Sommes-nous en train de perdre le contrôle de notre agriculture?

Corentin Dayez: "Il faut une politique pour protéger nos terres agricoles"
Corentin Dayez: "Il faut une politique pour protéger nos terres agricoles" - © Tous droits réservés

Comme préserver l'agriculture locale? En favorisant les circuits courts, en payant le juste prix ou en luttant contre la désaffectation des terres agricoles? Ce sont quelques-unes des questions abordées à l'occasion de la "journée mondiale des luttes paysannes" qui se tient aujourd’hui. Une journée ouverte à tous les consommateurs, alors que les acteurs du monde agricole ne représentent plus aujourd’hui que 2% de la population active.

Corentin Dayez, le porte-parole du Réseau de Soutien à l'Agriculture Paysanne tire un sombre constat de l’activité agricole dans notre pays. "Le nombre des exploitations agricoles est en constante diminution. En 30 ans, nous avons perdu 63% des exploitations, essentiellement les plus petites." Or, ce sont précisément celles qui destinent leur production à une consommation locale."

"Conserver le contrôle de ce que nous mangeons "

A l’inverse, la taille des exploitations s’est agrandie, mais pour mieux s’intégrer dans des systèmes de production à la logique industrielle et exportatrice. Pour Corentin Dayez, c’est là un réel danger: " 60% de nos bien de consommation dépendent déjà d’une production non européenne. Cela entraîne à la fois une dépendance du consommateur et une dépendance pour les producteurs. A cause de la situation internationale, on incite tout à coup les consommateurs belges à manger des poires, mais on oublie de dire que les agriculteurs destinaient ces fruits à une consommation extérieure." Pour Corentin Dayez, le contrôle de notre alimentation évoque une question existentielle: allons-nous garder le contrôle sur ce que nous mangeons?

La relève n’est plus assurée

La disparition des exploitations est aussi liée au désintérêt des jeunes pour une profession aussi difficile que dévalorisée. Une nouvelle génération qui éprouve le sentiment de n’avoir aucun contrôle sur son avenir et qui a peur d’un marché dont il se sent dépendant. "Les jeunes ont moins d’attrait pour un métier qui  le rend esclave de l’agriculture ", résume Corentin Dayez qui cite le cas d’une ferme qui devrait s’endetter pour conserver l’accès à des terres qu’il louait précédemment. Ou de cet autre modèle d’exploitation très rentable, mais qui n’a jamais accès à la terre agricole. Car trop chère ou utilisée à d’autres fins.

Spéculation sur les terrains

Un élément jugé primordial dans le contrôle de l’avenir de l’agriculture est le prix des terres agricoles. "Avant, on louait des terres. Mais comme le prix à l’hectare augmente, certains propriétaires préfèrent réaliser leur bien." Aujourd’hui, 70% des terres sont encore louées en Belgique, mais une incertitude demeure sur la politique qui sera menée pour que les terres agricoles soient destinées à "une consommation alimentaire locale, saine et durable."

En 10 ans, de 1995 à 2006, le prix moyen d’un hectare a été multiplié par trois. Mais depuis, plus aucune indication sur les prix n’est disponible. Corentin Dayez réclame donc un "observatoire du foncier" permettant de connaître les transactions qui ont lieu et aussi de permettre aux agriculteurs de saisir des opportunités. "Il faut pouvoir réformer le bail à ferme et revoir le plan d’affectation des sols. Rien qu’en Wallonie, c’est l’équivalent de 300 terrains de football qui change d’affectation chaque année et qui pourrait donc être urbanisé. On préfère consacrer des terres à des chevaux ou pour produire des sapins de Noël qui, pourtant, appauvrissent les terres. Il faut une politique pour protéger nos terres agricoles."

L’agriculture : l’affaire de tous

" La journée mondiale des luttes paysannes" ne s’adresse pourtant pas qu’au monde agricole qui, en Belgique, ne représente plus que 2% de la population active. Pour le porte-parole de cet événement, il s’agit de rappeler la responsabilité collective de la population : "Nous devons être conscients que l’avenir agricole est entre les mains de tous. Le citoyen devrait investir dans les terres agricoles. "Et c’est ce qu’il fait parfois, comme dans cette ferme qui, grâce à une coopérative, a pu acquérir des terres agricoles pour permettre à un paysan de ne plus s'occuper que de sa production.

Le programme de la journée mondiale des luttes paysanne est disponible sur ce site

Jean-Claude Verset

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