Sida: manifestation pour un dépistage démédicalisé dans le cadre légal

Ex Aequo et d'autres associations devant l'Inami, pour défendre le test HIV non médical
Ex Aequo et d'autres associations devant l'Inami, pour défendre le test HIV non médical - © RTBF

Une quarantaine de personnes se sont rassemblées mercredi après-midi devant le siège de l'Inami (Institut national d'Assurance Maladie-Invalidité) à Bruxelles pour dénoncer l'abandon du financement du projet "Test-Out" porté depuis mai 2013 par Ex Aequo. Cette ASBL bruxelloise soutient notamment la lutte contre les nouvelles infections au sida et les infections sexuellement transmissibles. Une pétition est lancée en ligne pour demander à la ministre de la Santé, Maggie De Block, de modifier le cadre légal afin de permettre, sous conditions, la pratique du dépistage sans la présence d'un médecin.

Plusieurs associations étaient présentes, parmi lesquelles Sida'sos, la plateforme Prévention sida, la fédération des Cercles homosexuels estudiantins francophones (Cheff), l'association Sida-IST Mons-Charleroi et la Maison Arc-en-ciel de Bruxelles.

Le projet "Test-Out" est une expérience pilote de dépistage délocalisé et démédicalisé du VIH à l'attention des hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes (HSH). Facile, presqu'immédiat et anonyme, ce test ne coûte que 5 à 6 euros. Il s'effectue en prélevant 2 ou 3 gouttes de sang. En deux minutes, le résultat est connu. En cas de résultat positif, la personne est réorientée vers le médecin, pour une analyse de confirmation.

"Depuis le lancement du système, explique Michaël François, nous avons pu dépister 740 personnes parmi les hommes ayant eu des pratiques sexuelles avec d'autres hommes. Rien que l'an dernier, 511 tests de ce type ont été effectués; on est bien au-delà des chiffres enregistrés dans le milieu médical, notamment parce qu'une partie des individus veulent rester très discrets sur leur vie intime. Élément révélateur de l'importance de cette technique anonyme, 13% des 511 personnes dépistées l'an dernier n'avaient jamais fait le moindre test de dépistage auparavant."

Une question de sous ?

Le financement de quatre autres associations proposant un dépistage uniquement délocalisé, mais en présence d'un médecin, pour les travailleurs et travailleuses du sexe, a été maintenu. C'est d'ailleurs sur base de cet argument que la ministre de la Santé justifie sa décision. Interrogée par la RTBF, le cabinet de la ministre a expliqué que l'ASBL Ex Aequo "n'entre pas en considération pour cette dotation fédérale, étant donné qu'elle ne garantit pas l'accompagnement médical comme service de base".

Question de priorité

Pour sa part, Ex Aequo affirme que la décision de l'Inami va à l'encontre des recommandations internationales et du plan interfédéral de lutte contre le sida 2014-2019.

"C'est un changement de politique par rapport à la législature précédent, et cela nous inquiète", souligne le docteur Didier Picard, membre du conseil d'administration d'Ex Aequo.

L'ASBL rappelle également l'avis de l'Ordre national des médecins qui soutient le développement d'un dépistage décentralisé et démédicalisé à l'égard des groupes prioritaires. Michael François, porte-parole d'Ex Aequo, évoque "la crainte de voir la lutte contre le sida à nouveau reléguée dans les 'choses dont on s'occupera plus tard', alors que la Belgique représente un point noir sur la carte européenne au niveau de l'épidémie. Quand on compare avec les données européennes en termes de pourcentage et de populations clés comme les HSH (hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes, ndlr) ou les migrants, les chiffres sont alarmants".

Selon les données 2013 de l'Institut de Santé publique, 1115 personnes ont été diagnostiquées séropositives en 2013. Parmi elles, 51% sont des HSH. Le taux de dépistage tardif dans cette population est passé de 25% en 2010 à 40% en 2013. Test-Out a dépisté 262 HSH en 2013 et 477 HSH en 2014, avec un taux de découverte du VIH de 2,35% et un taux de premier test de 13%.

Jean-Claude Hennuy et Belga

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