Rupture

Cette Chronique a été écrite il y a un an, à l'installation du nouveau gouvernement Michel. Elle reste d'actualité. Aucun mot n'a été modifié.

 

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Un nouveau gouvernement N-VA-MR-CD&V-OpenVLD va donc voir le jour. Charles Michel en sera à 38 ans le Premier Ministre. Personne ne pariait sur une telle issue au soir des élections.

Avant le 25 mai, le MR ne voulait pas gouverner avec la N-VA, comptait maintenir l’âge de la retraite à 65 ans et n’évoquait que du bout des lèvres un hypothétique saut d’index. Même dans ses rêves les plus fous, ou en se rasant le matin, Charles Michel ne devait pas se voir au 16 ou au Lambermont. Le lendemain des élections, un commentateur aurait prédit ce qui vient de se passer qu’il aurait été rapidement discrédité, tant cela paraissait fantasmagorique.

Inédit

Pourtant, un peu plus de quatre mois plus tard la Belgique se réveille avec un libéral francophone, Premier Ministre, le plus jeune en poste depuis 1841, un des plus jeunes chefs de gouvernement d’Europe. Les nationalistes flamands seront au centre du nouveau dispositif gouvernemental et ont pesé de tout leur poids dans l’accord final. Certes, la Volksunie avait déjà eu des ministres mais était loin de constituer la première force et c’était pour s’occuper de communautaire. Reprenant l’adage de Didier Reynders, pour la N-VA, un gouvernement sans le PS (au pouvoir fédéral depuis 26 ans !) c’est déjà une réforme de l’Etat.

Rare aussi, ce n’est pas le premier parti qui fournit le Premier Ministre. Charles Michel n’est même, à son corps défendant, que le troisième choix après les désistements de Bart De Wever et Kris Peeters.

Pour la première fois, on le savait, la famille chrétienne sera séparée et une seule famille, la libérale, se retrouve dans la coalition.

De plus, ce gouvernement peinera à disposer d’une légitimité politique au sud du pays puisque seulement 20 des 63 députés francophones soutiendront la nouvelle coalition et ne doit son existence qu’à une importante assise flamande. Mais à l’inverse, le seul parti francophone disposera de la moitié des portefeuilles !

Enfin, rarement un gouvernement belge aura autant penché à droite, on y retrouve en effet les quatre formations démocratiques les plus à droite de l’échiquier politique belge. Cela devrait faire plaisir ( ?) à Laurette Onkelinx qui n’avait de mot assez dur pour dénoncer les alliances contre nature entre socialistes et libéraux, qui empêchaient les choix politiques clairs. C’en est fini des consensus, des compromis ratatouille qui ont souvent servi d’alibi à l’inefficacité politique.

Rupture

Les premiers éléments de l’accord prennent en effet à rebrousse-poil les us et coutumes des dernières décennies. On touchera à la fois à l’index, aux chômeurs et à l’âge de la retraite. Même s’il en appelle à la concertation sociale sur ces dossiers, on ne voit pas à ce stade où est la marge des négociations avec les partenaires sociaux, d’autant que ce matin les travailleurs sont nettement plus remontés que les patrons sur les projets de la nouvelle coalition.

Il faudra également évaluer quelle est la part d’idéologie et de pragmatisme dans les mesures prises. A quoi bon repousser l’âge de la retraite à 67 ans si l’immense majorité des gens s’arrête à 60 ans ? Va-t-on dissuader les entreprises de pousser dehors leurs travailleurs de plus de 55 ans ? La mise au travail des chômeurs ne posera-t-elle pas plus de problèmes qu’elle n’en résout ? Des entreprises ne seront-elles pas en concurrence ?

Dans tous les cas, toutefois, la Belgique entre dans une nouvelle ère où il faudra surtout observer comment les différents niveaux de pouvoir vont interagir. Le Comité de Concertation entre les nombreux gouvernements du Royaume ne portera jamais aussi bien son nom. Mais si il y a possibilité de se concerter, personne n’est obligé de se mettre d’accord d’autant qu’aucun niveau de pouvoir n’a barre sur un autre. Ces quatre derniers mois auront rendu également la Belgique un peu plus confédérale. Et c’est peut-être là que réside la principale rupture.

 

Philippe Walkowiak

 

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