Saut d'index: la bourde du gouvernement Michel

Le saut d’index a-t-il eu lieu ? C’est la question au centre de certains échanges étonnants mercredi après-midi à la Chambre, dans le cadre du débat sur la déclaration de politique générale du Premier Ministre Charles Michel.

On a ainsi pu entendre le président du CD&V Wouter Beke et le ministre MR des Pensions Daniel Bacquelaine assurer que le saut d’index n’avait pas eu d’impact en 2015 et de ne l’annoncer que pour fin 2016. Or, le saut d’index - la non-indexation des salaires et des allocations et pensions - a bien eu lieu en juin. Ce que disent et l’opposition et le Bureau du Plan. 

Surchauffe à la Chambre

Dans le feu des échanges de mercredi, il y aura donc eu notamment ceci: Wouter Beke, président du CD&V expliquant qu'"il n'y a pas eu de saut d'index en 2015. Ce sera pour l'automne 2016".

Intervention alors du député sp.a Johan Vandelanotte : "Je suis stupéfait par le débat qui a lieu maintenant. Vous parlez de la revalorisation que vous dites avoir accordée aux petites pensions. Mais pour ces mêmes pensions, l'indice-pivot (dont le dépassement permet une indexation, ndlr) a été dépassé en juin et, sans vos mesures, les pensionnés auraient touché 2% d’augmentation. Vous n’avez pas donné cette indexation !".

Et la réponse étonnante du ministre des Pensions, le MR Daniel Bacquelaine, qui se dit "excédé par cette campagne de désinformation en bande organisée (de l'opposition, ndlr), ce qui est pire" et qui affirme vouloir rétablir la vérité : "Que je sache, il n'y a pas eu de saut d'index ni en 2014 ni en 2015. Ce saut d'index n'a pas eu lieu. Selon les actuelles prévisions, il se produira et fera sentir ses effets fin 2016, voire début 2017..."

Qui a raison ? 

Qui a raison ? Et bien plutôt l’opposition en l’occurrence.

Oui, la décision de procéder à un saut d'index a déjà eu un effet et un réel impact sur le citoyen, les allocataires sociaux et les fonctionnaires. Selon les chiffres de la FGTB, établis début juillet, le saut d’index a déjà concerné quelques 7 millions de personnes. Sept millions de personnes qui ont perdu 2% de leur pouvoir d’achat, la hausse de l’inflation n’étant pas compensée.

Ce que confirme le Bureau fédéral du Plan. "Les décisions du gouvernement ont gelé l’indexation qui aurait pu survenir, indique Philippe Donnay, commissaire au Plan. L’indice pivot, qui a été bloqué par la loi organisant le saut d’index (votée en avril, ndlr), cet indice pivot a bien été dépassé en juin dernier. Résultat : les allocataires sociaux, les fonctionnaires, et une petite partie des travailleurs du privé n’ont pas vu leurs salaires, traitements, allocations et pensions augmentés automatiquement de 2%." Les allocations sociales auraient dû augmenter de 2% en juillet (mois+1), les salaires de la fonction publique et dans certains secteurs du privé 2% en août (mois+2). 

Ce qui confirme une réalité connue dès cet été. Visiblement oubliée mercredi en débat par le gouvernement et les membres de la majorité.

Le gouvernement le sait

D'autant plus qu'il y a des implications budgétaires. Avec des effets dès cet exercice 2015 du gouvernement fédéral, explique Philippe Donnay, puisqu’il réalise une économie sur des dépenses en ne payant pas ces augmentations de 2% sur plusieurs mois. Des effets aussi sur le budget 2016, puisque le prochain dépassement de l’indice pivot n’est pas attendu avant décembre 2016.

Mais le gouvernement a-t-il réellement tenu compte de ces économies dans son budget 2015 si les ministres n’étaient pas au courant ? "J’ose l’espérer", répond le commissaire au Plan. Le gouvernement doit donc savoir. Quoi qu'il en dise à la tribune de la Chambre...

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