"Si on ne nous entend pas, il n'y aura plus de médecins dans les prisons"

Le ras-le-bol des médecins de prison: "Si on ne nous entend pas, il n'y aura plus de médecins dans les prisons"
Le ras-le-bol des médecins de prison: "Si on ne nous entend pas, il n'y aura plus de médecins dans les prisons" - © Tous droits réservés

Ils ne sont plus payés depuis des mois. Et de nouvelles économies leur sont imposées depuis le 1er septembre. Ils demandent une concertation, en urgence, avant le 1er octobre. Sinon, des actions seront mises en place.

Ce jeudi matin, le téléphone du docteur Paul Gourdin sonne régulièrement. Des mails lui arrivent de l’ensemble du pays, même de Flandre. "Le mouvement a pris de l’ampleur. Depuis dimanche, une dizaine de médecins flamands ont rejoint notre Asbl, IMAS. Dorénavant, les réunions auront lieu à Nivelles et à Gand, en alternance."

Ces médecins sont lassés de la situation. "Les derniers honoraires que nous avons touchés concernaient le mois de mai. Et on nous a dit qu’on ne toucherait plus rien avant début 2014, certains ont même parlé de mars 2014. Mais le fisc n’attend pas. On doit payer des impôts sur des revenus qu’on n’a pas encore reçus."

400 indépendants (pharmaciens, médecins, etc.) sont dans ce cas. La situation leur est intolérable et la ministre Annemie Turtelboom avait promis, au mois de novembre 2012, qu’elle trouverait une solution pour cette année. Ce n’est manifestement pas si simple.

Ces difficultés financières du ministère de la justice rejaillissent sur les médecins, les conditions de travail dans la prison et par ricochet aussi sur les détenus et leurs soins de santé. "Il est déjà arrivé qu’un détenu souffrant du cancer soit privé de sa séance de chimiothérapie par manque de personnel surveillant pouvant l’accompagner à l’hôpital", nous explique un fin connaisseur du monde carcéral qui a préféré garder l’anonymat.

De nouvelles économies

C’est dans ce contexte difficile, que les médecins ont reçu le 1er septembre un mail leur annonçant plusieurs changements de barèmes résultant de l’application de mesures d’économie.

"Chaque médecin de garde recevait un incitant financier pour rester chez lui à attendre les appels de la prison", explique Paul Gourdin. Ces honoraires de disponibilité sont supprimés sans concertation avec les médecins.

Plus symbolique mais assez représentatif des économies réalisées: une série d’actes techniques ont été supprimés de la liste des actes pour lesquels les médecins sont payés. Tous les plâtres et les sutures de plaies situées ailleurs que sur le visage sont supprimés. Si le médecin estime malgré tout important de suturer, il ne sera donc pas payé. "Le médecin ne pourra plus accompagner les détenus à l’hôpital."

Un appel au dialogue

Les médecins se sont réunis et ont décidé de lancer un ultime appel au dialogue à l’administration et au cabinet de la ministre Turtelboom. "A partir du 1er octobre, si il n’y a pas un dialogue qui se réinstaure, on ne sera pas disponibles. Et s’il y a un appel en urgence, on enverra une ambulance vers les hôpitaux. Et ils verront que ça coûte beaucoup plus cher que nos malheureuses primes de disponibilité."

Du côté du cabinet de la ministre Annemie Turtelboom, on dit vouloir sauvegarder des soins de qualité en prison, mais "la situation des finances publiques est telle qu'une réforme est obligatoire"... La ministre dit avoir entendu cette demande de dialogue de la part des médecins.

Paul Gourdin nous explique qu’il s’est lancé dans cette bataille pour ses jeunes collègues. "C’est une médecine passionnante, qui n’est pas simple, qui est à risque, et ceux qui le font le font avec passion, mais la passion s’éteint et si nous ne gagnons pas cette bataille, il n’y aura plus de médecins dans les prisons."

O. Leherte

 

 

 

 

 

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