"Shame", première manif à demander un gouvernement

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Dimanche aura lieu la manifestation citoyenne "Shame", initiée par cinq jeunes flamands et bruxellois. Une manifestation exceptionnelle par le message qu'elle lance: la demande de formation d'un gouvernement. Mais fera-t-elle bouger les deux communautés ?

Jeudi à 13h, 21 730 personnes avaient indiqué sur la page Facebook de l'événement qu'ils participeraient à "Shame No Government ? Great country" tandis que 25 195 pensaient peut-être se joindre au mouvement. Pour comparaison, en 2007, 35 000 personnes avaient arpenté les rues de Bruxelles, défilant pour l'unité de la Belgique.

Défendre l'unité de la Belgique, ce n'est pas le but défendu par les organisateurs qui se veulent "politiquement neutres", comme indiqué sur le site internet de l'événement. "Nous ne sommes ni pro-Belgique, ni anti-Belgique. De plus, nous ne sommes ni unionistes, ni séparatistes". Ce que veut dénoncer le mouvement, c'est le "jeu politique" de ces derniers mois. "Nous voulons un gouvernement ! Un dialogue ouvert et honnête entre tous les présidents de partis, tant flamands que francophones. Et ce le plus vite possible !"

Et c'est en cela que cette manifestation est exceptionnelle, selon Axel Tixhon, professeur d'histoire aux Facultés de Namur et co-auteur de "La Belgique pour les nuls". "Il n'y a pas eu de manifestation de ce type, demandant la constitution d'un gouvernement, jusqu'ici. Parce que les crises politiques se jouaient autrement avant, on constituait plus rapidement un gouvernement".

Pascal Delwit, politologue à l'ULB, va dans le même sens : "Il y a deux éléments : la longueur des négociations et le sentiment que le temps est suspendu, on ne voit pas ce qui se passe..."

Mais les organisateurs pourront-ils empêcher que des drapeaux belges fleurissent dimanche, comme ils le demandent ? Selon Pascal Delwit, le message porté par les organisateurs est ambivalent, il n'y a pas vraiment de slogan rassembleur. Et cette ambiguïté devrait rassembler des personnes avec des avis très différents : ceux qui veulent un gouvernement, ceux qui soutiennent la Belgique, etc.

Une manifestation qui fera bouger les choses ?

En 2007, en plein échec des négociations de l'Orange bleue, 35 000 personnes étaient descendues dans les rues de Bruxelles, à l'initiative de la liégeoise Marie-Claire Houard, pour défendre l'unité de la Belgique.

Pour le professeur des Facultés de Namur, le message transmis par ce genre de manifestation est souvent à côté de la plaque. Parce que ce sont souvent majoritairement des francophones, de milieux aisés, qui descendent dans les rues arborer le drapeau tricolore (bien que cette fois, l'impulsion vienne de Flandre). Ce qui donne des arguments au mouvement flamand, qui peut, en outre, décrédibiliser les chiffres : 35 000 personnes qui manifestent pour l'unité de la Belgique, ce n'est finalement pas grand chose.

Selon le politologue de l'ULB, la manifestation de dimanche pourrait bien avoir un impact sur le monde politique, à condition qu'elle soit un succès et cela au Nord comme au Sud du pays, contrairement à celle de 2007. S'il y a une grosse majorité de francophone, les partis flamands ne se sentiront pas concernés et inversement.

Manifestations nationalistes ou belgicaines

Si la manifestation de dimanche est exceptionnelle par son message, il n'est pas rare que les Belges arpentent le pavé lors des crises politiques, que ce soit pour défendre l'unité de la Belgique ou pour scander des thèses nationalistes.

Mais les manifestations belgicaines n'ont jamais connu un grand succès, selon l'historien, qui tient à relativiser les chiffres de 2007. "35 000 personnes en 2007, ce n'est pas un mouvement de foule. Ce n'est pas les 300 000 personnes de la Marche blanche. Ce n'est pas un mouvement qui va faire peur au monde politique".

Pour Axel Tixhon, ce type de manifestation politique ne mobilise pas, comme pourrait le faire le socio-économique, par exemple. "Il n'y a pas d'impact affectif suffisamment fort".

Et ce manque de mobilisation vient aussi de l'absence d'organisation forte derrière le mouvement. Car, sur le thème communautaire, les manifestations nationalistes, elles, rassemblent beaucoup plus. La première marche flamande sur Bruxelles du 22 octobre 1961, visant à obtenir la fixation de la frontière linguistique, avait rassemblé 100 000 personnes selon les organisateurs, 63 400 selon les gendarmes.

Chaque année, le Gordel, mélange entre action politique et ballade familiale, réunit des dizaines de milliers de personnes (80 358 en 2010).

 

Julie Calleeuw

 

La conférence de presse des organisateurs :

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