Sans-papiers en grève de la faim : la piste de la pandémie comme "circonstance exceptionnelle" en vue d’une régularisation

La situation est grave, et il faut urgemment un geste politique. Voilà le message que tente de faire passer Andrea Rea, professeur à l’ULB, et porte-parole du comité de soutien aux grévistes de la faim, et qui était l’invité de Matin Première.

Cela fait 41 jours que ces sans-papiers ont cessé de se nourrir, et la situation s’aggrave : "Le rapport de Médecins du monde évoque un état de santé catastrophique et très précaire. Certains ont perdu énormément de poids, jusqu’à 15% de leur masse corporelle, et ont commencé à voir depuis le 38e jour des problèmes de santé comme le diabète, c’est pour ça qu’il est impérieux qu’un geste politique soit fait".

Jusqu’où sont-ils prêts à aller ? "Dans leurs discours, il y a une détermination à aller jusqu’au bout. Il y a déjà eu plusieurs grèves de la faim dans le passé et il n’y a jamais eu de décès jusqu’ici, mais je pense qu’ici la situation ici est grave car par le passé, tous les secrétaires d’État ont toujours pris position en accordant au moins un titre de séjour provisoire pour des raisons de santé. Mais ici, on est dans une situation de blocage tout à fait inattendue par rapport à ce qui s’est produit dans le passé".

La pandémie comme "circonstance exceptionnelle"

Le Covid pourrait constituer une "circonstance exceptionnelle" en vue d’une régularisation, mais les déclarations du secrétaire d’État à l’Asile et la Migration Sammy Mahdi ne vont pas dans ce sens, il ne veut pas de solution ad hoc et s’arc-boute à la nécessité de mesures structurelles.

Pour Andrea, il y a pourtant objectivement une situation exceptionnelle qui est la pandémie et sa gestion : "On a des données sur le fait que les sans-papiers ont perdu leur travail dans la construction ou l’Horeca, et surtout qu’ils ont perdu leur logement, ce qui fait qu’on les voit beaucoup plus nombreux dans les asiles de nuit, surtout depuis la deuxième vague. Il faut prendre compte de cet événement exceptionnel. Si on est 11 millions unis, ça doit être 11 millions unis avec les sans papiers face à la pandémie".

Andrea Rea dénonce donc l’immobilisme actuel et le blocage du gouvernement, sans doute sous la pression du Belang sur le CD&V : "Les idées du Vlaams Belang sont déjà dans la tête de ceux qui gouvernent et donc ça immobilise tout le monde. Il y a une confusion entre deux agendas, le problème social qu’il faut régler et l’agenda politique. Mais on se trouve dans une situation exceptionnelle qui exige de prendre une décision maintenant. IL faut agir maintenant dans le cadre des compétences du ministre".

Des pistes de déblocage existent

Pour Andrea Rea, cette politisation du dossier conduit à geler toute la situation et à ne pas répondre à un drame social. Il y a pourtant des pistes, rappelle-t-il

"On est aussi des experts. Pour le Covid, on les voit sans cesse. Mais pour l’immigration, les experts ne sont jamais convoqués par les politiques. On a fait une proposition d’analyse de la situation et des pistes de solution, qui pourraient aller dans le sens d’un pouvoir discrétionnaire du ministre qui demande à l’Office des étrangers de tenir compte d’une situation exceptionnelle qui est la pandémie. C’est donc lui qui politise le dossier. Notre proposition était de dire il faut à terme trouver une solution structurelle à la question des sans papiers, ça se retrouvait d’ailleurs dans la note de l’informateur Paul Magnette puis ça a disparu dans l’accord de gouvernement de la Vivaldi. Mais aussi une réponse immédiate, qui tienne compte de l’épidémie comme circonstance exceptionnelle "

Selon quels critères pourrait se réaliser cette régularisation ? Ana Rea évoque les attachements durables (avoir de la famille et des contacts avec la population belge), la question du travail, la question de la vulnérabilité qui pourraient être pris en compte : "C’est à la fois ce qui était inscrit dans les campagnes de régularisation précédentes, et c’est dans les pratiques de l’Office des étrangers. Le problème c’est que l’Office, c’est une boîte noire, on a un dossier qui part, on a un oui ou un non qui revient, mais on ne comprend pas pourquoi les choses se sont passées comme ça, on ne sait jamais pourquoi un dossier est refusé".

D’où l’idée de réclamer ces fameux " critères clairs et précis " de régularisation : "Ça permet aussi de savoir si dans une situation on peut demander sa régularisation, et ça simplifierait l’administration d’avoir quelque chose qui soit précis, plutôt que de laisser du discrétionnaire qui peut apparaître à un moment comme de l’arbitraire".

Une régularisation par le travail ?

Enfin, Andrea Rea évoque une dernière piste, celle du travail : "Parmi les grévistes, certains sont là depuis 10, 15 ans et ont travaillé pour la plupart d’entre eux, les hommes dans la construction, les femmes dans l’Horeca et l’aide aux personnes. Et ils ont perdu un titre de séjour à un moment donné, parfois à cause de procédures administratives".

Or, le Forem vient d’actualiser la liste des métiers en pénurie : "dans la construction, c’est là qu’il manque le plus de personnes. Mais ils sont là ! Ça n’a pas de sens de faire appel pour des fonctions critiques à des personnes qui vivent à l’étranger alors que les personnes sont ici. Les Régions ont donc un rôle à jouer puisque ce sont elles qui délivrent le permis de travail, de rendre possible que ces travailleurs puissent travailler et obtenir en conséquence un titre de séjour".

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK