Sammy Mahdi : "Le Vlaams Belang est devenu l'imam de l'extrême droite"

Jürgen Conings, un militaire belge lourdement armé de 46 ans, fait depuis le 18 mai dernier l’objet d’une importante chasse à l’homme. Il a notamment menacé de mort le virologue Marc Van Ranst et une mosquée en Flandre. Pour le député fédéral Denis Ducarme, un homme comme lui n’a pas sa place au sein de la Défense et ne devrait pas bénéficier du soutien d’une frange de la population : "Faudra-t-il que du sang d’enfant sorte d’une mosquée pour que les gens estiment qu’il ne faut pas le soutenir ? Cette personne voulait tuer les gens !"

Pour Thomas Renard, expert en terrorisme de l’Institut Egmont, la menace est en effet réelle : "Jürgen Conings a un profil terroriste dans le sens où il adhère à des idées, une idéologie qui est qualifiée d’extrême droite. Il a une formation à l’utilisation des armes, a proféré des menaces. Il a donc une intention potentiellement terroriste. Maintenant il faudra voir lors de la mise en action le message qui va se cacher derrière et comment il va lier son acte avec un message idéologique. C’est ce qui définit l’acte terroriste."

Et selon Pierre Thys, le fugitif répondait aux quatre critères de passage à l’acte : "La pensée précède l’action. C’est une première étape d’auto-justification. Deuxième aspect, la préparation opérationnelle, troisième aspect, les outils. Et le dernier aspect, les conduites de ruptures. Ce sont les conduites dans lesquelles on dit à tout le monde qu’on s’en va. Tout cela, on l’a ici. Et quelqu’un qui a fait ces dernières démarches est quelqu’un qui dit ‘je n’ai plus rien à perdre’. Ce sont des gens qu’on ne contrôle pas."

Pour éviter que des situations similaires ne se reproduisent, la ministre de la Défense, Ludivine Dedonder a immédiatement demandé d’écarter des dépôts d’armes toutes les personnes suivies par le SGRS (les renseignements militaires) pour des liens avec des organisations extrémistes violentes. "Ce qui est également important, c’est de pouvoir faire un screening de tous les militaires qui ont accès aux armes et aux informations", a-t-elle ajouté.


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Les extrémistes ont déjà gagné

Selon les experts et politiciens présents sur le plateau de QR le débat ce mercredi, l’affaire Conings s’inscrit dans une période particulièrement marquée par la montée de l’extrême droite : "La vague de montée des extrémistes n’est plus à craindre", avance Jérôme Jamin, Professeur de sciences politiques à l’ULiège. "Parce que les extrémistes ont déjà gagné. Ils sont passés par les gouvernements nationaux et sont parfois comme en Belgique l’un des partis les plus puissants au Parlement. La menace est déjà bien installée. Et le danger d’accepter que l’extrême droite arrive au pouvoir est tout aussi dangereux que de l’exclure alors qu’elle a le poids de s’y installer."

 


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"Je suis allé parler de migration à des jeunes de 12-13 ans en Flandre. Je leur ai demandé au début du débat quels sont les politiciens qu’ils connaissent ? Ils en connaissaient un : le président du Vlaams Belang parce qu’il est présent sur les réseaux sociaux qu’ils utilisent", constate Sammy Mahdi, Secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration, adjoint à la ministre de l’Intérieur. "Et nous en tant que partis traditionnels, on distribue nos petits journaux dans les boîtes aux lettres que personne ne lit. Il faut réfléchir à la manière dont on veut atteindre les gens. Si on ne le fait pas avec des adolescents, on va perdre une jeune génération qui se radicalise de plus en plus."

"Quand nous avons connu la période extrémiste islamiste, on a souvent demandé aux imams de réagir et de préciser que ce n’est pas par la haine et la violence qu’on avance", rappelle-t-il. "Aujourd’hui qui est l’imam de l’extrême droite ? C’est le Vlaams Belang. Et j’aurais espéré qu’il prenne son rôle en disant "écoutez si vous avez des idées qui sont proches des nôtres, j’espère que vous n’irez jamais aux actes parce qu’on dénonce à tout prix quelqu’un comme Jürgen Conings."

Enfin pour François De Smet, la solution pour lutter contre la montée des extrémismes serait d’amener davantage de personnes en politique, en ne faisant plus de ce milieu un métier mais une fonction éphémère, sans tabou.

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