Se mobiliser pour Gaza: "Tout le monde est en colère"

Se mobiliser pour Gaza: "Tout le monde est en colère"
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Se mobiliser pour Gaza: "Tout le monde est en colère" - © Tous droits réservés

L'opération israélienne "Bordure protectrice" à Gaza et ses conséquences politiques et humanitaires ont entrainé de nombreuses réactions de par le monde. En Belgique aussi, plusieurs voix se sont fait entendre. Des initiatives ont été mises sur pied. Nous avons été à la rencontre de ces Belges que le conflit touche profondément. Depuis l'initiation des opérations militaires israéliennes, ils sont mobilisés. De manifestation en rassemblement, de campagne de boycott en interpellations politiques, des citoyens réclament la fin de la souffrance des Palestiniens. Face à certaines critiques, ils défendent leur droit de se mobiliser.

Il pleut à verse ce mercredi après-midi. Mais pas assez pour décourager une poignée de militants qui se sont donnés rendez-vous devant le cabinet du ministre des Affaires étrangères, en plein centre de la ville.

Un mois après le début de l’opération militaire israélienne dans la Bande de Gaza, et après deux grandes manifestations bruxelloises, ils préparent l’arrivée des participants à ce rassemblement plus modeste mais tout aussi important à leurs yeux.

Les volontaires arrivent par petits groupes. Les banderoles sont progressivement déchargées, des piles de papiers sont distribuées. Dessus, des noms en lettres noires.

Yamina est membre du Comité Verviers Palestine. Elle a fait un long trajet pour être là. Tout comme d’autres. Certains se connaissent bien, se saluent, s’entraident pour mettre en place le matériel. Mais parmi la foule qui commence à se former, et malgré les gouttes, des quidams arrivent aussi. Hajar a 27 ans. Elle donne un coup de main avant l’heure du début officiel du rassemblement en distribuant à chaque personne présente une feuille avec un nom.

Emue, Hajar n’est pas la seule. Si quelques 10 000 personnes s’étaient rassemblées fin juillet dans le centre ville, ce n’est pas par hasard, disent les personnes présentes. Cette offensive militaire a occasionné plus de 1800 pertes humaines du côté palestinien, dont une majorité de civils. Les images des morts, des blessés et des dégâts semblent toucher de plus en plus de monde. "Notre pays ne peut pas rester les bras croisés devant ces crimes ! C’est honteux", lance un vieux monsieur manifestement très touché. Si beaucoup se mobilisent, des questions lancinantes restent toujours sans réponse, disent-ils.

Nathalie travaille pour l’Association Belgo-Palestinienne, qui fait partie d’un mouvement plus large de 50 associations ou partis politiques signataires : "Urgence Gaza". Le rassemblement d’aujourd’hui vise à interpeller le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders. "C’est encore un autre rassemblement, parce que qu’on on voit ce qui se passe à Gaza, on ne peut pas rester inactif ", explique-t-elle. "Et il est particulier parce qu’on interroge beaucoup notre ministre".

"Que fait la Belgique?"

Un autre rassemblement avait eu lieu, dix jours après le début de l’opération militaire, lors duquel une délégation avait pu rencontrer le ministre, qui avait promis de faire le nécessaire pour contribuer à faire cesser les massacres de civils.

"Aujourd’hui, on ne lui demande même pas d’entrevue, parce que la dernière fois il nous a promis des choses qu’il n’a pas faites. Nous venons lui dire qu’on n’est pas d’accord et on l’appelle à renvoyer l’ambassadeur israélien".

Les organisateurs ont d’ailleurs prévu la lecture d’une lettre ouverte destinée à Didier Reynders. En attendant, la foule devient compacte, les slogans et les chants commencent à s’enchaîner. Entre les parapluies, des pancartes aussi : "Stop au massacre des enfants de Gaza", ou "Boycott Israël". Beaucoup affichent les noms imprimés des victimes. Certains y ont apposé une main rouge, symbole du sang versé.

Jeunes ou plus âgés, les personnes présentes forment un groupe diversifié. Ici, pas de traces de personnes turbulentes ou vindicatives. Adel est palestinien. Journaliste, il est en Belgique depuis plusieurs années. "Il faut une solution politique", dit-il. "Les enfants palestiniens ont droit à une vie comme tout le monde". A propos de prétendus dérapages antisémites, dont certains les accusent d’encourager, il est catégorique : soutenir la Palestine n’est pas de l’antisémitisme.

Pour Nathalie, la rage et la colère devant l’impuissance que cette guerre fait naître chez beaucoup n’est pas une forme d’antisémitisme. Et l’"importation du conflit" en Belgique, parfois dénoncée, n’est pas le résultat de la mobilisation en faveur des Palestiniens.

Pas de voix pour dire le contraire, cet après-midi-là. "Solidarité avec le peuple palestinien" était le cri qui rassemblait les manifestants.

Une prise de conscience

Pari réussi pour les organisateurs : 1000 personnes se sont déplacées.

Le lendemain, dans les locaux de l’association, on fait le point. Ce jeudi, il s'agit déjà de préparer la prochaine manifestation du mois d'août.

L'Association Belgo-Palestinienne est abritée dans un bâtiment du centre ville, avec d'autres organisations. Un petit local, et deux salariées. Fondée en 1973, par l'historien engagé Marcel Liebman et par le représentant de l'OLP à Bruxelles, Naïm Khader. Ce dernier sera assassiné à Bruxelles en 1983.

Marianne Blume y est bénévole depuis des années. Cette ancienne enseignante connait bien la Palestine. Elle y a longtemps travaillé. Aujourd'hui, elle est l'une des chevilles ouvrières de la mobilisation pro-palestinenne en Belgique.

Elle constate aussi une prise de conscience plus large dans la population par rapport au conflit.

Depuis sa création, l'association milite pour le droit des Palestiniens à avoir une terre, en défendant les résolutions des Nations Unies. Aujourd'hui membre d'une plateforme plus large, elle est aussi à la tête de la diffusion d'une campagne de boycott des produits israéliens en Belgique. Depuis des années, elle organise aussi des missions civiles en Palestine.

Aujourd'hui, face à certaines critiques qui reprochent aux organisateurs des manifestations pro-palestiniennes d'accepter des actes violents et/ou antisémites dans les manifestations, Marianne ne se laisse pas démonter. "Il y a certainement des dérives. Mais je n'aime pas beaucoup l'expression 'jeunes des quartiers' pour désigner certains fauteurs de troubles, toujours très peu nombreux", dit-elle. "Ce sont des jeunes, ce sont des Belges aussi. Et effectivement il y a une frustration, parfois des débordements, et aussi une construction quasi mythique de ce que c'est la Palestine".

"Ceux-là sont frustrés, mais pas seulement à propos de la Palestine, ils sont frustrés de leur place dans notre société, et sont parfois mal guidés".

Mais elle souligne: non, les personnes qui se mobilisent, celles qui disent soutenir la Palestine, ne peuvent pas être réduites à la caricature que certains veulent faire passer dans les médias. Une préoccupation qui est d'ailleurs au centre des activités de l'ABP: "Veillons tous ensemble à ce qu'aucune personne avec d'autres intentions que celle de défendre les Palestiniens ne se perdent dans la manifestation ; certains n'attendent que ça pour discréditer notre cause à tous !", peut-on par exemple lire dans l'appel au rassemblement du 6 août.

Mais Marianne Blume ne nie pas la grande colère qui anime les participants.

La mobilisation est appelée à se poursuivre. Et ces citoyens en colère espèrent que cette fois-ci, la situation en Palestine peut changer.

W. Fayoumi

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