Abus d'alcool chez les jeunes: faut-il relever l'âge minimal? "C'est bloqué par le lobby de la bière"

En moyenne, six jeunes âgés de 12 à 17 ans sont admis chaque jour à l'hôpital en raison d'une consommation abusive d'alcool. C'est le constat tiré samedi par l'Agence Intermutualiste (AIM).

L'AIM, qui s'appuie sur les données des sept mutualités belges, a dénombré 2234 cas d'enfants admis aux urgences pour avoir trop bu en 2018. Cela représente 30 jeunes par 10.000 dans cette tranche d'âge. Ce nombre est légèrement inférieur à l'année 2017 où l'AIM avait recensé 2.334 cas.

"C'est cependant le seul point positif", a expliqué l'Agence Intermutualiste dans un communiqué. "Malgré cette diminution, les chiffres restent inquiétants. Pour donner une idée de l'ampleur du problème, ces chiffres sont jusqu'à trois fois plus élevés en Belgique qu'aux Pays-Bas."

Nette augmentation chez les 12-13 ans

L'AIM révèle aussi que 116 jeunes âgés de 12 et 13 ans ont été admis à l'hôpital sous l'emprise de l'alcool. C'est le plus grand nombre jamais relevé par l'agence dans cette tranche d'âge. "On constate une nette augmentation dans ces groupes de très jeunes adolescents, ce qui est interpellant", s'inquiète Jozef De Dooy, pédiatre à l'Hôpital Universitaire d'Anvers (UZA).

L'AIM affirme aussi que la consommation abusive d'alcool est pratiquement aussi élevée chez les garçons que chez les filles.

La consommation abusive est définie par quatre verres d'alcool en deux heures pour une femme et six pour un homme selon l'Association flamande pour les problèmes d'alcool et autres drogues (VAD).

"La consommation d'alcool chez les jeunes peut être à l'origine de lésions cérébrales permanentes, ce qui conduit à une baisse des résultats scolaires et une diminution de leurs chances sur le marché du travail", explique Michael Callens, docteur au sein de l'AIM. "Si ces jeunes sont victimes d'une intoxication à l'alcool, cela peut entraîner des problèmes aigus, ajoute Jozef De Dooy. Il y a une mise en danger de certaines fonctions vitales telles que la respiration, la pression sanguine ou le rythme cardiaque. Les symptômes peuvent aller jusqu'au coma, avec des conséquences sur le long terme comme des dégâts cérébraux."

Pas de relèvement de la limite d'âge

La ministre de la Santé, Maggie De Block, n'est pas favorable à une augmentation de l'âge légal pour l'achat d'alcool, a-t-elle indiqué samedi matin. "On risque de rendre certains produits plus attirants en les interdisant", met-elle en garde.

En Belgique, les jeunes peuvent acheter de la bière, du vin et du mousseux, dès l'âge de 16 ans. Mais le Conseil Supérieur de la Santé et le centre d'expertise flamand sur l'alcool et les drogues (VAD), notamment, recommandent que la limite d'âge soit fixée à 18 ans.

Selon la ministre De Block, dans les pays où la limite d'âge pour l'achat d'alcool est repoussée à 18 ou même 21 ans, on constate beaucoup d'abus. "Faites de la bière ou du vin des fruits défendus et ils n'en seront que plus attrayants", illustre-t-elle.

Le ministre plaide pour la sensibilisation. "Nous devons expliquer aux jeunes les risques de l'alcool sur la santé. Les parents jouent un rôle important à cet égard, ils doivent les aiguiller dans leurs choix de boissons et d'alimentation saines".

Les experts flamands dénoncent le lobby de la bière

"Pour limiter les abus, on pourrait prendre des mesures efficaces concernant la vente d'alcool aux mineurs et repousser l'âge d'accès aux boissons alcoolisées, mais le lobby de la bière bloque ces avancées", prétend Marijs Geirnaert, directrice du centre d'expertise flamand sur l'alcool et les drogues (VAD).

Selon Marijs Geirnaert, moins de jeunes boivent, mais ceux qui s'imbibent le font de plus en plus. Et c'est problématique. "Chaque jeune intoxiqué par l'alcool est un jeune de trop".

Néanmoins, "il existe des mesures qui ont prouvé leur efficacité, comme le relèvement de l'âge minimum d'accès à l'alcool, à savoir 18 ans", prétend la directrice.

Le raisonnement de Maggie De Block, selon lequel l'interdiction de certains produits les rendrait plus attirants, est faux selon elle. "Il y a 5 à 10 ans d'ici, aux Pays-Bas, les personnes ivres étaient très nombreuses... jusqu'à ce que le pays relève l'âge d'accès aux boissons alcoolisées. Ensuite, leur nombre a chuté".

Parmi les autres mesures préconisées par le VAD, on relève une augmentation du prix de l'alcool et une baisse de la publicité en faveur de celui-ci. "L'alcool doit être plus cher que les boissons gazeuses ou l'eau, ce qui n'est pas le cas actuellement".

Cependant, d'après Marijs Geirnaert, toutes les mesures efficaces sont bloquées par le lobby de la bière qui est puissant dans notre pays. Or, "la sensibilisation c'est bien, mais ce n'est pas suffisant".

Selon une étude de l'OMS, la Belgique est le sixième plus gros consommateur d'alcool en Europe, tous âges confondus.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK