longtemps que nous avons voté on aurait dû, depuis longtemps, être en capacité d’être en prestation de serment d’un gouvernement de plein exercice. Il y a par ailleurs cette date du 1er décembre, date à laquelle Charles Michel sera amené à exercer de nouvelles fonctions à un très haut niveau, il faut en être fier. C’est logique qu’il parte, ça fait depuis juillet que l’on est informé. Rien n’empêchait un gouvernement de se former. Ce n’est que parce qu’il s’est rendu compte que le temps commençait à peser et qu’on n’était pas en capacité de le faire qu’il a décidé de prévoir sa succession."


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En Flandre, son accession au poste de Première ministre n’a pas été bien accueillie par tout le monde. C’est le cas notamment de Théo Francken, qui lui reproche son passé sur une liste Union des francophones. Il indique aussi qu’elle n’a pas brillé au budget. "Je suis la Première ministre de l’ensemble des Belges, peu importe la communauté, la langue. Ce qui compte c’est d’être au service de tous les citoyens. J’ai toujours travaillé comme ça et ça ne changera pas aujourd’hui en fonction des remarques acerbes de mon collègue, dont on connaît les habitudes."

Un gouvernement fédéral qui a donc des marges de manœuvre limité, mais qui face à de très gros soucis, notamment en matière budgétaire. Jeudi la chambre doit normalement voter les "douzième provisoires" pour le mois de novembre. "J’espère qu’on les votera jeudi pour deux mois. C’est vrai que l’on doit demander à l’administration de préparer un vote de douzièmes provisoires pour janvier, février, mars. C’est un travail préparatoire au cas où un gouvernement de plein exercice ne serait pas mis en fonction. Effectivement tant que vous n’avez pas de majorité constituée avec une feuille de route constituée, vous prenez le risque que ce soit de plus en plus le chaos à la chambre."

On n’a pas encore eu de réelles discussions de contenu

Sophie Wilmès est également négociatrice pour le MR pour la formation du prochain gouvernement fédéral, espère finalement que le rapport des préformateurs, attendu lundi prochain, sera l’amorce d’un travail sur le contenu d’un projet politique. A ses yeux, il n’y a plus de temps à perdre.

"J’ai énormément de respect pour le travail des préformateurs, j’attends avec impatience leur rapport mais c’est loin d’avancer suffisamment, donc gare au temps qui passe. Il manque un sentiment d’urgence."

Tous les yeux sont toujours tournés vers le PS et la N-VA, premier parti dans leur communauté et dont sont issus les préformateurs désignés par le Roi -le socialiste Rudy Demotte et le nationaliste Geert Bourgeois. "On a plaidé pour que PS et N-VA se parlent. Il y a des rumeurs qu’ils se parlent mais il ne faut pas seulement se parler, il faut parler de manière constructive, mettre un projet sur la table, y associer les autres partis", a-t-elle souligné.

La Première ministre se refuse à parler à ce stade de l’échec d’une tentative de former une coalition associant les socialistes francophones et les nationalistes flamands. A l’entendre, quatre mois après les élections, les discussions en vue de former un gouvernement ne sont pas encore entrées dans le vif du sujet. "On n’a pas encore eu de réelles discussions de contenu. C’est difficile d’acter un échec de ces négociations-là si nous n'avons pas pû avoir ces discussions, sauf à dire qu’un des deux partis admet qu’il est impossible de discuter avec l’autre. Mais, à ce moment-là, il faut le dire."

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