"Si on n'avait pas fédéralisé pour éviter les conflits, la Belgique n'existerait plus"

L'interview de Georges-Louis Bouchez au magazine politique Wilfried sorti ce jeudi a suscité de vives réactions. L'informateur royal s'y déclare en faveur d'une Belgique "unitaire". La N-VA affirme qu'"en tant qu'informateur, il n'aide pas à faire avancer les choses". Le principal intéressé se défend d'être sorti de son rôle et parle d'un idéal lié à son profond attachement au pays. Alors faut-il regretter la Belgique unitaire? Pour en parler sur le plateau de CQFD, deux invités: François Brabant, rédacteur en chef et fondateur du magazine Wilfried, et Ivan De Vadder, journaliste politique à la VRT.

Une interview prévue de longue date 

François Brabant précise le contexte dans lequel cette interview a été donnée: une interview prévue avant la désignation de Georges-Louis Bouchez comme informateur royal, que celui-ci n'a pas annulée, et qui visait à faire un point sur la situation de la Belgique aujourd'hui. "Une situation de blocage dont la Belgique est devenue coutumière", explique le fondateur du magazine Wilfried, "et c'est comme ça qu'est née la conversation, en se demandant si la Belgique était abonnée à des blocages de longue durée tous les 4 ou 5 ans, si la nature fédérale de l'Etat avait induit cela? Et là Georges-Louis Bouchez, de façon très spontanée, déclare qu'il aurait été plus simple de tout laisser au niveau fédéral et de ne pas créer cet émiettement des compétences".

Le journaliste politique explique que l'attachement de Georges-Louis Bouchez à la Belgique unitaire lui semble lié à un côté sentimental et romantique d'une part... A un aspect pragmatique d'autre part, avec des yeux rivés sur les dépenses que génère cet Etat fédéral tel qu'il a été conçu. 

Un éléphant dans un magasin de porcelaine

Ivan De Vadder estime qu'il y a une différence entre tenir ces propos en tant que président de parti ou en tant qu'informateur royal. "Les deux rôles sont confus, dit-il, c'est un peu un éléphant dans un magasin de porcelaine. Et il y a beaucoup de porcelaine qui n'a pas survécu à sa sortie, en Flandre". Le président de la N-VA a notamment déclaré: "Georges-Louis Bouchez a droit à son opinion, mais en tant qu'informateur, il n'aide pas à faire avancer les choses. Cette déclaration nous ramène au 19 ème siècle et témoigne d'un manque de vision historique", pour Bart De Wever. 

De là à hypothéquer le processus de négociations en vue de former un gouvernement fédéral? Non, pour le journaliste politique à la VRT. Ivan De Vadder concède que la fédéralisation coûte cher, mais pas de quoi argumenter en faveur d'un retour à l'état unitaire. "Par contre, re-fédéraliser quelques compétences pour un modèle plus efficace, c'est un point sur lequel beaucoup de partis et de personnes sont ouverts", affirme Ivan De Vadder.

Le vice de forme de la Belgique unitaire

Car beaucoup doutent de l'efficacité du modèle fédéral belge. Ce n'est pas neuf. L'argument a notamment été développé par Rik Daems. Le sénateur Open VLD a tenté de chiffrer, dans une étude de 2016, l'évolution des dépenses de l'Etat, de 1990 à 2014. Selon ses calculs, ces dépenses moyennes ont augmenté de 210% sur cette période, alors que le PIB progressait lui de 132%. Et de conclure que les différentes réformes de l'Etat l'ont non seulement rendu inefficace, mais lui ont aussi fait perdre beaucoup de moyens. Pour le libéral flamand, cela s'explique, notamment, par le fait que depuis 1970, les réformes institutionnelles n'ont pas été conçues, selon lui, dans une logique d'efficacité, mais à des fins politiques.

C'est un constat que partage François Brabant qui parle d'un "vice de forme de la Belgique unitaire": "on a pensé à la Belgique dans une seule langue, le français, en niant complètement la langue de la majorité de la population. Aujourd'hui, le vice de forme de l'état fédéral, c'est qu'on est dans une logique paralysante du bras de fer permanent".

Pour Ivan De Vadder, s'il y a eu deux blocs, "c'est parce que chaque fois qu'il y a eu un conflit, on a scindé. A chaque conflit, on a eu le même réflexe. C'était notre façon d'éviter des conflits violents", explique le journaliste flamand, qui affirme que "si on ne l'avait pas fait, il n'y aurait plus de Belgique aujourd'hui".

"On n'en sait rien, par définition", répond François Brabant qui s'interroge sur l'opportunité, après six réformes de l'Etat, de conserver cette façon de régler nos différents en Belgique: "va-t-on continuer à scinder, alors qu'on est arrivés à l'os?". Pour Yvan De Vadder, une partie de la solution réside aujourd'hui dans la re-fédéralisation de certaines compétences. CQFD?

 

CQFD, Ce Qui Fait Débat, un face à face sur une question d'actualité chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h35 sur La Trois. L'entièreté du débat ci-dessous.

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