Samusocial: Yvan Mayeur reconnaît des erreurs mais défend son travail et ses rémunérations

Commission d'enquête parlementaire: Yvan Mayeur défend le rôle du Samusocial
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Commission d'enquête parlementaire: Yvan Mayeur défend le rôle du Samusocial - © BENOIT DOPPAGNE - BELGA

Michel Degueldre et Yvan Mayeur étaient convoqués à la commission d’enquête du Parlement régional bruxellois sur le Samusocial. L'ancien bourgmestre de Bruxelles a chèrement défendu son bilan à la tête de l'asbl qu'il a créée et son travail "énorme". Il parle de "pseudo-scandale" et rejette la plupart des critiques.  

Yvan Mayeur défend l'action du Samusocial

Contrairement à Pascale Peraïta qui a exercé son droit au silence mardi, l'ancien bourgmestre PS de la ville de Bruxelles a pris la parole. Avant de répondre aux questions des commissaires, celui qui a créé l'asbl Samusocial s'est attaché à détailler le travail selon lui "énorme" de l'association, y compris de son bureau. 

Il a débuté par un long monologue sur l'origine et le rôle du Samusocial. Il a souligné que la Samusocial avait été créé et a pris son envol autour du constat, d'une part qu'il n'a pas été politiquement possible de créer une "association (ndlr: de type public) de chapitre XII" que lui-même a longtemps appelée de ses vœux, et d'autre part parce que les CPAS ne sont pas outillés pour répondre à la situation extrême de gens qui doivent trouver en urgence un abri, une douche et un repas.

Cet historique est surtout un plaidoyer pour l'action du Samusocial : des personnes dans le froid l'hiver, des réfugiés qui affluent, des décisions difficiles, peu de logements disponibles...

Yvan Mayeur est aussi venu avec des chiffres sur le Samusocial, en gestation depuis 1997, et créé en tant que Cellule d'Action sociale urgente en 2001: de 42 chambres en mesure d'accueillir une bonne soixantaine de personnes en 2003, à près de 2.000 places réparties sur neuf lieux d'accueil ou 154.000 hébergements en 2015-2016; 300 emplois permanents, jusqu'à 500 en hiver, un budget passé de 0 à 18 millions d'euros. Au-delà des chiffres, le Samusocial, c'est, selon l'ex-bourgmestre, un travail énorme à tous les étages, et notamment au bureau du Samusocial lié à la gestion au quotidien des urgences et des crises, à la nécessité de trouver des lieux d'hébergement permanents et/ou pour l'hiver; à constituer des équipes non seulement pour l'hébergement, mais aussi pour le travail psycho-social et sanitaire, pour ouvrir l'offre aux demandeurs d'asile et organiser des soins de santé.

Il salue ses réussites ("accueillir tout le monde" y compris les réfugiés), cite la presse à plusieurs reprises, sans faire l'impasse sur les échecs : l'intégration des Roms, le numéro d'urgence 115, les refus des communes d'autoriser l'ouverture d'abri.

La loi sur les marchés publics n'était pas respectée

Les dons vont à l'action du Samusocial, assure Yvan Mayeur : "Ce n'est pas de l'aumône. On donne pour une prise en charge. Cela nécessite des équipes. Et le bureau fait partie de l'organisation. Sans le CA non plus. Les administrateurs ne sont pas des salariés mais travail du bureau méritait d'être reconnu".

Tout était transparent, dit Yvan Mayeur qui défend le choix de passer les marchés du Samusocial avec des acteurs publics, mais sans respecter la loi sur les marchés publics. Mais le Samusocial n'avait pas les moyens d'appliquer cette loi. "Cela ne va pas, mais c'est la réalité".

"J'ai commis des erreurs"

Yvan Mayeur reconnait, non sans émotion, des erreurs dans son chef : "Je n'ai pas su lâcher prise. Ma plus grande erreur, a été de ne pas avoir su lâcher prise avec Samu. Je l'ai fondé, développé".

"Il n'y a pas de scandale dès lors que les autorités sont au courant de tout, depuis très longtemps", dit l'ancien bourgmestre qui parle de "pseudo-scandale".

"Ma carrière ne se résume pas à ce pseudo-scandale du Samusocial", c'est la conclusion de la longue déclaration préliminaire, une heure, d'Yvan Mayeur : "Je subis un lynchage politico-médiatique, un véritable bannissement. Mon engagement ne mérite pas le traitement que l'on me fait subir".

"Je n'ai jamais touché cet argent indûment"

Yvan Mayeur justifie ses rémunérations par le travail effectué et ne compte pas rembourser ses jetons de présence : le Samusocial étant une structure privée, les jetons de présence du Samusocial ne rentrent pas dans le cadre du plafond à 150% de la rémunération parlementaire, se justifie-t-il, une interprétation contestée par des membres de la commission. 

"J'ai travaillé. Je prendrai des dispositions à titre privé mais je ne ferai pas quelque chose qui laisse croire que j'ai touché de façon indue. Je n'ai jamais touché cet argent indûment. J'ai travaillé dur en respectant des règles légales", poursuit l'ancien bourgmestre avant de préciser qu'il fallait un meilleur cadre et qu'il s'y soumettrait.

Quant aux séminaires, Yvan Mayeur estime que "le personnel a droit à ça", et rappelle les dures conditions de travail du personnel du Samusocial, avant une nouvelle charge contre les contrôles de l'administration : "Et à la fin tout est bon. Que voulez-vous que j'aille chercher d'autres problèmes? Il n'y en pas!"

Relations tendues entre l'ASBL et le pouvoir subsidiant

Ce n'est pas parce que le Samusocial refusait de jouer la carte de la transparence qu'il voulait limiter le contrôle de la Commission Communautaire Commune (CCC) aux activités liées au dispositif hivernal, a affirmé Yvan Mayeur.

Les propos d'Yvan Mayeur à ce sujet ont confirmé les témoignages antérieurs faisant état de relations tendues entre l'ASBL et le pouvoir subsidiant.

D'après Yvan Mayeur, les cabinets (de Pascal Smet (sp.a) et de Céline Fremault (cdH), NDLR) souhaitaient exercer un contrôle sur le Samusocial "au-delà du normal". Il a indiqué au passage que ce contrôle devait être exercé par l'administration de la CCC, et non par les cabinets dont ce n'est pas le rôle.

Contrôle élargi

Selon l'ex-bourgmestre, le Samusocial était opposé à ce contrôle élargi de l'association privée de la part d'une institution qui refusait par ailleurs de lui accorder un subside structurel pour son fonctionnement ordinaire. Les décisions relatives au dispositif hivernal étaient à chaque fois prises à la CCC tardivement. Les subsides n'arrivent que tardivement, au point que la CCC a même demandé au CPAS de la Ville de Bruxelles d'accorder une avance sur trésorerie.

Yvan Mayeur a par ailleurs invité les commissaires à se demander pourquoi il n'avait pas été donné de suite à sa demande, lors des négociations sur le contrat de gestion, de retirer le plan Hiver au Samusocial pour confier celui-ci à une ASBL publique régionale, Ariane.

La Région émet des critiques sur le manque de transparence, selon Yvan Mayeur, non avéré du Samusocial où siègent des représentants du gouvernement, mais elle le charge au fil du temps de missions supplémentaires et de budgets de plus en plus importants, a-t-il encore dit.

"J'étais quant à moi ravi d'avoir un plan de gestion. C'est peut-être ce qui nous permettra de mettre en œuvre les recommandations de l'inspection des finances en faveur d'un plus grand respect des marchés publics à travers un appui dans ce sens de la CCC."

Michel Degueldre regrette sa lettre d'intimidation

Avant l’audition d’Yvan Mayeur, a eu lieu celle de Michel Degueldre, président du CA du Samusocial. C’est lui qui a écrit un mail au responsable de la communication de l’asbl, Christophe Thielens, lui demandant d’enquêter sur des journalistes, dont Karim Fadoul de la RTBF, et un député Ecolo, Alain Maron, à l’origine du scandale, ajoutant que "l’époque des gentils était terminée".

Un coup de sang

"A la sortie de l'hiver et du dispositif, on m'interroge sur le Samusocial et cela ne dure pas très longtemps. Cela dévie très vite sur la situation de salariée de l'administratrice-déléguée qui n'est pas salariée... Tout cela fait que je me demande ce que je dois faire. A la longue j'ai du me prendre un coup de sang parce que je ne comprenais pas la démarche. J'ai écrit ce mail un soir parce que l'attaché était en vacances en Bretagne. Je me rend compte du contenu de ce mail et je n'en suis pas très fier", a expliqué le président devant la commission d'enquête sur le Samusocial.

A ce sujet, le docteur Degueldre reconnaît une maladresse qu'il regrette : "J'ai été maladroit, je ne suis pas fier mais 'les chiens qui aboient ne mordent pas'". "Je ne comprenais pas ce qu'on me cherchait", avoue-t-il. "J'ai compris ultérieurement".

Michel Degueldre a précisé ne rien avoir entrepris contre les personnes dont question dans cet e-mail.

"Je ne suis pas un vrai gestionnaire"

Michel Degueldre a du justifier ses réactions, le mail au chargé de communication, le SMS à Jean-Paul Philippot pour lui demander si la RTBF préparait une émission sur le Samusocial... "Je n'ai pas eu de réponse", assure Michel Degueldre qui dit aussi tout ignorer du mail de l'avocat Marc Uyttendaele à la RTBF.

Ce n'est pas la seule réponse de la sorte : sur d'autres sujets, le président doit reconnaître qu'il n'était pas au courant, dont les jetons de présence. "Je suis médecin. Je ne suis pas un vrai gestionnaire. Mon rôle a consisté a accompagner le développement de l'asbl"

Michel Degueldre pense que Pascale Peraïta a continué "logiquement" à diriger l'asbl après son départ au CPAS "vu son implication". "Son rôle ne change pas", explique le président de l'asbl.

Pas motivé par l'argent

Il a entamé son audition par une déclaration pour situer son parcours au Samusocial. Ce gynécologue de formation a été durant 24 ans, directeur du service obstétrique de l'Hôpital Saint-Pierre. En 2000, il est entré à Médecins du monde (MdM) où l'on se rendait compte que "la situation en Belgique était difficile", a-t-il dit.

L'association de médecins est venue soigner des gens dans le bâtiment occupé par le Samusocial à la rue du Petit Rempart. Via ce partenariat, le Samusocial a demandé à Michel Degueldre d'entrer au Conseil d'administration. Vers 2014, face à une problématique "exponentielle du sans-abrisme", le médecin a participé à la création du centre Medi-halte pour les SDF malades.

Toujours selon Michel Degueldre, il est devenu président de l'asbl en 2015, le bourgmestre de la Ville Yvan Mayeur, jugeant difficile de cumuler les deux fonctions.

En ce qui concerne les jetons de présence, Michel Degueldre a souligné "ne jamais vraiment avoir été motivé par l'argent", précisant remplir ses mandats dans d'autres asbl sociales à titre gratuit. Il n'a d'après lui "jamais participé à la réflexion sur le calcul des jetons".

"Je ne savais pas qui recevais des jetons et ce qu'ils recevaient. Je n'ai découvert que récemment qu'il y avait des jetons depuis 2006. J'ose à peine le dire, mais j'ai un jour demandé à mon directeur financier à quoi cela correspondait", a ajouté le président du conseil d'administration.

Il a rappelé avoir demandé lors de la dernière réunion du Conseil d'administration de ne plus accorder de jetons de présence.

Michel Degueldre a enfin dit aux commissaires se considérer en affaires courantes à la tête du Samusocial dont le CA est démissionnaire. Impliqué "en tant que médecin et en tant qu'homme dans une structure pour laquelle j'ai énormément de sentiment positif", il n'a "cessé d'être en contact avec les directeurs pour les soutenir" depuis le début de la crise. "Je ne veux pas quitter le bateau car je ne veux pas que le Samusocial parte à la dérive", a-t-il conclu à ce propos.

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