Sophie Wilmès demandera bien la confiance au Parlement ce mardi, avec le soutien du CD&V et sans la N-VA

C’est un pataquès digne des plus mauvaises séries télé : quelques heures après l’annonce d’un accord et après une (longue) conférence de presse où Sabine Laruelle et Patrick Dewael ont expliqué que le gouvernement en affaires courantes recevrait la confiance de 10 partis démocratiques et que ce gouvernement de plein exercice obtiendrait les "pouvoirs spéciaux" dans sa lutte contre le coronavirus, Bart De Wever s’est opposé, ce matin, à un "chèque en blanc" signé au gouvernement Wilmès, estimant qu’il y avait "beaucoup de bruit pour rien".

Plus tard dans la journée, les nationalistes, ainsi que les socialistes flamands selon le journal De Standaard, auraient remis en cause les termes de l’accord obtenu hier soir. Il serait question d’un vote à 10 partis pour les "pouvoirs spéciaux", pas pour la confiance. Un participant à la discussion évoque "une ambiguïté", guère plus. Reste que la N-VA renâcle.

De Wever brosse la réunion

A 17h30, les dix présidents de parti étaient attendus au Lambermont pour une réunion censée organiser la façon dont la collaboration se fera entre le gouvernement Wilmès et les partis qui soutiennent de l’extérieur l’équipe gouvernementale. A son arrivée, la présidente de l’Open VLD, Gwendolyn Rutten était claire : "La situation est grave, il faut faire ce qu’il faut, c’est le moment de l’action, de l’union nationale. Il n’y a pas de temps pour de telles discussions politiques. Il faut donner la confiance à la Première ministre et à son équipe pour faire ce qu’il faut. Personne ne sait comment va évoluer l’épidémie. Le gouvernement doit tout faire dans l’intérêt des habitants et du pays." Même son de cloche pour Maxime Prévot, le président du cdH, pour qui il s’agit "d’arguties juridiques". François De Smet estimait lui qu’accorder ou non la confiance ne changerait grand-chose, qu’il y a deal pour que le gouvernement soit soutenu dans sa lutte contre le virus. Le président de Défi ironise sur "l’union nationale qui dure plus de 24 heures" Quant aux Verts, Jean-Marc Nollet qualifiait de "surprenant" le changement de ton à la N-VA. Les Verts ont "compris comme les autres", c’est-à-dire un vote de confiance.

Bart De Wever n’a pas souhaité participer à cette réunion : c’est le chef de groupe à la Chambre Peter De Roover qui représentait la N-VA. Connor Rousseau, le chef du sp.a, indiquait que pour lui, "ce n’était pas le moment de se disputer", sans en dire plus.

Paul Magnette, pour le PS, s’est borné à déclarer qu’il ne fallait pas "créer des difficultés à ce stade" alors que le président du MR, Georges-Louis Bouchez, n’a pas pris de gants : "Tout le monde a bien compris l’accord mais certains font semblant de ne pas comprendre."

Ne pas comprendre quoi ? Que pour obtenir les "pouvoirs spéciaux", il faut un gouvernement de plein exercice. A la N-VA et au sp.a, on estime qu’un tel vote n’est pas obligatoire. Nous écrivions, cette nuit, qu’il n’était écrit nulle part que les "pouvoirs spéciaux" allaient de pair avec un gouvernement de plein exercice. Certains veulent absolument éviter de donner l’occasion au gouvernement en affaires courantes d’être légalement en place malgré sa minorité à la Chambre.

Finalement la confiance du CD&V

Peu avant 21h30, la réunion s'est terminée. Le CD&V confirme qu'il accorde sa confiance à l'équipe gouvernementale (dont il fait partie) : "on ne va pas rajouter de la crise à la crise. Il y a la possibilité de donner des pouvoirs à ce gouvernement pour lutter contre le corona, faisons-le" explique ainsi à la sortie de la réunion le président des chrétiens-démocrates flamands Joachim Coens. La N-VA, elle, est restée campée sur ses positions et ne votera pas la confiance : "Ca n'a pas de sens de donner la confiance, on mélange des préoccupations sanitaires à des jeux politiques. Si la confiance est demandée la N-VA ne la votera pas". L'union nationale aura vécu moins de 24 heures. Mais la Belgique se dote enfin d'un gouvernement minoritaire de plein exercice. Les prestations de serment de tous les ministres sont prévues ce mardi et le Conseil national de sécurité pourrait se réunir ce 17 mars également.

Journal télévisé du 16/03/2020