S'inspirer de l'expérience des chemins de fer pour juguler les grèves sauvages des TEC

Pas sûr que les points de vue de Christophe Collignon, PS et Dimitri Fourny, cdH, puissent converger sur les grèves sauvages
Pas sûr que les points de vue de Christophe Collignon, PS et Dimitri Fourny, cdH, puissent converger sur les grèves sauvages - © BRUNO FAHY - BELGA

Responsabiliser – autrement dit sanctionner – les auteurs de grèves sauvages au TEC, c’est l’objet d’une proposition formulée par le cdH au Parlement wallon.

Lors du dépôt de cette résolution, on avait senti le tiraillement qu’elle suscitait entre les partenaires de la majorité. Il est vrai que le sujet flirte avec les notions de service minimum qu’en son temps, André Antoine, alors ministre cdH, avait voulu initier en se heurtant déjà aux syndicats et au parti socialiste.

Le 15 juin dernier, au Parlement, les mots étaient donc mesurés mais la tension était palpable entre PS et cdH. Pour se tirer d’épaisseur, les partenaires de majorité s’en étaient sortis avec une pirouette classique : organiser des auditions. On allait donc entendre les partenaires sociaux qui, aux chemins de fer, ont instauré une procédure anti-grèves sauvages.

Le système HRRail/SNCB

Les auditions, menées ce lundi, n’ont pourtant guère fait progresser les positions. Jean-Marie Rossignon, adjoint au directeur général de HR Rail, a exposé le système mis en place. Il repose sur une priorité : dialoguer au plus proche de la source de conflit. Et si ça ne marche pas, si aucune concertation ne permet de juguler un mouvement qualifié d’"émotionnel", il reste la possibilité, en suivant une grille d’évaluation, de reconnaître la grève ou bien de sanctionner ses auteurs.

"Nous avons voulu évoluer parce que nous nous rendions compte que c’était une nécessité", explique Jean-Marie Rossignon. "C’est le résultat d’une réflexion commune (entre syndicats et direction) de vouloir trouver des solutions". Et l’adjoint de la direction conclut : "On devait évoluer vers une autre procédure pour atténuer les mouvements. (…) Personne ne l’a imposé à l’autre ; ça s’est fait d’un commun accord".

Ça fonctionne mais…

De fait, les conflits dits "émotionnels" sont moins nombreux aux chemins de fer : en 2014, on ne compte plus que trois grèves sauvages et en 2015 une seule. Michel Abdissi, président national de la CGSP Cheminots reconnaît aussi qu’il y a progrès : "Les grèves sont moins nombreuses et les voyageurs sont avertis rapidement et peuvent prendre des dispositions", dit-il.

Il note toutefois que les sanctions individuelles imposées à ceux qui débrayent ne sont pas efficaces. Selon lui, elles n’empêchent pas de lancer des mouvements de protestation spontanés. Il épingle aussi la difficulté de faire la différence entre une grève spontanée et une action émotionnelle. Or, l’une et l’autre sont susceptibles d’être appréciées différemment, d’être l’objet de sanctions différentes.

Enfin, sur un axe plus politique, il ironise : "Il faut croire que c’est un très mauvais programme puisque, à l’heure actuelle, au niveau du Fédéral, certains partis veulent, en plus, imposer un service minimum".

Une résolution à la rentrée?

En disant cela, le représentant syndical recadre le débat. Le service minimum, sujet hypersensible, c’est sur cette souche que la proposition de sanctionner les auteurs de grèves sauvages a germé. Sujet tellement délicat que le PS ne semble guère prêt à faire un pas. Pourtant, le cdH paraît convaincu qu’il peut convertir son partenaire de majorité.

Il faudra toutefois qu’il fasse vite : le débat sur cette proposition de résolution va reprendre à la rentrée. On en rediscute donc après les vacances, à peu de distance des élections sociales. Et comme chacun sait, les élections sociales sont un rendez-vous qui devrait susciter l'émulation voire la surenchère entre les représentants des travailleurs, qu’ils soient syndicaux ou politiques.

Bref, le forcing des députés humanistes n’est pas un combat gagné d'avance.

Et aussi

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK