"Sans grève, ce gouvernement ne reculera pas"

"Sans grève, ce gouvernement ne reculera pas"
"Sans grève, ce gouvernement ne reculera pas" - © Tous droits réservés

De son bureau, on peut voir l’église de la Chapelle, le bout de la rue Haute, et le début du quartier du Sablon à Bruxelles. C’est au 4ème étage du bâtiment de la Centrale générale de la FGTB que Paul Lootens nous reçoit. A 59 ans, cet ouvrier de formation vient tout juste de mettre un terme à son engagement militant au sein du syndicat. Un engagement qui a débuté en 1982, et qui l’a mené à la plus haute fonction dans son organisation : celle de président. Depuis septembre, il a passé la main, pour raisons de santé. Pour quelques mois encore, il garde cependant un poste de secrétaire fédéral, le temps de la transition.

Pourquoi tant de temps?

Cette retraite forcée ne lui plaît pas tellement. Il le dit lui-même : il y encore beaucoup à faire pour gagner des batailles syndicales. A la veille de la manifestation nationale organisée en front commun syndical contre plusieurs mesures adoptées par le gouvernement fédéral, il analyse et tente de dégager les leçons de deux années d’actions syndicales, de mobilisations mais aussi de déceptions.

Car, presque un an après la grève générale du 15 décembre, point d’orgue de plusieurs mois d'actions syndicales, force est de le constater : les mesures tant dénoncées par les représentants des travailleurs ont bel et bien été entérinées : recul de l’âge de la pension, saut d’index, limitation des allocations de chômage…

Un an pendant lequel les syndicats ont été étrangement calmes. Mis à part l'une ou l'autre sorties médiatiques, de mobilisation, il ne fut plus question, même à la FGTB.

Une occasion ratée, estime Paul Lootens, qui en explique certaines raisons:

 

Mais il faut continuer à résister, martèle-t-il. "Contre ce gouvernement des riches et des patrons", dont les mesures vont toucher de plein fouet travailleurs et allocataires sociaux. "La plupart de nos affiliés travaillent en pauses tournantes, c'est très éprouvant, et tenir le coup jusque 67 ans, ou même 65, 62 ans, ils ne le peuvent pas... Et puis il y a les femmes qui sont touchées de plein fouet, dans le nettoyage, les titres-services: comment leur donner des perspectives pour qu'ils vivent dignement?"

La difficulté de mobiliser

Une désillusion du monde du travail? Une indifférence du public? Pour lui, il y a plusieurs raisons qui expliquent aussi la difficulté du syndicat à mobiliser: les exemples de luttes sociales, comme en Grèce, qui sont perdues devant une "Europe toute-puissante", la peur de perdre son travail, ...

Si Paul Lootens pointe la responsabilité du syndicat chrétien, qui avait accepté de souscrire à l'accord interprofessionnel en février, rompant du coup l'unité syndicale dans la mobilisation, il ne nie pas une certaine responsabilité collective. "Faire grève en Wallonie et pas en Flandre, ne pas être soutenus par l'opinion publique, ne pas travailler avec les associations: on ne peut pas gagner une lutte de cette manière, dit-il. A la Centrale générale, on travaille attache beaucoup d'importance à ça."

Mais, plus fondamentalement, au niveau du syndicat, il acquiesce: "Il faut que certaines choses changent."

 

Une première étape

Pour ce dirigeant, considéré par la plupart à la Centrale générale comme un homme engagé et plutôt à gauche dans l'appareil, la journée de ce mercredi est un test. "On verra ce qui sera décidé suite à cela: grèves tournantes, actions,... Mais si on veut faire reculer ce gouvernement, il faut lui faire peur", affirme-t-il.

 

Si des actions "tournantes" par provinces ont déjà été décidées par la FGTB pour la fin de l'année, rien n'est encore décidé pour la suite. Paul Lootens, qui s'éloignera du syndicat pour, entre autres, étudier l'histoire sociale, aura certainement encore un regard intéressé sur une mobilisation dont l'ampleur reste encore inconnue.

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