"Seuls 4% de la population est opposée à toute nouvelle immigration"

Jean-Michel Lafleur (à gauche) et Abdeslam Marfouk (à droite) sont les invités du Grand Oral de ce samedi 25 novembre
Jean-Michel Lafleur (à gauche) et Abdeslam Marfouk (à droite) sont les invités du Grand Oral de ce samedi 25 novembre - © RTBF

Co-auteurs du livre "Pourquoi l’immigration ? 21 questions que se posent les Belges sur les migrations internationales au 21ème siècle", Jean-Michel Lafleur et Abdeslam Marfouk sont les invités du Grand Oral RTBF-Le Soir ce samedi 25 novembre à 13h15 sur La Première.

Le premier est directeur adjoint du Centre d’études de l’ethnicité et des migrations de l’Université de Liège (CEDEM-ULiège), le second est attaché scientifique à l’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique (IWEPS).

Pas de tabou

Aucun tabou n’est évité, des questions simples et des réponses précises, voilà ce que proposent les deux chercheurs. En une dizaine de jours, le livre a été téléchargé gratuitement plus de 8.000 fois, preuve qu’il intéresse un public large. "Lorsque les individus sont confrontés à de l’information sur les migrations, leur perception du phénomène évolue. Donc, informer est crucial", explique Jean-Michel Lafleur. "Bon nombre de Belges se considèrent peu ou mal informé sur l’immigration. Nous avons voulu dans un ouvrage court mais pas simpliste, qui n’est pas un plaidoyer pro-migration, rassembler un ensemble de données scientifiques dans un langage accessible, pour que chacun puisse participer au débat avec des arguments scientifiques et rationnels".

Abdeslam Marfouk ajoute: "Nous invitons les lecteurs à dépasser les expériences personnelles et à n’examiner que les faits et les vérités scientifiques".

Clichés

Exemple de question simple (NDLA: c’est la question 3 du livre, page 29): combien y a-t-il d’immigrés en Belgique ? "La définition internationale, c’est une personne qui est née à l’étranger. Si on utilise ce concept, on a 1,8 million d’immigrés résidant en Belgique actuellement", précise Abdeslam Marfouk. La part des personnes immigrées dans la population totale belge est donc de 16,1 pourcents, un pourcentage que les Belges ont tendance à surestimer. C’est ce qu’attestent les témoignages recueillis dans la vidéo ci-dessous réalisée par les deux auteurs et qui a déjà été vue plus de 200.000 fois sur le réseau Facebook.

Autre question posée par les deux chercheurs, la présence des étrangers dans les prisons ? "Nous avons mis en lumière une surreprésentation de la population étrangère en Belgique", explique Jean-Michel Lafleur. "Elle est plus forte qu’au niveau européen mais on essaie de comprendre pourquoi. En contextualisant, on se rend compte que certains délits commis par les étrangers ne peuvent pas être commis par les Belges: ne pas avoir de papiers. Certains quartiers où résident les étrangers font l’objet d’une surveillance accrue de la police, et donc il y a plus d’arrestations", développe le chercheur du CEDEM.

4 pourcents

Pour Jean-Michel Lafleur, "les inquiétudes sont réelles, mais il n’y a pas aujourd’hui de blocage total par rapport à l’immigration". Il nuance son propos: "Peut-être que les personnes qui sont fermement opposées à la migration ont une visibilité forte, et des relais politiques visibles, certainement ! Mais la société belge, ce n’est pas que ça. Aujourd’hui en Belgique, il n’y a que 4 pourcents de la population qui est opposée à toute nouvelle immigration", précise-t-il.

Abdeslam Marfouk distingue une catégorie et ajoute: "Il y a une grande opposition des Belges par rapport à l’immigration des musulmans. 50 pourcents des Belges sont pour une politique d’immigration très restrictive à l’égard des musulmans. Et 20 pourcents est pour bannir l’immigration musulmane".

Théo Francken

Parmi les questions plus politiques posées par les deux chercheurs, la Belgique est-elle plus généreuse que les autres Etats à l’égard des immigrés et des demandeurs d’asile (NDLA: c’est la question 9 du livre, page 25) ? "Si l’on regarde la période de 2014 à 2016, la Belgique a reçu l’arrivée de 6.000 demandeurs par million d’habitants. C’est la moyenne européenne. C’est un chiffre souvent mis en avant par le Secrétaire d’Etat à l’asile et à la migration", répond Jean-Michel Lafleur.

"Si on prend le taux de reconnaissance, c’est différent", poursuit le directeur adjoint du CEDEM. "La Belgique a un taux de 40 pourcents, alors qu’il est de 47 pourcents à l’échelle européenne. Selon les données utilisées, on va donc dépeindre une image légèrement différente, plus ou moins généreuse de ce que fait la Belgique".

L’appel d’air

Et Jean-Michel Lafleur de conclure: "Un désaccord que l’on a peut-être avec le Secrétaire d’Etat (NDLA: Théo Francken), c’est que sa politique migratoire est basée sur le principe de l’appel d’air. Si on offre des services et des avantages aux personnes qui s’installent en Belgique, il pense que plus de personnes vont arriver sur le territoire. A l’heure actuelle, il n’y a pas de preuve scientifique pour justifier ce type de politique et pour nous, c’est un problème de justifier une politique restrictive avec cet argument-là".

 

L’interview de Jean-Michel Lafleur et d’Abdeslam Marfouk a été réalisée par Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef au journal Le Soir, Jean-Pierre Jacqmin, directeur de l’information à la RTBF, et Jacques Crémers, chef de la rédaction de La Première/RTBF.

L’ouvrage "Pourquoi l’immigration ?" peut être téléchargé gratuitement via ce lien.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK