Santé: non, les Wallons ne vident pas les caisses de la Sécu

La densité de médecins en Wallonie dépasse celle de la Flandre, +22%, mais la consommation médicale n'y est supérieure que de 1.2%.
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La densité de médecins en Wallonie dépasse celle de la Flandre, +22%, mais la consommation médicale n'y est supérieure que de 1.2%. - © ANTHONY DEHEZ - BELGA

Une étude tord le cou aux idées reçues. L’Institut national d’assurance maladie invalidité (Inami) vient de publier un rapport qui montre que les Wallons ne puisent pas forcément beaucoup plus que les Flamands, dans les caisses de la Sécurité sociale. La thèse d'une consommation excessive des francophones en matière de santé n’a donc pas lieu d’être.

Le principal enseignement de cette étude, si l'on prend en compte les données brutes (coût et nombre de cas bénéficiaires), alors oui, en effet, la Wallonie consomme en moyenne plus que la Flandre, mais de peu : +1,2%, seulement. C'est loin d'être abyssal.

Alors, on s'y attendait, c'est dans les zones les plus défavorisées sur le plan socio-économique que les besoins en matière de soins santé sont les plus importants. Mais les disparités les plus élevées se trouvent à l'intérieur des régions et pas entre les régions Nord-Sud. Ainsi, c’est en Flandre-Occidentale que se situent les zones les plus dépensières, comme à Furnes, Ostende, Ypres et Roulers. Côté francophone, les dépenses sont plus importantes dans les bassins industriels, comme dans les régions de Liège et de Mons.

L’offre médicale n’induit pas forcément la consommation de soin de santé

Ces résultats tordent le cou à une autre idée reçue selon laquelle la consommation en soin de santé est induite par l'offre médicale. En Wallonie, la densité de médecins est supérieure à la Flandre, de 22%. Or ces 22% n'induisent (en théorie) que 1,2% de consommation en plus. Bien que la relation de cause à effet n’est pas prouvée.

Ces résultats peuvent donc avoir des répercussions politiques, notamment sur la planification de l'offre médicale dans le pays. "La répartition des quotas de médecins entre les régions doit être repensée", estime Etienne De Clercq, professeur à l'école de santé publique de l'UCL. "Depuis 15 ans, en effet, on essaye d’harmoniser la densité de médecins au niveau de la population. On tente de ramener la densité de médecins en Wallonie au même niveau que celle de la Flandre. Mais, compte tenu de ces résultats, et si on accepte le fait qu’il y ait des pratiques différentes entre le nord et le sud du pays, il n’y a pas lieu d’essayer, coûte que coûte, de ramener ce quotas de médecins au même niveau". Voilà de quoi, sans doute, alimenter la polémique sur les quotas de médecins admissibles à l'Inami.

Une sous-consommation à Bruxelles

Autre résultat interpellant, c’est à Bruxelles que les dépenses en soins de santé sont les moins élevées, avec 8,3% de moins que la moyenne. Le taux de pauvreté est une hypothèse avancée pour expliquer cette sous-consommation. "A Bruxelles, on a affaire à des personnes qui ne vont pas recourir aux soins médicaux bien qu’elles en aient besoin, et ce, pour des raisons économiques. Même si le taux de remboursement est avantageux, pour elles, une dépense reste une dépense", explique Etienne De Clercq. Or Bruxelles compte 80% de médecins en plus que la moyenne. On a donc ici la preuve que la forte densité de médecins n’induit pas forcément une surconsommation de soins de santé.

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