Sarah Turine (Molenbeek): "Pour 17.000 jeunes nous avons 15 travailleurs de rue"

Sarah Turine: ". «Aujourd'hui, la pression sociale est moins forte. Les jeunes qui ne veulent pas faire le ramadan sont moins discriminés."
Sarah Turine: ". «Aujourd'hui, la pression sociale est moins forte. Les jeunes qui ne veulent pas faire le ramadan sont moins discriminés." - © Tous droits réservés

Islamologue, ex vice-présidente d’Ecolo et échevine de la jeunesse à Molenbeek, Sarah Turine vient de publier un livre intitulé: " Molenbeek miroir du monde ". Une vision personnelle de sa commune, des difficultés de sa populations, et des espoirs pour l'avenir.

Elle le reconnaît, il lui arrive d’être en proie au doute lorsque ses convictions sont confrontées aux réalités de terrain. " On se demande si ce qu’on met en œuvre au niveau local a un sens si des mesures contradictoires sont prises à d’autres niveaux de pouvoir. "  Entendez, le fédéral. Car selon la municipaliste, les réponses qui ont été données par le gouvernement de Charles Michel en général et par Jan Jambon (ministre de l’Intérieur) en particulier, ont surtout été des symboles.  Elle cite le "Plan Canal" et l’arrivée à Molenbeek d’une association anversoise alors qu’il en existe d’efficaces à Molenbeek.

Comment inclure les personnes et ne pas les humilier?  

Mais le constat est là. Il est important, pour Sarah Turine, de renforcer la première ligne : " Pour 17.000 jeunes nous avons 15 travailleurs de rue. Nous en avons demandé davantage, mais nous ne les avons pas obtenusLes inégalités scolaires sont très importantes dans la commune. Il y a seulement 1000 places dans les écoles de devoir. ". Et pour elle, il est clair que l’on " remet un couvercle sur les problèmes "… "Il faut répondre à une vraie question : comment inclure les personnes et ne pas les humilier ?"  Un message qui renvoie aussi au désarroi de la jeunesse face " aux discours stigmatisants sur notre commune. Mais il faut pouvoir prendre les difficultés de face. "

Le titre de l’ouvrage "Miroir du monde" renvoie  aussi au fait que Molenbeek est devenue le symbole de quelque chose qui la dépasse, explique l’auteur : "De nombreux quartiers pauvres de grandes villes rencontrent le même problème. "

Et conserver ou créer la confiance chez les jeunes est un travail de tous les jours, argumente Sarah Turine : " On est sur un fil, entre garder la confiance des jeunes et pouvoir transmettre des informations sur certaines situations si c’est nécessaire, mais en respectant l’anonymat."

Salah Abdeslam est présenté comme l’illustration de ces jeunes radicalisés, présentés comme affables et qu’il est difficile d’identifier avant qu’ils ne passent à l’acte. "Il faut expliquer aux jeunes qu’il est possible de lutter, mais que cela doit se faire dans un système démocratique. "

Instaurer la loyauté à l’égard du pays

Ce terreau qui permet de radicaliser les individus est aussi servi par une forme d’omerta dans les quartiers:  "La loyauté est un sentiment important. Il faut que les jeunes se sentent loyaux par rapport à la société et pas par rapport au réseau de criminalité.  L’enjeu est de redonner la confiance dans les institutions et le sentiment d’être belge. "

Mais la route est longue faute de moyens, se plaint à nous Sarah Turine. " Cela nécessite un investissement dans l’enseignement. Il faut faire cela avec les entités fédérées et le gouvernement fédéral. "

D’autant que le retard accumulé est important. " Le repli identitaire sur les questions religieuses remonte aux attentats du 11 septembre 2001. C’est depuis que la radicalisation se développe. On a mis le couvercle sur tout cela, et il existe une responsabilité collective. "

L’espoir est qu’après les attentats de Paris, les langues se délient. "La pression sociale est moins forte. Les jeunes qui ne veulent pas faire le ramadan sont moins discriminés. Les discours plus radicaux sont moins acceptés. Mais à l’inverse, une frange minoritaires de plus radicaux existe. Cette bulle est en train de diminuer. "

Quand à l’avenir de la commune de Molenbeek après les élections d’octobre 2018, Sarah Turine répond qu’elle compte bien poursuivre avec la majorité créée en 2012, et associant Ecolo au MR. Au nom de la "continuité".

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