Scinder les lignes de la SNCB, la solution pour améliorer la ponctualité des trains ?

Scinder les lignes de la SNCB, la solution pour améliorer la ponctualité des trains ?
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Scinder les lignes de la SNCB, la solution pour améliorer la ponctualité des trains ? - © ERIC LALMAND - BELGA

« De longues liaisons de 200 kilomètres ne correspondent pas à la demande des navetteurs moyens. Raccourcissez les trajets. » Voilà ce que propose une députée fédérale N-VA pour améliorer la ponctualité des trains. Mais la diminution de la longueur des trajets permettra-t-elle vraiment de réduire les retards ?

En 2018, 87,2% des trains étaient à l’heure, c’est-à-dire qu’ils sont arrivés à leur destination avec moins de 6 minutes de retard. Mercredi, des représentants de la SNCB et d’Infrabel sont venus expliquer pendant deux heures et demie les raisons des retards lors de la Commission Infrastructure sur la ponctualité des trains.

Vers une régionalisation ?

Présente dans cette commission, la députée Inez De Coninck (N-VA) a ensuite présenté sa proposition pour améliorer la ponctualité des trains sur le plateau de Terzake (VRT) : « Ce n’est pas un secret que nous plaidons pour une régionalisation d’Infrabel et du transport. Nous avons prouvé dans le passé qu’un plan de transport flamand fonctionne parfaitement. »

Même si aucune étude n’a été réalisée en la matière, la députée N-VA se base sur des statistiques sur la ligne entre Binche et Turnhout fournies par le ministre des Transports François Bellot (MR) à sa collègue Yolande Van Camp. Selon elle, le plus grand problème se situe dans le tracé dans le sud du pays.

Pour Stephane Van Hecke (Groen), scinder les lignes serait la première étape vers une régionalisation de la SNCB : « Ils veulent couper la SNCB en morceaux. Pour ce faire, il faut d’abord couper les lignes. C’est évidemment plus facile ensuite de diviser sur le plan géographique. Comment vont faire les voyageurs qui veulent se rendre de Gand à Louvain ? »

Bruxelles, le nœud du problème

Henry-Jean Gathon, professeur d’économie des transports à l’ULg, déclare que plus la ligne est longue, plus les chances qu’un incident ait des répercussions sur l’horaire sont élevées. Il pointe néanmoins d’autres facteurs problématiques : « Le réseau belge est organisé en étoile autour de Bruxelles. Presque tous les trains passent par la jonction Nord-Midi. »

Un simple coup d’œil à la carte de l’infrastructure du rail belge confirme cette situation. Quand on sait que la gare de Bruxelles-Central ne dispose que de 6 voies alors que près de 60.000 voyageurs la fréquente par jour, il n’est pas difficile de s’imaginer le casse-tête des aiguilleurs. Selon les estimations du professeur, l’élargissement de la jonction Nord-Midi coûterait entre 6 et 7 milliards d’euros et cela entraînerait des travaux pharaoniques.

Il est d’avis que scinder les lignes qui traversent Bruxelles ne résoudrait pas le problème : « Imaginons que l’on remplace la ligne Ostende-Eupen par deux lignes : celle d’Ostende-Bruxelles Nord et de Bruxelles-Midi-Liège. Cela veut dire que l’on devrait doubler le trafic sur la jonction Nord-Midi. »

Ce ne sera jamais miraculeux

Une autre possibilité pourrait être de limiter les trains à la première gare bruxelloise atteinte. Comme à Paris, les voyageurs devraient alors prendre un autre moyen de transport, ce qu’on appelle une « rupture de charge ». Henry-Jean Gathon commente : « La rupture de charge est un problème, sauf si vous avez une bonne fréquence. »

À l’instar des autres moyens de transport, le réseau de la SNCB est congestionné. Selon le professeur, la capacité de transport dans le pays a ses limites. « Il y a de plus en plus de qui font le trajet travail-domicile sur un territoire donné. Avec l’augmentation du niveau de vie, de plus en plus vont habiter plus loin que leur lieu de travail », ajoute-t-il.

Pour contrer cette congestion, la SNCB a notamment dédoublé les lignes entre Louvain et Bruxelles et Malines et Bruxelles. La société des chemins de fers est aussi en train de faire de même sur les tronçons entre Bruxelles Luxembourg et Ottignies. Henry-Jean Gathon conclut : « Ce qui a pu être envisagé raisonnablement a été fait. Ce ne sera jamais miraculeux. On peut augmenter les capacités, mais on ne peut pas doubler la surface de Bruxelles. »


JT du 23/01/2019

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