Fonds de pension du Sénat: une sortie "opportuniste et non fondée" des Verts

Le fonds de pension des sénateurs est loin d'être éthique, selon Ecolo-Groen
Le fonds de pension des sénateurs est loin d'être éthique, selon Ecolo-Groen - © Archive NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

Si l'on en croit les sénateurs Ecolo et Groen qui ont mené l'enquête, le fonds de pension des sénateurs n’est pas éthique. Le quart de ce fonds de pension serait investi dans l'industrie de l'armement ou le tabac. Et les écologistes en dénoncent la gestion non-éthique et demandent un audit. La présidente du Sénat Christine Defraigne fustige ce qu'elle juge être une sortie "opportuniste" et "non fondée" des Verts.

Ce fonds de pension, c'est la caisse de retraite des sénateurs. Elle a été créée dans les années 1930. Les cotisations des sénateurs mais aussi des ministres alimentent cette caisse. Et la réserve, le fonds, est géré par une ASBL dans laquelle chaque groupe est représenté.

Alors, bien sûr, les gestionnaires du fonds peuvent investir cet argent dans différents placements intéressants pour qu'il fasse des petits. En tout, ce sont 210 millions d'euros : 60% sont investis dans des obligations, 40% dans des actions.

Et pour Ecolo-Groen, les investissements réalisés posent question, parce qu'une partie des investissements n'est ni durable, ni éthique. Une partie de la caisse est en effet investie dans le gaz de schiste, les OGM, dans l'armement et notamment les armes à fragmentation, mais aussi dans l'industrie du tabac.

Monsanto et Philipp Morris

Dans le détail, les Verts pointent pour 54 millions d'euros de valeurs problématiques dans le portefeuille obligataire du Sénat. Il est question du financement du gaz de schiste via "KBC-Energie", l'agriculture intensive génétiquement modifiée (Monsanto via "Petercam Agrifood"), et les climato-sceptiques à travers "European Larges Caps".

Le fonds de pension du Sénat investit également dans des "tracks", placement collectif avec index boursier aggloméré. Ecolo-Groen a notamment repéré le tracker "SPDR S&P 500 ETF" qui finance le nucléaire et la défense (Honey Well international INC), l'armement (Raytheon, Textron defense, Curtiss Wright COR, General Dynamics CORP - Lockheed Martin, fabriquant du F16 actif dans les bombes à fragmentation, ou United technologies CORP (UTC)).

Enfin, on retrouve également des extracteurs de gaz de schiste (Cabot oil gas, Chesapeake ConocoPhillips, Halliburton) et des cigarettiers (Philipp Morris et Lorillard).

"Comment voulez-vous être crédible en tant qu'institution avec de tels investissements ?", s'insurgent Ecolo et Groen. Les écologistes réclament un audit du fonds de pension pour, à terme, instaurer des règles claires d'investissement.

"Standards internationaux" et "critères d'exclusion"

Insistant sur le fait que la Caisse des retraites a une personnalité juridique distincte du Sénat qu'elle préside, Christine Defraigne (MR) a réagi à ces propos : elle souligne que la gestion du fonds devait faire l'objet d'une mise au point lors de la prochaine réunion de son conseil d'administration le 19 juin.

"Ecolo est représenté au conseil d'administration depuis longtemps et on peut donc s'étonner de la raison pour laquelle il sort aujourd'hui. La sénatrice Cécile Thibaut a effectivement pointé du doigt le problème de Monsanto lors de la dernière assemblée générale. Le CA a décidé de se pencher sur la problématique du screening lors de sa prochaine réunion et un contact a été pris avec Petercam", a réagi Christine Defraigne.

Sur le fond, la présidente du Sénat relativise la portée des informations dévoilées par Ecolo-Groen. "Depuis des années, les gestionnaires du fonds s'en réfèrent aux standards internationaux les plus poussés en matière d'éthique, ceux des fonds de pension norvégiens. Ils utilisent des critères d'exclusion. Alors oui, il y a Monsanto, le gaz de schiste, on peut en débattre", estime-t-elle.

"Ce qui pose question, ce sont les tracks, car il est très difficile de savoir quelles entreprises sont concernées. On parle ici d'environ 9 millions d'euros sur un total de 210 millions d'euros, moins de 5%. Ce sera examiné", précise Christine Defraigne. Elle s'étonne cependant "que les écologistes se soucient plus des armes aujourd'hui que quand ils étaient dans la majorité wallonne, actionnaire de la FN".

"Les gestionnaires du Fonds et le CA avec à sa tête Bert Anciaux (sp.a) et Olga Zrihen (PS), peu suspects de ne pas se soucier des investissements éthiques, travaillent à l'amélioration de la situation. Il y a aujourd'hui un procès d'intention d'Ecolo qui est particulièrement injuste et malvenu", insiste la présidente MR.

RTBF et Belga

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