Sami Mahdi (CD&V): "Tous les partis traditionnels doivent faire un grand mea culpa"

C'est la grosse surprise des élections de ce dimanche, le Vlaams Belang, le parti d’extrême droite, est devenu le deuxième parti de Flandre. Alors quelles solutions pour la formation du nouveau gouvernement fédéral et du Parlement flamand, tout en respectant le cordon sanitaire? Le président du PS, Elio Di Rupo, suggérait lundi de former un gouvernement fédéral minoritaire côté flamand. Mais selon Sami Mahdi, le président des jeunes CD&V, invité de La Première mardi matin, ce n'est pas "très intelligent de le dire en ce moment".

"Le plus important est d'essayer de former des discussions, d'avoir des discussions en interne, sans en parler aux médias, parce que ça sera extrêmement compliqué de trouver une solution. Donc, je trouve un peu dommage le fait qu'on communique nos stratégies aux médias, que ça soit du PS ou d'autres partis."

Travailler avec le Vlaams Belang ne se fera jamais

Une solution qui n'est pourtant pas envisagée au CD&V. "Ce qu'on aimerait bien, c'est avoir une majorité aussi bien du côté francophone que du côté néerlandophone. Quand, du côté flamand, on entend quelqu'un comme Elio Di Rupo, et surtout quelqu'un du parti du PS — ça a certaines connotations en Flandre aussi — dire qu'il faut peut-être avoir une minorité de Flamands dans un gouvernement avec le PS, MR et Écolo ou le cdH, en Flandre ça fâche beaucoup de personnes aussi, parce qu'il y a une grosse partie de la Flandre qui a fait un choix assez radical, qui a choisi pour une grosse partie le Vlaams Belang et la NV-A. Donc, quand on entend, en tant que Flamand, que Elio Di Rupo dit : " on n'écoute pas ce que les Flamands ont dit, on va prendre une minorité flamande et comme ça tout est réglé ", ça fâche une grosse partie des Flamands."

La NV-A incontournable pour former une majorité au fédéral et au Parlement flamand ? En tout cas, au CD&V, on estime que le parti doit prendre sa responsabilité. "Les Flamands ont choisi pour une grosse partie le Vlaams Belang, un parti pour lequel on a un cordon sanitaire et avec lequel on ne travaillera jamais. Le jour des élections, il y a quelques députés de l'Open VLD qui discutaient un peu sur " peut-être qu'on devrait au moins avoir des discussions avec Vlaams Belang ", et j'étais le premier à dire " jamais ", mon président du parti l'a répété par après et la présidente du parti du VLD l'a fait également. Donc, travailler avec le Vlaams Belang ne se fera jamais. Après, le plus grand parti en Flandre reste la NV-A."

"Du vernis et de la façade"

Pourtant, la NV-A dit qu'elle pourrait gouverner avec le Vlaams Belang et qu'il faut, à un moment, envisager de rompre le cordon sanitaire. "Je pense que c'est surtout une stratégie de Bart De Wever de dire qu'il faut avoir une discussion avec Vlaams Belang, les gens ont voté pour Vlaams Belang. Bart De Wever sait très bien aussi qu'une grosse partie des gens qui ont voté pour Vlaams Belang sont des électeurs potentiels de la NV-A. Il ne va donc jamais trop critiquer le Vlaams Belang là-dessus. Il a donc une discussion, mais ce sera une formalité, rien de plus que ça. Ça ne va aboutir à rien parce qu'il sait très bien qu'aucun parti ne veut travailler avec Vlaams Belang. Pas seulement parce que c'était le Vlaams Blok d'avant, mais c'est un parti qui voulait réintroduire la peine de mort, par exemple. Ce n'est donc pas un parti avec lequel on travaillera. Jamais !"

Le Vlaams Belang, avec son président, Tom Van Grieken, se montre comme étant moins aux extrêmes, avec des discours plus centrés et un programme plus social. "Du vernis et de la façade. C'est de la communication", indique Sami Mahdi. 

"Je pense qu'ils se sont inspirés d'autres partis d'extrême droite dans d'autres pays européens et que la stratégie, surtout de la nouvelle génération, est que, sachant que dans plusieurs pays européens où avant il était inimaginable qu'un parti d'extrême droite puisse gouverner et qu'ils l'ont fait, ils se sont dit : " si nous aussi on essaye d'être un peu plus gentil, au moins dans la communication, peut-être qu'on peut gouverner ". Et le grand rêve de Tom Van Grieken est de couper ce cordon sanitaire et d'essayer de gouverner."

Mea cula

Justement, la montée et le succès du Vlaams Belang au nord du pays est-elle due au gouvernement fédéral sortant? "Non, pas du tout. Pour une partie, oui. Je pense que certains collègues de la NV-A, dans le gouvernement, ont tenu des paroles déplorables qui ont permis au Vlaams Belang de dire que si même un parti du gouvernement le dit, c'est qu'ils ont raison. Donc, là oui, mais je pense qu'aussi bien du côté nord que du côté sud du pays, il y a chez une partie de la population une frustration qui augmente et qui grandit sur la politique, de se dire que la politique ne peut pas résoudre leurs problèmes. Nous, en tant que Flamands, en Flandre en tout cas, ce qu'on voit, c'est que ce qui est le cas pour le Vlaams Belang est le cas pour PVDA ou le PTB du côté francophone aussi. C'est un vote anti-politique. Ce n'est pas un choix qu'on fait pour une certaine vision politique, mais c'est un choix contre l'establishment, comme on l'appelle."

Un aveux de l'échec des partis traditionnels, CD&V compris donc. "J'ai écrit un édito ce matin dans le journal De Morgen, où j'ai dit que tous les partis traditionnels — et je regroupe également la NV-A là-dedans — doivent faire un grand mea culpa. Il y a une partie de la population qui est déçue de la politique de manière générale et qui ne voit pas non plus de solution venant de l'opposition, parce que sinon on aurait vu une augmentation spectaculaire du PS ou de Groen du côté flamand, ce qui ne s'est pas fait. Il y a donc une grande partie de la population qui est aujourd'hui frustrée et qui se dit autant voter pour Vlaams Belang, parce qu'il n'y a aucun parti politique qui les représente et qui peut réellement changer les choses."

Le climat, l'immigration, des thèmes qui ont joué et ont pesé dans la balance lors des élections en Flandre.. mais surtout pour la NV-VA, qui a eu un discours plus dur que le Belang sur le sujet. 

"Le Vlaams Belang finalement a pris des positions extrêmement sociales en disant que ce n'est quand même pas normal que des gens retraités doivent survivre avec 1100 euros par mois, que des pensionnés qui veulent partir dans une maison de retraite doivent attendre des mois ou des années, et qu'entre temps, des réfugiés qui viennent ici dans notre pays reçoivent immédiatement plein de droits - ce qui n'est pas vrai, mais c'est ce qu'ils disent. Donc, eux, en tant que Vlaams Belang, comprennent que des personnes qui viennent ici veulent recevoir beaucoup d'aide, mais il faut faire des choix. Et quand on doit faire des choix, quand on doit choisir entre un réfugié, quelqu'un qui vient ici, ou un des nôtres, dans la première place il faut penser à nos gens. C'était leur slogan, " Eerst onze mensen ", " d'abord nos gens "."

On a une grosse responsabilité du côté francophone aussi

Il indique aussi qu'il y a une grosse responsabilité du côté de francophone dans cette situation. "Il y a plusieurs partis et je pense avoir fait le mea culpa de mon parti à moi. La NV-A joue son rôle là-dedans, mais je pense qu'on a une grosse responsabilité du côté francophone aussi, parce qu'on voit que le nord et le sud du pays vont dans un sens complètement différent et que certains partis politiques essayent de jouer là-dessus et essayent d'utiliser une vision qu'on a de l'autre côté du pays. Les Flamands sont tous des racistes, c'est l'idée qu'on a aussi en Flandre de l'image des francophones de nous ; tous les Flamands sont des racistes. Si on est des racistes, autant faire notre truc de notre côté et laisser les francophones de leur côté. Il y a ça et il y a aussi le côté social, où il y a le transfert de la Flandre vers la Wallonie, où là aussi Elio Di Rupo a tenu des paroles pendant la campagne électorale."

Elio Di Rupo qui a notamment dit qu'il fallait revoir la loi de financement. "Dans une période budgétaire assez compliquée, où les Flamands ont à nouveau dit : " à un moment donné, on veut bien être solidaire, mais il y a des limites à tout ".

La campagne menée par le Belang en Flandre s’adressait en priorité à deux publics cibles : les jeunes et les vieux. Le parti a surtout investi pour des publicités sur les réseaux sociaux. "Ils ont investi plus de 800 000 euros dans leur campagne sur Facebook, sur Instagram et même sur Google. Je pense donc qu'ils ont eu là un gros avantage par rapport à tous les autres partis et c'est aux partis traditionnels d'essayer de voir de quelle façon ils peuvent essayer de communiquer avec les jeunes, parce que si Vlaams Belang arrive à le faire, nous aussi on devrait pouvoir arriver à le faire."

Alors, crise ou pas crise gouvernementale? "Tout dépendra de la responsabilité que vont prendre les partis politiques qui ont gagné ces élections", insiste-t-il. "Nous, du côté du CD&V, on se dit que la NV-A tient une grosse responsabilité, c'est le plus grand parti en Flandre, donc à eux de prendre leur responsabilité. Mais on dit la même chose du côté francophone. Donc, pour nous, il est important qu'un parti comme le PS ne tienne pas des paroles dans les médias en essayant de jouer à un jeu politique pour pousser certains partis flamands à partir dans un gouvernement minoritaire, essayer de gouverner, essayer de faire quelque chose de bien et tenir compte qu'une grosse partie de la Flandre a voté pour des partis de droite."

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